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Des CivicTech à l'entrepreneuriat d'intérêt général

Perspectives

Une période électorale intense et pleine de rebondissements vient de s’achever avec l’élection d’un nouveau Président de la République et des nouveaux députés. Cette période a été accompagnée de l’émergence de nombreuses organisations qualifiées de CivicTech, certaines dédiées à la comparaison des programmes ou à l’expression démocratique spontanée, d’autres à la consultation directe des citoyens, d’autres encore à l’accélération des campagnes électorales.

À l’heure des premiers bilans et alors que les investisseurs commencent à s’intéresser tout particulièrement à ce secteur, on en est encore parfois à se demander ce que sont ces fameuses CivicTech. Deux définitions tiennent la corde. L’une est plutôt restrictive - ce seraient les projets tech qui veulent contribuer au renouveau de l’expression démocratique. L’autre est beaucoup plus large : il s’agirait des entreprises qui travaillent sur un enjeu civique, qu’il soit en lien avec la citoyenneté ou l’administration.

Au Liberté Living-lab, nous avons choisi de ne pas discuter ces termes mais d’agir, directement, en faveur de l’innovation technologique, civique et sociale. Cette approche a le mérite d’être inclusive de toutes les démarches. Elle laisse la liberté à chacun de se qualifier comme il le souhaite. Et elle met l’accent sur les ingrédients qui, selon nous, sont essentiels : une innovation technologique mise au service de l’impact civique et social le plus large possible, donc au service de l’intérêt général.

C’est ainsi que nous comptons, au sein du collectif LLL une grande variété d’acteurs à très fort potentiel d’impact. C’est le cas avec le collectif des Entrepreneurs d’intérêt général, programme présidentiel qui a vocation à transformer les organisations publiques de l’intérieur. C’est aussi le cas d’ONG comme Bayes Impact, qui lutte avec sa plateforme Bob-emploi.fr contre le chômage en permettant aux demandeurs d’emploi les plus autonomes de reprendre la main sur leur recherche. C’est enfin le cas de startups comme Flui.city, qui propose aux collectivités territoriales de recréer un lien quotidien avec les citoyens à l’échelon locale. Ou d’une startup comme K, qui est en train de créer une plateforme numérique pour simplifier les démarches administratives au quotidien.

Pour autant, la pérennité des démarches d’innovation tech, civique et sociale que nous soutenons soulèvent plusieurs enjeux clairement identifiés.

Le premier enjeu est celui de la légitimité de l’intervention des acteurs concernés. Il y a quelques décennies, en France, nombreux sont ceux qui se seraient insurgés à l’idée que des acteurs privés, avec ou sans but lucratif, interviennent dans des champs d’activités aussi connexes des missions confiées aux acteurs publics. Aujourd’hui, le contrat social semble légèrement modifié et plusieurs organisations publiques ont compris qu’à l’âge de la multitude, le savoir le plus innovant a parfois quitté les grandes organisations, qui doivent se transformer en plateformes pour réussir à le capter.

Le deuxième enjeu porte sur les modèles d’affaires propres à assurer la continuité des structures concernées. Deux modèles principaux coexistent : d’une part, un modèle fondé sur le subventionnement et le mécénat, extrêmement fragile dans un contexte où les interventions publiques sont contraintes ; d’autre part, un modèle économique lucratif, qui n’est pas toujours évident à identifier et qui suppose de convaincre les financeurs, qu’ils soient clients ou investisseurs. Dans les deux cas, force est de constater qu’au-delà des discours positifs, l’essai n’est pas encore transformé et que les financements manquent.

Le troisième enjeu, c’est celui du caractère indépendant, ouvert et transparent des démarches engagées. La question, qui est le corollaire évident des deux précédents enjeux, peut être formulée en termes simples : comment garantir qu’une innovation tech, civique et sociale atteint ses objectifs dans la durée sans risque que survienne une situation de conflit d’intérêts, qu’elle camoufle des activités de lobbying institutionnel (ce que certains qualifient de CivicBiz) ou qu’elle soit complice de la communication institutionnelle de pouvoirs publics (d’aucuns parlent d’Open washing, selon la même construction que le Green washing en matière d’environnement) ?

Au sein du collectif LLL, nous sommes extrêmement vigilants à ce que ces défis soient relevés avec un très haut niveau d’exigence, d'éthique et de sérieux. L’innovation tech, civique et sociale a un rôle essentiel à jouer mais elle a besoin d’un soutien politique, matériel et financier. Tel est l’objet de l’écosystème que nous sommes en train de créer au Liberté Living-lab : expérimenter, hybrider, partager, pour contribuer à la structuration d’une filière d’entrepreneuriat tech d’intérêt général.

Mohammed Adnène Trojette, directeur général du Liberté Living-lab

À propos du Liberté Living-lab

Engagé pour une innovation technologique civique et sociale, le Liberté Living-lab encourage l'émergence et le développement de démarches en faveur de l'intérêt général. Il regroupe un collectif d'acteurs visionnaires et engagés, à l'avant-garde du changement. C'est un facteur clé pour la transformation des organisations publiques et privées, qui font appel au LLL pour les accompagner et les accélérer. L'ambition du collectif Liberté Living-lab : innover et inclure. A suivre sur Facebook, Twitter et Linkedin.

 

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