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En finir avec l’obsession métropolitaine

Développement économique

Non, la croissance ne tient pas nécessairement à la taille des territoires. Non, il n’existe pas de modèle unique de développement territorial. Qu’il y ait ou non une métropole, chaque territoire a un potentiel de ressources qui lui est propre et leur dynamisme économique relève davantage de leur capacité à mobiliser, combiner et valoriser leurs ressources.

Des distinctions « métropoles/villes moyennes/espace rural » peu opérantes

Pour favoriser la création de richesses et d’emplois en France, certains chercheurs préconisent de mettre l’accent sur quelques grandes villes (les « métropoles »), les autres territoires ayant vocation à assurer leur développement en se focalisant sur l’économie résidentielle , ou bien à assurer la mobilité vers ces métropoles et à vivre des transferts sociaux que le supplément attendu de croissance permettra de financer ou encore à tenter de se connecter aux métropoles pour bénéficier de leur ruissellement éventuel.

Une analyse attentive des données disponibles montre cependant que l’évolution de la géographie des activités économiques est bien plus complexe : certains territoires métropolitains connaissent une croissance de l’emploi supérieure à la moyenne depuis la crise (Bordeaux, Montpellier, Nantes, Rennes et Toulouse), d’autres sont dans la moyenne (Grenoble, Lille, Lyon, et Marseille), d’autres en dessous (Nice, Rouen, Strasbourg).

Parallèlement, des territoires « hors métropoles » connaissent des dynamiques très positives, sans être réduits à des dynamiques résidentielles (Vitré, Vire, Issoire, Figeac, …). Globalement, ce sont surtout les littoraux atlantique et méditerranéen et un grand quart sud-est qui s’en sortent le mieux.

Au final, les distinctions métropoles/villes moyennes/espace rural sont peu opérantes. En établissant des frontières, elles brouillent notre regard, plutôt que de nous éclairer.

L'importance de la spécialisation des territoires

 L’alternative consiste, plutôt que d’entrer par les territoires, à entrer par l’activité économique : l’enjeu, pour assurer le développement économique des territoires, est de s’interroger sur les spécialisations économiques, qui expliquent bien mieux les différentiels de croissance que leur taille. Se prononcer ensuite sur la qualité de la spécialisation des entreprises, sur leur mode d’insertion dans la mondialisation (positionnement en coût ou différenciation), sur leurs capacités d’innovation et sur les problèmes qu’elles rencontrent (problèmes qui ne relèvent finalement qu’assez peu des politiques de développement économique, mais qui soulèvent des enjeux autour de la formation des personnes, du recrutement, de la gestion du foncier, …).

Deux exemples pour illustrer

Châtellerault, ville moyenne du département de la Vienne, se caractérise par un long passé industriel. On y trouve l’entreprise Mecafi, qui assure, pour le groupe Safran, la fabrication d’aubes de turbine pour la nouvelle génération de moteurs Leap. Ses effectifs sont passés d’une centaine de personnes à plus de sept cent, entre 2007 et 2017, pour assurer la production. La raison du succès ? La maîtrise d’une innovation de procédé, qui permet de fabriquer des aubes creuses, donc plus légères, donc moins gourmandes en énergie. Pourquoi à Châtellerault ? En raison des compétences accumulées dans le temps long, plus que de la taille modeste du territoire (Mecafi résulte d’un essaimage de SextantT Avionics, aujourd’hui Thalès, daté de 1993).

Situé dans le Limousin, à cheval sur les départements de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute Vienne, le Plateau de Millevaches est spécialisé dans l’agriculture, plus précisément dans l’élevage de broutards, exportés et engraissés en Italie. Problème : les éleveurs du plateau sont mis à mal par la concurrence en coût d’éleveurs irlandais, autrichiens et polonais, … Mauvais positionnement en coût, faible valeur ajoutée locale. D’où deux projets destinés à ramener de la valeur sur le plateau : un projet fortement contesté d’investissement dans la « ferme des mille veaux », ainsi qu’un autre projet, moins contesté, de développement d’un abattoir pour les éleveurs locaux, couplé au développement de circuits courts.

Dans les deux cas, la variable « taille du territoire » ne nous dit rien d’intéressant. La qualité de la spécialisation des entreprises présentes nous dit beaucoup. Autant entrer par-là, alors, pour s’appuyer sur la richesse de la diversité des territoires.

Olivier Bouba-Olga est économiste, professeur des universités à la faculté de sciences économiques de l'université de Poitiers. Il est l’auteur de Dynamiques territoriales : éloge de la diversité ( éditions Atlantique, 2017), ouvrage qui fait suite à un travail de recherche mené sur différents territoires français avec le soutien de L’Institut CDC pour la Recherche.

 

 

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