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L’arbre à vent : une énergie de proximité pour la ville

Energie

Une innovation nait généralement d’un besoin -qu’elle vise à satisfaire, ou d’une limite -qu’elle entend dépasser.  Mais bien souvent elle nait d’un lieu commun qu’elle a vocation à retourner en son contraire, avant de devenir elle-même la nouvelle norme ou référence. D’où le cycle bien connu qui attend chaque innovation, jugée tour à tour ridicule, dangereuse, enfin évidente.

Nous n’avons pas échappé à la règle : « il n’y aurait pas de vent en ville » voilà le lieu commun auquel NewWind s’est heurté.  Il  n’y en aurait pas alors que les masses d’air en déplacement continuel libèrent à chaque instant quelques 2500 TeraWatt d’énergie. Mais pas un Watt de cette force prodigieuse n’arriverait ni ne circulerait en ville, selon la féroce quoique trompeuse croyance. Les vents seraient bloqués on ne sait où, s’auto-dissipant pour se conformer au lieu commun ? Eh bien non, sachant que le vent résulte de l’équilibre entre la force de pression, la force de Coriolis,  la force de frottement et la force d’inertie, il est un mécanisme dont l’ampleur gigantesque pénètre bien nos villes et nos campagnes, jusqu’à parfois les ravager.  Le plus souvent, tous les jours en fait, le vent  est un régulateur discret, nécessaire à la bonne marche de nos cités. Il dissipe les poussières, il rafraîchit l’atmosphère, évapore les excès d’humidité et joue les premiers rôles dans la pollinisation.  Il est même prouvé que si le vent venait à disparaître des centres urbains, il n’y aurait pas de vie possible en ville. Les citadins mourraient à très court terme, en quelques jours seulement.

Certes, quand le vent arrive sous la canopée urbaine, il est résiduel et dégradé, affreusement inconstant et imprédictible, toujours changeant, en intensité comme en direction, il est volontiers facétieux et tourne sur lui-même comme les derviches tourneurs, d’aucuns le disent même vicieux. Cela est vrai.

C’est pourtant sur ce terreau-là que NewWind a construit son modèle énergétique, se spécialisant dans la captation des énergies cinétiques de proximité. Avant toute chose, nous nous sommes attachés à comprendre les facteurs de forme des phénomènes turbulents en milieu urbain avant de concevoir les profils aérodynamiques de nos pales, puis de dimensionner au mieux l’électronique de puissance embarquée dans chaque génératrice.

Et il y avait du boulot : entre les effets de coin,  les effets de sillage, les effets de barre, les phénomènes Venturi et autres rouleaux tourbillonnaires,  les écoulements en ville sont tous différents et répondent à des lois le plus souvent contre intuitives.  Il y a donc eu de quoi occuper notre bureau d’étude pendant de longs mois avant de prétendre à la moindre performance.

Car faire confiance aux petits gisements exigeait de réussir plusieurs paris techno : avoir une réponse à la turbulence efficace, avoir une très faible inertie pour coller à la courbe du vent, savoir donc rester fin, léger, petit, et  silencieux. Ensuite, pour atteindre la puissance, il fallait être capable de multiplier les micro-turbines dans un volume donné mais sans devenir un monstre d’acier protéiforme. L’idée de l’Arbre à Vent  s’est ainsi imposée d’elle-même, en faisant de chaque feuille une mini-éolienne et en dissimulant les génératrices dans les tiges.

Cela ne s’est pas fait en un jour,  il a fallu recommencer et recommencer, ou comme le disait Beckett : « Essayer encore. Rater encore. Rater mieux ».

Nous avons commencé dans un environnement scientifique pauvre –pas ou peu de littérature scientifique sur le sujet- puis nous nous sommes heurtés aux idées reçues que j’évoquais plus haut. Le sujet était ardu et il y avait de mauvaises machines, sans SAV, improductives ou rouillant sur place, nourrissant le ressentiment contre le micro-éolien. C’est donc humblement que nous avons construit notre modèle et fini, je crois, par imposer notre approche bio-mimétique tout en modestie.

Là est bien notre message : récupérer le souffle des villes pour en faire des Watts verts, un à un mais tous les jours ; s’inscrire dans les nouvelles stratégies urbaines où c’est d’avantage le service que l’on apporte que le nombre de kWh que l’on produit qui compte ; et enfin arriver à tisser un lien de sympathie avec les usagers qu’ils soient des collectivités ou des particuliers  pour que chacun puisse s’approprier ce nouveau moyen de production douce et le prescrive partout ailleurs. Et si l’on s’y met tous, acteurs de la ville durable ou consommateurs devenus sobres, et que l’on sait multiplier les micro-sources d’énergie locale alors, modestement, watt après watt arrachés au vent, à la lumière ou à la terre,  nous arriverons à changer le modèle énergétique pour le bénéfice général –et celui de la planète. Ce qui in fine change la donne car  une modestie plus une modestie, cela fait une grande ambition.

Jérôme Michaud-Larivière

CEO, NewWind R&D

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