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Le "smart village" : encore une utopie ?

Perspectives

 

Pour clore sa 27e convention le 14 octobre à Strasbourg, l'Assemblée des communautés de France (ADCF) avait choisi de mettre l'accent sur la "révolution numérique". Certains élus ont agité le risque de "fracture" entre grandes agglomérations et territoires ruraux. 

Mulhouse est l'une des premières collectivités à avoir nommé un "chief digital officer". Sa mission : oeuvrer à la transition numérique et encourager l'innovation dans les politiques municipales. Pour cela, "il rappelle à ses collègues qu'il existe une manière différente de penser le service public", explique Jean Rottner, maire de la ville. L'élu est persuadé que "l'esprit d'innovation doit pénétrer dans nos collectivités" pour répondre au mieux aux besoins des usagers.

Jean Rottner témoignait en ce sens le 14 octobre lors de la plénière de clôture de la 27e convention de l'Assemblée des communautés de France (ADCF) consacrée aux "stratégies digitales de territoires".  En toile de fond : le numérique est une révolution en marche ; les territoires et les services publics locaux y sont-ils suffisamment préparés ? Les transports ont été mentionnés parmi les domaines sur lesquels le numérique aura le plus d'effets. Il suffit de songer à l'impact de sites comme "blablacar" sur le covoiturage. "Il faudra ajuster l'offre publique à cette offre privée que les citoyens trouveront plus performante et plus simple", en déduit Charles-Eric Lemaignen, président de l'ADCF et vice-président du Groupement des autorités responsables de transport (Gart), pointant d'ailleurs aussi les carences des sites collaboratifs qui permettent de voyager d'une ville à une autre mais pas du domicile au lieu de travail.

Présidente de la communauté de communes du Naucellois, Anne Blanc s'est aussi dite convaincue que le numérique sera d'une grande utilité dans les politiques publiques, par exemple pour le maintien du lien social chez les personnes âgées, l'éducation et la dynamisation du commerce local. La petite intercommunalité de 6.000 habitants située dans l'Aveyron a déjà engagé des initiatives. Elle a par exemple aidé des personnes âgées à se connecter à Skype afin que celles-ci communiquent plus facilement avec leurs familles.

Besoins en ingénierie

Mais, autour de la présidente, des habitants et des élus doutent. "Ils me disent que le numérique, ce n'est pas pour nous, car nous sommes dans un petit village", raconte-t-elle. Le "smart village" n'est-il pas une utopie ? Plusieurs obstacles de taille existent encore. Comme le retard des territoires ruraux en matière de très haut débit. Ce retard est d'autant plus réel que les opérateurs ne jugent pas prioritaires ces territoires moins rentables. Malgré les 20 milliards d'euros du Plan très haut débit, il faudra attendre 2022 pour que la fibre optique desserve l'ensemble des foyers français. Certes, en comparaison, il a fallu plus d'un siècle pour les raccorder au téléphone, a relativisé Antoine Darodes, directeur de l'Agence du numérique.

Entre les grandes villes et leurs agglomérations d'un côté, et la campagne de l'autre, la "fracture" est aussi "financière", a complété Anne Blanc, soulignant aussi l'importance de l'ingénierie pour mettre en place des services numériques à la population. Or les territoires ruraux en manquent.

La Caisse des Dépôts est aux côtés des élus locaux pour favoriser ce développement du numérique dans tous les territoires, a rappelé Marc Abadie, directeur du réseau et des territoires, citant à ce titre  la mise en place d'une "petite dizaine de collectivités" qui joueront à partir de fin novembre "le rôle de démonstrateurs" afin d'améliorer la diffusion des bonnes pratiques.

 

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