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Nouveaux services d’électromobilité : quelles perspectives pour les territoires ?

Mobilité

Il y a encore 10 ans, personne n’imaginait partager un véhicule, encore moins "son" véhicule. Aujourd’hui, il devient communément admis que la mobilité ne peut plus être une question individuelle et qu’elle doit s’envisager comme un service.  Notre dernière étude* montre qu’en 2018, 64% des Français sont prêts à utiliser un véhicule en autopartage.

 

L’apparition de nouveaux usages autour des multiples services proposés par les plateformes et la prise de conscience croissante de l’impact environnemental et écologique des déplacements changent la donne et démocratisent le développement de services d’autopartage et de covoiturage. Pour avoir une démarche résolument vertueuse, ces nouveaux services doivent se penser électriques. Et pour être pleinement écologiques, il est important d’adopter une démarche de charge intelligente.  Enfin, si la plupart des offres ciblent les habitants des grandes métropoles,  l’électromobilité n’en est qu’à ses prémices et doit aller encore plus loin.

Autopartage et covoiturage sont complémentaires

Les chiffres parlent d’eux même : une voiture est garée 95% du temps, et 80% des trajets s’effectuent avec uniquement le conducteur à bord. Le partage de véhicules permet de rentabiliser le coût/utilisation. Chez Clem', nous pensons que l’autopartage doit être associé à un service de covoiturage, car il en démultiplie l’intérêt : en effet, partager ses voitures comme ses trajets, cela revient pour l’usager à diviser le coût d’utilisation par deux, voire plus et c’est aussi un formidable moyen de diminuer son empreinte écologique.

De l’importance de « smart charger » les véhicules électriques proposés en autopartage

Un véhicule électrique bien utilisé est un véhicule qui tirera de l’énergie du réseau électrique (grid) au moment le plus propice, la stockera, voire sera capable de la rendre si nécessaire. Un véhicule connecté à un système de gestion intelligente de l’énergie consommera 15 g de CO2/km, contre 75 g pour un véhicule électrique classique. Ajoutons que si demain, chaque voiture mise en autopartage était électrique, avait un taux d’occupation de 1,4 personnes, et si 10% du parc automobile était proposé en autopartage, on résoudrait le problème de la qualité de l’air lié au déplacement des véhicules individuels !

L’enjeu de la certification de l’énergie et de la garantie des données

La technologie Blockchain semble particulièrement adaptée pour optimiser et certifier la consommation d’énergie des véhicules électriques proposés en autopartage. Elle supporte également les transactions financières liées à la location des véhicules. Le choix de cette architecture qui garantit l’inviolabilité des données échangées s’avère particulièrement pertinent pour relever les enjeux de cybersécurité et d’exploitation des données usagers.

Les territoires ruraux et péri-urbains dans le viseur

Nombreuses sont les offres de mobilité dédiées aux centres urbains (partage d’autos, de vélos, de scooters, trottinettes, etc.) et aux entreprises, avec des tracés en boucle, point à point ou encore « sans borne » (ou freefloating). Cependant les services de mobilité auront le plus d’impact, là où les besoins sont les plus grands, à commencer par les territoires péri-urbains et ruraux, en relais des transports publics. Le véritable enjeu de ces territoires concerne la mobilité quotidienne de courte distance. Beaucoup de familles et d’individus n’ont pas les moyens d’acheter un second véhicule et sont dépendants du maillage de transport public, peu dense et parfois inexistant. Proposer de nouveaux services d’électromobilité sur ce type de territoire, en jouant sur le partage de véhicules, de trajets et de bornes de charge, révèlera sa forte valeur ajoutée.

La prise de conscience a commencé du côté des collectivités, avec des initiatives qui ouvrent le champ des possibles. Certaines comme celle déployée par le Conseil Départemental de l’Orne font figure de pilote dans ce domaine, en cassant les codes établis : le Conseil Départemental de l’Orne partage les 12 véhicules (Zoé et Kangoo) de sa flotte interne avec les citoyens. Ce service d’abord ouvert le soir et le week-end, a été étendu 24/24h toute l’année, avec comme objectif d’offrir un service de premier choix et très économique aux administrés (1 euro de l’heure), tout en limitant le nombre de véhicules improductifs. Les retours des citoyens sont ultra-positifs, certains ont même vendu leur véhicule principal au profit de ceux de la flotte proposée en autopartage.

Offrir de nouveaux services dans le cadre des habitats collectifs

L’habitat collectif constitue également un marché à haut potentiel pour les services d’éco-mobilité : de plus en plus de bailleurs veulent offrir des services supplémentaires à leurs locataires. Certains mettent à disposition, en plus des bornes de recharge, des véhicules électriques en autopartage pour les locataires de leurs résidences. Certains leur permettent aussi, via la plateforme de réservation, de partager leur trajet prévu avec ces véhicules. C’est le cas par exemple de la résidence sociale Jacques Brel de Montigny-lès-Cormeilles (95) dans laquelle sont proposées en autopartage 2 Renault Zoé, aux habitants pour un coût modéré de 4 euros de l’heure. Cette initiative vise à favoriser la mobilité de tous les résidents : pour les personnes valides, ce service convient particulièrement pour des trajets en boucle en ville. Il constitue une alternative aux transports en commun et à l'achat d'un deuxième véhicule. Quant aux personnes âgées, moins mobiles, elles pourront très certainement profiter des trajets de leurs colocataires.

Nous n’en sommes qu’au début. Les projets fleurissent les uns après les autres avec par exemple tout récemment des services lancés dans des résidences à Trélazé (Maine-et-Loire Habitat) ou à Romainville (CoopImmo).

Favoriser la mobilité solidaire grâce à l’innovation

On l’a vu, la mobilité sert à désenclaver des territoires, à offrir un service complémentaire en relais des transports en commun ou en lieu et place d’un second véhicule. En couplant autopartage et covoiturage, on ouvre des perspectives nouvelles, notamment en matière de mobilité solidaire.

Prenons l’exemple de la Communauté de Communes de la Haute Vallée de Chevreuse, avec Soli-Drive : ce service inédit de mobilité solidaire répond à la préoccupation de l'équipe de la CCHVC d'apporter de la mobilité à ceux qui n'en ont pas, tout en créant du lien social entre les habitants. Soli-Drive permet en effet à toute personne n'ayant pas accès à la mobilité (mineur, sans permis ou ne pouvant ou ne voulant plus conduire) d'être mise en relation avec un conducteur bénévole de son voisinage qui pourra assurer son déplacement, via l’un des 16 véhicules proposés en autopartage sur le territoire.

Rendre lisible et accessibles pour les consommateurs tous les nouveaux services

Les perspectives offertes par l’électromobilité partagée sont nombreuses. Chaque entreprise, collectivité – petite, moyenne ou grande, bailleur social ou pôle d’activité peut imaginer de nouveaux services durables, en adaptant les modèles de partage de véhicules, de trajets et de bornes de charge. Les technologies existent, la frontière est celle de l’imagination. Côté utilisateurs, la carte des offres paraît encore un peu floue. Certaines plateformes tels Free2Moove permettent d’agréger les autopartageurs dans une même application, simplifiant leur lisibilité. Nul doute que ce type de cartographie offrant un service de connexion unique à tous les services en facilitera encore davantage l’adoption par les consommateurs.

L’autre enjeu réside dans l’accessibilité : 1 tiers des Français* intéressés par l’autopartage sont freinés par le fait qu’aucun service n’est disponible à proximité de leur domicile ou travail.  C’est le rôle des acteurs tels que Clem’ de mailler les territoires les plus enclavés pour développer les services de mobilité au-delà des grandes métropoles.

*Etude Clem’ « Les Français et l’autopartage » réalisée sur 500 consommateurs français – mars 2018
Bruno Flinois est le président-fondateur de Clem’. Fondée en 2010 par des experts des nouvelles technologies et de l’environnement, Clem’ est une entreprise innovante française spécialisée dans l’électromobilité et l'autopartage. Elle  équipe une centaine de villes dans le monde, une trentaine d’entreprises et une dizaine de bailleurs sociaux français.
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