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Pour un grand plan de réhabilitation numérique des logements

Immobilier

Les principaux candidats à l’élection présidentielle plaident en faveur de la mise en place d’un grand plan de rénovation énergétique des logements au cours du prochain quinquennat. Vouloir en finir avec les « passoires énergétiques », ces logements mal isolés qui laissent passer le froid en hiver et la chaleur en été est un impératif. De fait, ce grand plan de réhabilitation est aussi utile pour la planète que nécessaire pour l’économie française. Mais...

...il serait partiel s’il se limitait à la seule dimension énergétique : il doit, dans un même mouvement, être l’occasion de faire entrer nos logements dans l’âge numérique. Et c’est donc bien une double transition, écologique et numérique, du parc immobilier français que nous devons engager aujourd’hui.
S’agissant de la transition écologique, trois raisons justifient un grand programme de rénovation énergétique des logements.
La première, c’est que la France ne respectera les engagements de la COP 21 que si elle améliore radicalement la performance énergétique de son parc immobilier. Le secteur du bâtiment est, loin devant celui des transports, le plus gros consommateur d’énergie de notre pays. Il représente à lui seul 43% des consommations énergétiques françaises, et 60% des émissions de CO2 si on prend en compte l’ensemble du cycle de vie du bâtiment.
La seconde raison est sociale. Selon l’Observatoire national de la précarité énergétique, 12 millions de personnes ont froid en hiver, et le nombre de ménages touchés par ce fléau a même augmenté de 17% en dix ans. Soulignons par ailleurs les conséquences sanitaires du phénomène : la précarité énergétique se double souvent d’une détérioration de la qualité de l’air intérieur du logement. Dans ces conditions, améliorer le confort thermique des logements tant du parc privé que du parc social demeure une priorité.
La troisième raison est macro-économique. Un plan de rénovation énergétique ambitieux est l’instrument de relance keynésien le plus puissant et le plus efficace dont nous disposons aujourd’hui. Réaliser la rénovation énergétique d’un logement, c’est renouveler les composants à l’origine des principales sources de déperdition– les menuiseries, la façade, la ventilation, le plancher bas et la toiture – pour in fine réinterroger les solutions énergétiques du bâtiment. Tous les emplois mobilisés pour assurer un chantier de réhabilitation sont, par construction, non délocalisables et les grands groupes français disposant de filiales spécialisées s’associent au quotidien avec un tissu de PME locales ou de start-ups innovantes pour conduire leurs opérations. Sachant que le coût moyen unitaire d’une réhabilitation est de 20.000 euros, et si l’on reprend l’objectif fixé par la loi de 2015 relative à la Transition Energétique de 500.000 logements à réhabiliter par an, c’est un montant global d’investissements de 50 milliards d’euros sur la durée du quinquennat que le Gouvernement pourrait lancer dès 2017.
Mais considérer transition écologique et révolution numérique et digitale comme deux théâtres d’opération distincts serait une erreur.
La digitalisation du logement permet non seulement au résident de réduire sa consommation énergétique, mais elle rend aussi possible de nouveaux services et donc de nouveaux usages. De son Smartphone, on pourra demain optimiser sa consommation de fluides à l’intérieur de son appartement, mais aussi connaître le niveau de charge de son véhicule électrique garé dans une place de stationnement partagé. L’utilisation des données captées au sein d’un bâtiment connecté permettra d’entrer en relation avec le service de livraison de colis commandés en ligne en cas d’absence. Il permettra aussi le ramassage des ordures ménagères uniquement lorsque le bac à ordure intelligent en transmettra la demande à la collectivité en charge.
A Palaiseau par exemple, le Groupe SNI finance actuellement l’équipement d’une résidence pour personnes âgées de capteurs facilitant le maintien à domicile, à travers l’installation de fauteuils médicalisés connectés transmettant en temps réel les indicateurs métaboliques de nos locataires à un centre de soin spécialisé.
Qu’ils soient neufs ou anciens, en cours de construction ou en voie de réhabilitation, tous les logements doivent désormais intégrer les réseaux et les équipements qui leur permettent d’être connectés. Il ne s’agit pas que chaque opérateur invente dans son coin une domotique « gadget » de plus, mais qu’au contraire soient promus des produits interopérables permettant des échanges de données au bénéfice des habitants. C’est la condition pour qu’une offre de services connectés dont l’invention est continue, au plus près des modes de vie, soit boostée.
Le numérique est une opportunité de repenser les modes d’habiter la ville et les territoires, y compris pour les rendre plus durables. Le bâtiment connecté est un accelérateur de notre transition énergétique et environnementale et c’est pourquoi le grand plan de réhabilitation des logements du prochain quinquennat doit marcher sur deux jambes : énergétique et numérique. En associant les exigences et les bénéfices de ces deux transitions, il permettra au secteur de l’immobilier résidentiel de devenir digital et écologique

.Manuel Flam, directeur général du groupe SNI

Ce point de vue a été publié à l’origine sur Lesechos.fr  

 

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