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Quel cadre technologique et politique pour la smart city ?

Perspectives

En bref, les TIC sont un bel outil pour aborder la révolution urbaine en cours dans de meilleures conditions. Mais les exemples dont on parle le plus aujourd’hui – qu’il s’agisse des villes " nées intelligentes " comme Songdo en Corée ou Masdar en Abu Dhabi, ou de celles qui essayent de le devenir comme Rio de Janeiro ou Londres – semblent aller tout droit dans le mur. Les raisons abondent, depuis le coût jusqu’au fait que le projet vient d’en haut et ne fait guère de place aux citoyens, dans la majorité des cas.

A cela, il faut sans doute ajouter deux questions de fond, deux questions que nous avons intérêt à nous poser chaque fois qu’on nous parle de ville intelligente ou qu’on nous propose d’en créer une.

La première est celle du modèle technologique. Au risque de simplifier (il est clair qu’on trouve beaucoup de modalités différentes), il semble bien que l’offre la plus répandue – surtout pour les villes nouvelles – soit celle d’une infrastructure unique, connectant tout, sachant tout et permettant de tout contrôler.

Les avantages sont évidents, notamment en matière de souplesse. Mais cela présente d’énormes problèmes. Le premier est précisément que cela facilite le contrôle et peut permettre des dérives… Plein de critiques ont été faites dans ce sens. Mais, pour ceux qui suivent l’évolution des TIC depuis un moment, il est clair qu’il s’agit d’une sorte de retour en arrière vers l’époque des "mainframes", des ordinateurs peu nombreux et ultrapuissants.

C’est comme si l’ère de l’ordinateur personnel, sous ses multiples formes, n’avait jamais eu lieu et comme si, pire encore, on ignorait l’évolution vers les tablettes et les téléphones mobiles. Oh ! je sais, elles sont prises en compte dans bien des programmes, mais plus pour nous demander de communiquer des données au centre que pour débattre du futur de notre ville, ou de notre quartier.

Plus personne ne croît aujourd’hui (je suis sûr que certains en rêvent encore) aux univers informatiques unifiés. La vraie question est celle de l’interopérabilité entre systèmes différents et donc rapidement complexes. Cela veut dire qu’aucune entreprise ne peut à elle seule trouver la solution et que, dans le meilleur des cas, c’est une question de standards dont il faut débattre. Ce qu’essaye d’ailleurs de faire le Smart City Protocol.

Et pour enfoncer le clou, il est évident à tout œil attentif et à tout esprit ouvert qu’une telle modalité se donne bien peu de chances de pouvoir rendre le moindre compte de la complexité des villes. Il s’agit, en outre, de solutions aux coûts exorbitants.

Nous sommes encore une fois devant des propositions conçues en laboratoire avec pour objectif d’augmenter le chiffre d’affaires, ce qui est parfait, à condition de tenir compte de la société. Il leur reste à se soumettre à l’appréciation des utilisateurs dont on oublie trop souvent que ce ne sont pas les municipalités qui payent les chèques, mais nous (qui risquons d’en faire les frais).

La seconde question à se poser est celle du cadre politique. S’agit-il bien de la ville ? Aucune municipalité n’est, aujourd’hui, l’espace où la vie se joue. Il s’agit plutôt du quartier, d’une agglomération, voire d’une mégaville. Comprenons-nous, les entreprises ont besoin d’un cadre capable de prendre des décisions et de signer des contrats. Mais les portes auxquelles elles peuvent frapper aujourd’hui ne correspondent que très imparfaitement au vécu réel des habitants.

Francis Pisani

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