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Smart city versus stupid village ?

Perspectives

Le concept de smart city est-il uniquement réservé aux métropoles ou aux grandes villes ? Les plus petits territoires ne peuvent-ils pas, eux aussi, prendre part à ce mouvement ? Décryptage des enjeux des solutions « smart » pour les territoires périurbains et ruraux.

La révolution numérique est à l’œuvre, et impacte toutes les collectivités françaises, petites et grandes, urbaines et rurales. Habitants et touristes connectés, entreprises et partenaires avec des besoins de connectivité,…le numérique n’est plus un choix mais s’impose aux collectivités car leurs usagers sont déjà entrés dans « l’ère numérique ».

Les grandes agglomérations et métropoles se sont d’ores et déjà saisies du numérique pour optimiser leurs services : lieux d’innovation, nouvelles mobilités, éclairage intelligent, gestion innovante de l’eau et des déchets, …. Qu’en est-il pour les (plus) petites communes ? Si leurs élus et décideurs ont conscience que le numérique peut aider à améliorer la gestion des services et à renforcer l’attractivité du territoire, ils ignorent encore souvent de quelle manière et pointent notamment des carences en termes de sensibilisation, ingénierie et financement.

 

Des solutions « smart » encore peu développées dans les petites villes

Devant ce constat, la Caisse des Dépôts, en partenariat avec deux associations d’élus (APVF et ADCF), a mené une enquête quantitative et qualitative réalisée auprès d’un échantillon représentatif d’une centaine de collectivités en France, qui a permis de dresser un panorama des besoins et  initiatives locales lancés par de « petites villes », c'est-à-dire les villes centre d’une intercommunalité et comptant entre 8 000 et 25 000 habitants.

Plusieurs constats peuvent être posés. D’une part, la question des infrastructures numériques reste centrale et prioritaire par rapport au développement de services numériques. Près de la moitié des enquêtés (élus et Directeurs Généraux des Services) estime en effet que le Très Haut Débit (THD) constitue une priorité. Viennent ensuite les premiers besoins essentiels et souvent obligatoires comme la dématérialisation et l’e-administration. Mais lorsque ces villes développent des solutions numériques plus innovantes, c’est d’avantage au coup par coup et par opportunisme, sans avoir établi au préalable de stratégie numérique d’ensemble.

La « smart city » et ses services appelle il est vrai un certain nombre de questions. Un investissement dans un service urbain  « smart » peut en effet être coûteux, mais quelle est l’assurance sur un potentiel retour sur investissement ? Un service innovant parait séduisant  mais quel est le risque d’obsolescence à court ou moyen termes ? Quels sont les niveaux de compatibilité et d’interopérabilité avec d’autres technologies et services déjà installés dans la ville ? La population acceptera-t-elle les changements ? Enfin, pour les projets les plus matures,  quid de la propriété et de l’usage des données ? Il s’agit ici de sujets complexes, techniques, avec un rythme d’évolution rapide, et qui nécessitent souvent une expertise et une ingénierie qui freinent leur développement dans les petites villes.

En parallèle, l’approche commerciale des industriels de la « smart city » cible encore aujourd’hui en priorité les grandes villes voire les villes moyennes, avec des marchés estimés plus accessibles et une rentabilité espérée plus grande.

 

Des facteurs clés de l’innovation et de la transformation

Les secteurs désignés comme prioritaires par les villes (eau, déchets, éclairage,…) ne sont pas toujours les mieux traités. Pourtant, il existe un large panel de solutions innovantes déployables et utiles pour ces communes et intercommunalités. Voire même des services « smart » plus efficaces dans les petites villes que dans les zones urbaines denses, comme par exemple la gestion intelligente des déchets.

Alors, quelles actions mener pour enclencher la modernisation de ces territoires et de leurs services ? D’abord, sensibiliser. Autrement dit, associer les petites villes et leurs EPCI aux débats autour du numérique et de ses enjeux, mettre à leur disposition des moyens d’informations réguliers afin de les encourager à mieux connaître les solutions qui existent et à adopter une stratégie numérique globale (notamment en ayant une meilleure connaissance des retours sur investissement). En termes de financement, les différents dispositifs de soutien existants et notamment les fonds régionaux, nationaux ou européens en faveur du développement numérique, doivent également être identifiés et mieux utilisés par ces collectivités. En parallèle de cette nécessaire information des élus et décideurs, il semble aussi indispensable de permettre le développement d’une ingénierie interne, donc de former des agents pour concevoir et piloter la mise en place de nouveaux services numériques et être en mesure de faire les meilleurs choix parmi les solutions du marché.

Sur nombre de ces points, les petites villes et leurs intercommunalités se trouvent souvent seules et démunies, financièrement ou en termes d’ingénierie. Les dispositifs de mutualisation entre collectivités, à des niveaux départementaux ou régionaux, peuvent être une solution même s’ils sont aussi complexes à mettre en œuvre, notamment par leurs montage et gouvernance. Et nécessitent dans tous les cas une volonté politique forte, au-delà des « concurrences » entre territoires. Cette mutualisation peut aussi permettre de faciliter l’approche commerciale des acteurs privés porteurs de solutions en leur offrant des marchés plus accessibles et plus rentables.

Enfin, reste la question des données. Se lancer dans une démarche de « smart city » implique de traiter et d’utiliser une quantité importante de données, souvent produites par les délégataires de services. Comment alors garantir un usage ouvert de celles-ci tout en jouant un rôle de tiers de confiance par rapport à l’usager ? Comment répondre aux obligations légales d’ouverture des données publiques pour toutes les collectivités de plus de 3 500 habitants ? Ce challenge majeur sera encore plus fort au fur et à mesure du déploiement des services et impact déjà les métropoles.

La Caisse des Dépôts, partenaire historique des territoires,  accompagne aussi les petites collectivités dans ces enjeux de la transition numérique. Elle a commencé dès le début des années 2000 par le développement des infrastructures télécom et se positionne aujourd’hui comme le premier investisseur dans les Réseaux d’initiative publique pour pallier les carences du marché en haut débit et très haut débit sur les territoires moins denses. Pour les services numériques et en termes de sensibilisation, ce guide est une première pierre. Des projets sont aussi en cours pour favoriser la mutualisation entre territoires, afin de faciliter la rencontre entre leurs besoins et les offres du marché et optimiser les impacts financiers.

Il reste encore beaucoup à faire, mais les besoins et les offres existent pour que le nombre de « smart villages » dépasse bientôt celui des « smart cities ».

 

  • Pour retrouver l’intégralité de l’étude :

http://www.caissedesdepots.fr/mediatheque/im_field_thematiques/numerique-17

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