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Territoires d'intelligences : les smart cities au pluriel [interview vidéo]

Perspectives

 

En avril 2017, Luc Belot, ancien député du Maine-et-Loire, a rendu un rapport au Premier Ministre, Bernard Cazeneuve, sur l’avenir de la ville intelligente. Posant comme principe que la smart city représente une chance pour les territoires et leurs habitants, le rapport postule que le déploiement d’outils numériques peut permettre une véritable amélioration de l’utilisation des infrastructures publiques. Rencontre.

 

 

 

 

[Transcription de la vidéo]

Quels sont les points importants du rapport ?

J’ai souhaité que ce rapport présente trois principes directeurs avant d’aller sur 24 propositions. Trois principes directeurs qui sont à la fois les bonnes questions à se poser pour les territoires mais aussi des points de faiblesse.

Un premier principe directeur autour de la citoyenneté. On ne peut pas avoir un projet de smart city s’il est uniquement piloté par une petite équipe, par un service ou par une direction. C’est d’abord un projet global qui doit être, d’une manière générale, piloté avec une vraie gouvernance. C’est à dire qu’il faut un enjeu avec les élus, les services et je plaide pour qu’il y ait aussi derrière  les universitaires, les entreprises, les citoyens, et qu’il y ait vraiment une gouvernance. Sans ça, il y a un vrai risque d’aller plutôt dans une ville « tech », dans une ville numérique, au sens où elle serait uniquement celle de la donnée.

Ensuite, il y a un  enjeu de souveraineté qui, s’il n’est pas traité, peut être un vrai risque, un vrai danger pour les territoires. Les enjeux de souveraineté, c’est faire en sorte qu’au travers de la portabilité, la réversibilité, il y ait réellement aujourd’hui une souveraineté. Que les territoires et les élus aient la main en permanence non seulement sur leurs données et sur leurs applications et pas uniquement parce que ça serait nouveau, innovant, que l’on confie tout cela uniquement à des acteurs privés.

Le dernier élément, qui peut être un écueil s’il n’est pas traité dès le début, c’est celui d’une politique inclusive. Si on ne prend pas garde à faire en sorte que chacun puisse participer et que l’on n’éloigne réellement personne de ces enjeux de la ville intelligente. Je crois que l’on aura autour de la gouvernance, de la souveraineté et de l’inclusion, les bonnes questions à se poser pour les territoires.

 

Pourquoi territoires « d’intelligences » au pluriel ?

Il est vrai qu’aujourd’hui chaque territoire a déjà des politiques qui sont très efficientes dans chacun des silos. Que ce soit les silos de mobilité, des déchets et autour de l’énergie. Mais il manque parfois l’enjeu de la transversalité. Faire en sorte que, à l’échelle d’un territoire, il y ait une politique d’intelligence. La donnée est un des outils qui, aujourd’hui, va permettre cette transversalité. Ce n’est pas le seul outil et ce n’est pas uniquement autour de l’open data.

C’est d’abord autour de l’utilisation globale de la donnée. Je plaide pour qu’il y est des plateformes data dans les territoires dont un volet ouvert d’open data mais que ce soit d’abord une politique publique qui permette, y compris à la collectivité, d’orienter ses stratégies, de faire ses choix, de faire ses évaluations, de travailler sur le management, la redirection de projet, c’est essentiel. Aujourd’hui, la data doit être un outil de l’ensemble du territoire pour le piloter, avoir un projet de territoire. Il est donc essentiel que les élus et les collectivités aient accès à un certain nombre de données qu’ils n’ont pas aujourd’hui, comme les données de transporteur. On peut penser notamment dans les grandes villes à Uber mais ça peut être aussi les données de taxi, les données d’énergie et, au-delà des données des délégataires qui maintenant vont être mis à disposition de manière obligatoire, il faudrait penser à la mise à disposition d’autres données. 

 

Existe-t-il un modèle parfait de smart city ?

Des choses intelligentes il s’en passe partout. Il n’y a pas plus intelligent qu’une ville, il n’y a pas plus durable qu’une ville mais l’enjeu était de pouvoir structurer et accompagner les uns et les autres dans leur projet de smart city. Je crois qu’il n’y a pas un modèle de smart city, il n’y a pas une smart city qui s’imposerait à tous et qu’il faudrait copier. Il y a autant de réalités, d’individus, de forces, de faiblesses qu’il y a de territoires, et à chacun de pouvoir construire son projet.

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