Donner de la visibilité aux actions pour la biodiversité

À l’occasion de la 7e session plénière de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), en France, Virginie Chapron-du Jeu, directrice des finances du groupe Caisse des Dépôts, et Marc Abadie, président de CDC Biodiversité, prennent ensemble la parole pour alerter sur l’impact des activités humaines sur la biodiversité. Ils reviennent aussi sur l’urgence à se doter d’un outil international permettant d’évaluer cet impact, afin d’éclairer les choix de financements ou d’investissements.

02mai2019

À Paris le 6 mai, à l’issue de sa 7e plénière, l’IPBES1  (Plate-forme Intergouvernementale Scientifique et Politique sur la Biodiversité et les Services Ecosystémiques) nous interpellera tous : décideurs publics, entreprises, ONG et citoyens. Partout dans le monde, la biodiversité s’érode à grande vitesse sous l’effet des activités humaines responsables de la dégradation massive de terres de l’ensemble de la planète. Ces dernières contribuent à la disparition des espèces, accentuent le changement climatique (déforestation, diminution de la capacité de stockage de carbone des sols…) et impactent de plus en plus directement le bien-être humain dans toutes ses dimensions : alimentation, santé, économie…

La France est concernée au premier chef par ce constat. Notre pays possède un patrimoine naturel exceptionnel. Elle est présente sur deux continents et dans tous les océans, hormis l'Arctique. Elle dispose du 2e espace maritime du monde avec plus de 10 millions de km² sous sa juridiction. Les territoires français abritent ainsi des écosystèmes terrestres et marins très variés et concentrent près de 10 % de la diversité des espèces connues dans le monde, avec plus de 180 000 espèces.

Depuis plusieurs décennies, notre pays s’est doté d’un cadre législatif et réglementaire dédié à la protection de la biodiversité, aidé en cela aussi par l’impulsion de l’Europe. Même si les efforts sont réels, force est de constater que le cadre défini par la loi, ne suffit pas à éviter un déclin rapide de la biodiversité. L’artificialisation, à elle seule, fait disparaître sous le goudron ou le béton l’équivalent d’un département tous les 10 ans. L’urgence est là, il faut aller plus vite, plus loin, trouver de nouveaux leviers.

La France doit renforcer son ambition nationale en impliquant les différents acteurs de la société, générant une dynamique collective, un véritable défi national pour les territoires, les collectivités, les entreprises, mais aussi les services de l’État, les grands réseaux d’acteurs et les citoyens. Le plan biodiversité présenté en mai 2018 par Nicolas Hulot porte cette ambition d’accélérer la mise en œuvre de mesures prioritaires pour atteindre les objectifs fixés par la stratégie nationale pour la biodiversité (SNB), en cours jusqu’en 2020.

Dans ce contexte, protection de la biodiversité et développement économique doivent être réfléchis et conduits de concert. La biodiversité doit devenir une source d’innovations et de progrès technologiques pour de nouveaux modèles de développement. Elle peut devenir un facteur de solidarité territoriale tant au niveau local que mondial. Sur la scène internationale, elle constitue un enjeu géostratégique majeur.

La biodiversité et les services fournis par les écosystèmes sont absolument nécessaires à de nombreuses activités économiques et au fonctionnement des sociétés humaines. Ils sont sources de valeur pour la société même si cette valeur n’est pas toujours entièrement mesurable avec les outils et unités actuels. Il est de plus en plus partagé que la non prise en compte de ces externalités peut mettre en danger nos économies et sociétés.

L'évaluation mondiale de l'IPBES démontre l’urgence de l’engagement de discussions ambitieuses. Celles-ci doivent porter sur la gouvernance mondiale de la biodiversité post-2020 au titre de la Convention sur la diversité biologique, mais également sur les mesures à prendre pour mettre en œuvre le programme de Développement Durable à l'horizon 2030 et ses Objectifs de développement durable (ODD).

Sans une action concertée et rapide, l'évolution prévue des facteurs indirects, notamment l'augmentation de la croissance démographique et de la consommation, et une économie plus mondialisée entraîneront l'échec de la réalisation des Objectifs de développement durable, des objectifs d'Aichi pour la biodiversité et de l'accord de Paris sur le changement climatique.

Dans cette situation critique, il devient indispensable de mesurer tant les conséquences de nos activités que le bénéfice des progrès réalisés. Des outils sont nécessaires pour évaluer les impacts des entreprises, des actifs financiers à travers les chaînes de valeur, des politiques publiques locales ou nationales etc.

Ces outils de calcul d’impact doivent présenter certaines qualités qui constituent le socle sur lequel tout indicateur d’empreinte biodiversité doit être construit : être exprimé dans une métrique unique, se positionner à une échelle d’analyse globale (du fait de l’économie mondialisée, tout en étant inscrite dans une géographie, car les enjeux biodiversité et impacts associés sont nécessairement locaux), représenter toute la biodiversité (et non seulement la valeur des services qu’elle rend), reposer sur une méthodologie transparente et consensuelle, être capable de rendre compte, par ses variations, des efforts accomplis par les entreprises.

C’est l’ambition du Global Biodiversity Score (GBS), souhaité par la Caisse des Dépôts et développé par CDC Biodiversité depuis 2016 dans le cadre de la mission Économie de la Biodiversité, et en partenariat avec les entreprises membres du club des Entreprises pour une biodiversité positive (B4B+). Ce dispositif vise à la fois à rendre compte de l’empreinte biodiversité des entreprises dans un objectif de reporting extra-financier, et à agir en tant qu’outil d’aide à la décision pour identifier les impacts directs, indirects ou induits de ses activités afin de les réduire, voire de tendre vers un objectif d’impact positif net sur la biodiversité. Du point de vue des institutions financières, il permettra de comparer quels sont les secteurs et entreprises les plus vertueux, afin d’éclairer les choix de financements ou d’investissements, dans un objectif d’alignement des actions des acteurs privés sur des objectifs de politique publique en matière de préservation de la biodiversité.

1 Souvent décrite comme le « GIEC de la biodiversité », l’IPBES est l’instance scientifique et politique mondiale chargée de fournir à tous les décideurs les meilleurs éléments probants disponibles concernant les populations et la nature.

 

Virginie Chapron-du Jeu, directrice des finances du groupe Caisse des Dépôts
Marc Abadie, président de CDC Biodiversité

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