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La nature urbaine : un oxymore ?

Environnement

En France, 80% de la population vit en ville : nous sommes une société urbaine. Notre lien à la nature et au maraîchage s’est progressivement distendu jusqu’à disparaître. Il y a un siècle notre capitale était en autosuffisance à 90% : la dernière vache a quitté Paris en 1971. La disparition progressive d’une alimentation locale n’aurait-elle pas un impact sur le confort de vie des citadins ?

Dans son processus de construction, la ville a longtemps évacué tout lien à la nature et au maraîchage. Au fil du temps, la ville a amalgamé, béton, flux d’automobiles, pollutions, nuisances sonores… Elle est devenue le lieu de pathologies nouvelles, souvent liées à l’alimentation et à la baisse de l’activité physique : obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires. Cette manière de concevoir l’espace physique urbain a eu son corolaire sur le plan psychique, affectant le moral de ses usagers.

Depuis quelques temps, le vert fait un retour en fanfare ! Sur toutes sortes de surfaces : murs, terrasses, trottoirs, façades ! Les habitants plébiscitent la nature en ville : pour 9 français sur 10 avoir un contact avec le végétal est un élément essentiel au quotidien. 8 français sur 10 veulent vivre près d’un espace vert et 6 sur 10 estiment que prioritaire la création d’espaces verts.

Nos élus s’adaptent et la chaine de fabrication de la ville s’organise. Le maire bâtisseur n'existe presque plus, le maire aménageur l'aura bientôt remplacé. Celui-ci intègre dans son projet des quotas « d’espaces verts ». A côté du célèbre permis de construire, l’administration vient de créer le permis de végétaliser !

Un espace vert, à quoi ça sert ?

Au même titre que la pelouse était l’apanage des nantis (ils pouvaient se permettre d’avoir un espace foncier non utilisé, nécessitant beaucoup d’entretien), l’espace vert est synonyme de niveau social. Dans un environnement urbain dense l’accès à un jardin est avant tout une question de moyen. Et celui-ci contribue à la baisse d’un certain nombre de pathologies telles que l’asthme, l’hypertension artérielle, l’obésité... Vivre à côté d’une espace vert est bon pour le moral et entraine un cercle vertueux, incitant à une activité physique plus intense, ou des comportements plus citoyens. Le végétal est indispensable pour notre équilibre et notre bien-être, 30 minutes par semaine en pleine nature suffiraient pour prévenir des dépressions. Le « vert » arme fatale contre l’anxiété et le stress ! Pour toutes ces raisons, les documents d’urbanisme se voient dotés d’un renforcement de la présence du végétal pour toutes opérations neuves. Nous voyons des zones de « renaturation » avec une recherche d’un « ilot vert » non loin des logements au même titre que tous les autres services.

Un espace vert a des répercussions également économiques aujourd’hui identifiées. Les promoteurs ne s’y trompent pas : construire ou vendre un immeuble sans environnement végétal devient tout simplement inconcevable. La présence d’un espace vert à proximité peut représenter une plus-value importante pour les immeubles et les attentes des citoyens sur cette proximité se sont affirmées. La présence du vert est devenue un critère différenciant dans le choix de son habitat.

Le « vert » impacte également les questions d’optimisations énergétiques. Une toiture végétale fait office de régulateur thermique pour le bâtiment allant jusqu’à 25% de réduction de la facture. Il contribue à la diminution des ilots de chaleur. Cette nature urbaine peut avoir d’autres bénéfices, comme la réintroduction de métiers oubliés tel que le maraîchage, avec l’agriculture urbaine qui n’en est qu’à ses balbutiement. Aujourd’hui l’agriculture urbaine est plutôt mise en œuvre pour ses vertus de lien social que pour ses fonctions de production nutritive mais cela pourrait changer.  Non ! les aromates ne sont pas les seuls végétaux à valeur ajoutée sur les toits ! Situés en hauteur par définition, les toits sont des espaces climatiques privilégiés : ils sont moins exposés aux pollutions de la rue et ils contribuent à la biodiversité animale et végétale. Enfin, nos fermes urbaines, conjuguées à toutes les autres formes de la végétalisation, sont sources d’emplois non délocalisables.

Sous la forme de mur végétal, de trame verte, de corridor écologique, d’agriculture urbaine ou encore jardins partagés, le vert en ville est indispensable. Il contribue aux régulations internes du système urbain. Il participe activement à la lutte contre le réchauffement climatique, réduit le stress des habitants, fait baisser les pollutions par le traitement de l’air. Il agrémente les parcours de mobilités douces.

Par nos comportements, nos représentations et nos attentes, nous pouvons tous être acteurs de ce développement. Notre volonté d’avoir des espaces non traités, laissés en friche, l’idée que nous pouvons intervenir dans la végétalisation de notre environnement, fait de nous des acteurs de cette dynamique verte. Ce développement n’est plus l’apanage des élus locaux. Nous avons tous la possibilité de participer au retour de la nature en ville. Les pieds des arbres peuvent devenir des parcelles que nous pouvons nous réapproprier. De même, il existe un nombre plus important qu’on croit de portions de voirie végétalisable. C’est une question de regard et de gestes : redécouvrons les bienfaits des mains dans la terre, contribuons à la biodiversité non seulement pour notre santé et notre bien-être, mais également pour notre planète.

Olivier Guillouet Directeur d'aménagement Icade

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