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Pilotage des territoires : les données prennent le volant

Perspectives

Les villes génèrent pléthore de données, que ce soit par le travail des agents et des délégataires de service public ou par l’activité des équipements connectés déployés dans les bâtiments, sur les routes ou sur les réseaux énergétiques. Quand ces données transitent vers les bonnes personnes et passent le cap de l’usage, elles deviennent des leviers de pilotage dont les territoires ne peuvent plus se passer.

 

La donnée comme connaissance pour comprendre et améliorer la ville

Cessons de considérer la donnée Smart City sous l’angle unique de la technique. Qu’elle soit issue d’un compteur de gaz communicant, d’une caméra de surveillance du trafic ou d’un tableur utilisé par un service d’urbanisme, la donnée territoriale est avant tout une matière première, une connaissance, qui donne aux agents et décideurs publics la possibilité de mieux comprendre la réalité de leur territoire. Brute, elle ne dit pas grand-chose. Traitée, enrichie par des algorithmes et visualisable sous forme de tableaux, cartes ou graphiques, elle peut beaucoup. Elle aide à envisager les actions les plus cohérentes pour remédier à certaines problématiques locales et accroître la qualité de vie des citoyens. Elle offre des arguments pour évaluer la faisabilité et l’intérêt de ces actions, et les mettre en œuvre de manière effective. Elle permet aussi mesurer leur niveau d’accomplissement et leur réussite.

Au regard du rôle qu’elles ont à jouer dans la transformation de l’action publique, il est aujourd’hui impensable que les décideurs publics ne puissent pas exploiter les données rattachées de près ou de loin à leur territoire, peu importe par quel acteur ou par quel dispositif elles sont produites. Pas toujours productrices et propriétaires des données Smart City, les collectivités territoriales doivent s’assurer d’en conserver la souveraineté.

Qui dit souveraineté ne veut pas dire que les collectivités peuvent s’arroger le droit de faire un usage exclusif de ces données, ni qu’elles peuvent s’en approprier la gouvernance exclusive. Le concept renvoie à la notion de garantie : les territoires sont assurés, quels que soient les outils qu’ils utilisent ou les prestataires avec lesquels ils travaillent pour administrer et partager les données, qu’il n’y a aucun risque à ce qu’ils n’aient pas ou plus accès aux données territoriales. Ils ont la garantie et le droit de pouvoir les réutiliser à leur guise.

La donnée comme moteur de la planification urbaine

Voilà pourquoi les territoires doivent également bâtir un nouveau rapport de confiance avec leurs partenaires, fondé sur l’échange de données décisionnelles. Décongestion du trafic, planification énergétique ou réfection des canalisations d’eau potable… de telles démarches ne pourront être opérées correctement par les collectivités sans que ne leur soit fourni un accès aux données propres à ces différents secteurs. Ces données sont la plupart du temps gérées par des entités extérieures, qu’il s’agisse d’opérateurs de transports, d’exploitants de l’eau et de l’énergie, d’entreprises du numérique ou de pôles de recherche. Plusieurs d’entre eux jouent déjà le jeu du partage de données.

Fluidifier le trafic

Pour analyser plus finement le trafic et ses aléas, la Métropole Européenne de Lille (MEL) récupère les données du service Waze. Elle enrichit alors les données collectées à partir de ses capteurs connectés avec les signalements remontés par les automobilistes via l’application communautaire. Etienne Pichot Damon, chargé de mission Open Data pour la MEL, explique l’intérêt d’une telle collaboration avec la filiale de Google : « des capteurs de trafic sont installés dans plusieurs zones de la ville mais ne couvrent pas l’intégralité du trafic lillois. Disposer des données Waze nous permet de compléter les données transmises par nos propres capteurs pour construire une base d’informations historicisée et quasi exhaustive. A partir de cette base, nous serons par exemple capables de mobiliser les services d’intervention d’urgence beaucoup plus rapidement en identifiant en temps réel les problèmes qui surviennent dans telle ou telle rue. »

A l’image de Waze, la société Citilog joue aussi le rôle de partenaire privilégié des territoires pour les épauler dans la régulation de la circulation. Pour aider les villes et les exploitants d’autoroutes à débloquer les intersections embouteillées et agir instantanément en cas d’accidents, l’entreprise leur fournit des données traitées et prêtes à l’emploi (vidéos, visualisations graphiques et cartographiques), lesquelles sont directement issues des caméras de surveillance du trafic qu’elle conçoit et déploie sur les routes et autoroutes.

Anticiper le changement climatique

Afin d’intégrer la variable climatique à sa stratégie d’aménagement urbain, la métropole de Toulouse a lancé un projet de récolte des données des stations météo, en collaboration avec le Centre National de Recherches Météorologiques. Ces stations ont été installées à divers endroits de la ville afin d’identifier les zones de surchauffe et de fraîcheur qui se créent naturellement, en fonction de la végétation, de la densité ou de la présence de points d’eau. En constatant un écart de 5 degrés en été entre les quartiers très urbanisés situés en hyper-centre et les quartiers excentrés plutôt végétalisés, la métropole dispose d’arguments substantiels pour décider d’inclure davantage de surfaces vertes dans ses futurs plans d’agencement du territoire.

Remédier à la vétusté des réseaux d’eau

« La vraie crise qu’il y a sur l’eau, c’est la vétusté des réseaux ! C’est la vétusté de certains réseaux qu’on n’arrive pas à remplacer. C’est l’incapacité de certaines communes ou certains territoires à investir. Ce sont les risques sanitaires auxquels nous aurons à faire face demain. » En novembre 2017, le Président Emmanuel Macron rappelait qu’il y a urgence à agir pour renouveler les infrastructures d’eau potable sur le territoire français. Or, la remise en état complète des réseaux ne peut s’opérer que dans un temps long. Fort heureusement, ce temps peut être considérablement raccourci grâce à l’utilisation astucieuse de certaines données IoT (Internet of Things).

Deux acteurs de l’eau, Birdz et Smarteo Water, ont déjà entrepris de partager auprès des collectivités et des exploitants de l’eau les données qu’ils récoltent via leurs sondes et compteurs connectés. Installés sur les canalisations, ces capteurs fournissent des indicateurs qui, croisés à des données environnementales et des algorithmes, permettent de contrôler la qualité de l’eau et d’identifier les tuyaux à remplacer en priorité.

La donnée comme paramètre pour évaluer l’action publique territoriale

Les territoires et leurs dirigeants politiques ont une responsabilité à l’égard des citoyens : celle de leur rendre des comptes. Il leur faut pouvoir justifier du bien-fondé des actions qu’ils engagent en partageant les informations qui les ont menés dans la direction suivie. Ils ont surtout besoin de mettre leurs promesses politiques à exécution et d’en mesurer l’achèvement et l’efficacité.

La justification de l’action publique et l’évaluation de sa performance doivent être connues des citoyens mais aussi des agents territoriaux qui contribuent à la mise en œuvre des politiques locales. Cette mise en visibilité a plusieurs bénéfices : elle permet d’ajuster les politiques déjà engagées, de mettre en valeur et soutenir le travail des travailleurs publics et de renforcer la confiance des administrés à l’égard des administrateurs. Le projet « Paris City KPI Dashboard » est conçu en ce sens.

L’exemple du projet « Paris City KPI Dashboard »

La mairie de Paris a profité du sommet Data For Good Exchange (D4GX) organisé par Bloomberg en septembre 2017 à New York pour bâtir, avec l’appui de Bloomberg Associates, un prototype de tableau de bord entièrement dédié à la mesure de la performance et connecté au système d’information de la ville. Le tableau de bord propose une première vue généraliste des indicateurs de performance (KPI) permettant de repérer instantanément par un jeu de couleurs les actions accomplies, celles en cours d’accomplissement et celles qui ne le sont pas (encore). Un niveau de détail plus précis est ensuite proposé pour chaque KPI, quelque soit sa catégorie : services aux citoyens, innovation, environnement, culture et espaces publics. Chaque indicateur est en lien avec une promesse électorale de la Maire de Paris Anne Hidalgo. Il est ainsi possible d’évaluer le taux d’accroissement des surfaces immobilières dédiées à l’installation de startups dans la capitale, ou la réactivité dans les réponses apportées aux anomalies de voirie - équipements endommagés, déchets sauvages, feux tricolores en panne - que les citoyens reportent via l’application DansMaRue.

Utilisé en interne pour le moment, le tableau de bord permet déjà d’automatiser certains processes de reporting des KPI et d’identifier, grâce à la collaboration entre équipes, de nouveaux indicateurs de performance à intégrer. Le « Paris City KPI Dashboard » sera prochainement rendu public en Open Data, marquant ainsi pour la ville le franchissement d’une étape importante dans l’obligation de rendre des comptes à ses citoyens.

Jean-Marc Lazard, Président d’OpenDataSoft

Depuis 2011, la française OpenDataSoft est la 1ere solution conçue spécifiquement  pour accompagner et outiller  les collectivités et leurs partenaires dans le partage et la  mutualisation des données territoriales. Leader du secteur, OpenDataSoft travaille avec des collectivités et entreprises de toutes tailles dans plus de 15 pays, en mettant à leur disposition une plateforme prête à l’emploi pour publier, enrichir et visualiser les données de façon limpide, et les diffuser de façon sécurisée vers les bons acteurs afin d’encourager leur réutilisation.
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