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Smart city : gadget ou création de valeur collective ? [ étude ]

Perspectives

Si une véritable dynamique « ville intelligente » est en œuvre dans les territoires, force est de constater qu’elle l’est le plus souvent sous forme de projets ponctuels plutôt que dans le cadre d’un déploiement global. Alors que certains mettent en avant des freins organisationnels ou réglementaires au déploiement du numérique, notre étude (consulter ici) pose délibérément la question de l’utilité des projets smart. Ne seraient-ils que gadget ou créent-ils vraiment de la valeur ?

LA DEMARCHE D'EVALUATION SOCIO-ECONOMIQUE

La création et la destruction de valeur collective des investissements publics nécessitent d’être mesurées et objectivées. L’évaluation socio-économique constitue dès lors une méthode permettant de vérifier si les projets créent plus de valeur qu’ils ne coûtent à la collectivité ; en d’autres termes s’il est utile de les promouvoir et de les financer. C’est donc un outil d’aide à la décision publique. 

La méthode

Dans le mesure où les projets publics touchent de nombreux acteurs (habitants, touristes, services publics, opérateurs, etc.) sans pour autant prévoir de transactions marchandes (il n’est par exemple pas envisageable de faire payer l’ensemble des piétons à chacun de leurs passages sous un lampadaire d’éclairage public), les coûts et bénéfices de ces projets ne sont pas uniquement financiers ; ils peuvent également être de nature économique, sociale, sociétale et environnementale. Il convient dès lors de quantifier l’ensemble de ces coûts et bénéfices. Afin de pouvoir être comparés les uns aux autres, ces impacts doivent être traduits dans une unité commune, l’unité monétaire. Pour cela, des valeurs de référence, comme la valeur du temps ou la valeur de la tonne de CO2, peuvent être utilisées. On se réfère alors aux valeurs tutélaires établies dans le Rapport Quinet 2013 (voir encadré). Lorsque de telles valeurs de référence n’existent pas, il est possible de mobiliser des articles académiques et de les extrapoler au contexte étudié. 

Le rapport Quinet, une référence pour l'évaluation socio-économique
Confié par le Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective (actuel France Stratégie) à l'économiste Emile Quinet, ce rapport publié en 2013 actualise et précise la méthode du calcul socio-économique. Il présente de nombreuses valeurs tutélaires, principalement liées au secteur des transports, domaine historique de l'évaluation socio-économique (valeur des polluants atmosphériques ou du temps de transport par exemple). Plusieurs recommandations sur la manière d'étendre l'évaluation socio-économique à de nouveaux domaines (prévention des inondations, par exemple) y sont également adressées.

Les indicateurs
Une fois l’ensemble des coûts et bénéfices traduits dans l’unité monétaire, des indicateurs socio-économiques sont calculés, et notamment :
-    La Valeur Actualisée Nette Socio-économique : c’est la création de valeur collective créée par le projet, nette de ses coûts, sur l’ensemble de la durée de vie du projet, ramenée en une valeur actuelle. Un taux d’actualisation socio-économique de 4,5% est utilisé, conformément aux recommandations du Rapport Quinet.
-    La Valeur collective créée par euro public investi : ce sont l’ensemble des bénéfices socio-économico-environnementaux du projet, sur toute sa durée de vie, rapportés au coût socio-économique du projet. On notera que le coût socio-économique se distingue du coût financier dans la mesure où on lui applique un « coût d’opportunité des fonds publics » (COFP) qui traduit la charge supplémentaire par unité d’argent prélevé. Le COFP est par convention, en France, de 0,27. De plus, il tient compte des coûts pour l’ensemble des acteurs. 

Toujours s’agissant de la méthodologie, on pointera enfin que l’évaluation socio-économique est une analyse en différentiel entre une option de réalisation du projet envisagé (option de projet) et une option où l’on ne réaliserait pas le projet (option de référence). Ainsi, les coûts et bénéfices chiffrés sont des coûts et bénéfices marginaux. 

Une étude inédite
Cette étude sur l’évaluation-socio-économique de projets smart city est inédite à deux titres. D’une part c’est la première fois que l’évaluation socio-économique s’intéresse aux projets smart city. Si cette méthodologie est largement utilisée dans le secteur des transports où de nombreuses valeurs tutélaires existent, son usage est exploratoire dans d’autres secteurs. La réalisation de cette étude montre dès lors que l’évaluation socio-économique est mobilisable pour aider la décision publique dans ce type de projets innovants. D’autre part, c’est la première fois que la smart city s’intéresse à l’évaluation socio-économique pour orienter son développement et démontrer ses impacts en matière d’inclusion, d’accessibilité, de santé publique et d’atténuation du changement climatique. Aujourd’hui limités à un petit nombre de villes et de territoires, les projets smart city, appuyés par cette étude, réussissent à démontrer quantitativement qu’ils créent de la valeur collective. 

EVALUATION DES PROJETS SMART CITY
Cette étude permet de faire le point sur cinq projets dans des champs divers de la smart city : la mobilité, les déchets, les bâtiments, l’administration et l’éclairage. Les projets analysés concernent des territoires hétérogènes, de la zone rurale à l’agglomération, en passant par la ville moyenne et le département. Ils ont également des niveaux de maturité différents : alors que certains ont déjà plusieurs années d’ancienneté avec des technologies éprouvées et des impacts déjà réels (évaluation ex post), d’autres en sont à leurs balbutiements, avec des impacts encore non palpables qui sont donc estimés en amont (évaluation ex ante).

Julie de Brux fondatrice du cabinet Citizing

Fanny Brûlebois associée chez Opencitiz

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