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PEFC, FSC : Quand les labels forestiers se réinventent

Date de publication 05 mai 2026

Temps de lecture 8min

©La Forestière

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Longtemps perçues comme des outils de marché, les certifications forestières sont aujourd’hui devenues des labels de référence, témoins des évolutions de pratique dans un contexte de changement climatique. PEFC et FSC, les deux principaux référentiels mondiaux, ont récemment engagé des révisions majeures avec leurs déclinaisons françaises. Derrière ces évolutions se joue une question centrale : comment concilier exigence écologique, faisabilité économique et adhésion des propriétaires ?

Deux approches historiques bien distinctes

Les certifications forestières FSC et PEFC sont apparues dans les années 1990, alors que la déforestation tropicale et les préoccupations environnementales mobilisaient fortement l’opinion publique. Elles évoluent aujourd’hui avec notre société, au rythme de révisions nationales et internationales régulières. 

  • FSC (Forest Stewardship Council), né en 1993, s’est construit sur une approche internationale exigeante, porté par les ONG environnementales mondiales. Il s’est imposé comme un label crédible dans les pays tropicaux, mais reste difficile à déployer dans les mosaïques de petites propriétés privées européennes. En France, à fin 2025, FSC couvrait 121 878 hectares de forêts métropolitaines, avec une croissance annuelle moyenne d’environ 16,5 % depuis 2014. Le nouveau référentiel, révisé en 2025, poursuit un objectif clair : simplifier certaines procédures pour gagner des surfaces certifiées, tout en maintenant un haut niveau d’exigence. 
  • PEFC (Programme for the Endorsement of Forest Certification), créé en 1999, adopte une approche pragmatique qui consiste à reconnaître les pratiques déjà mises en œuvre par les propriétaires forestiers, notamment les petits, tout en impulsant un processus d’amélioration continue. Cette logique a favorisé une adhésion large : PEFC couvre aujourd’hui plus de 5,6 millions d’hectares en métropole, soit environ un tiers de la forêt française. La dernière révision du référentiel, aboutie en 2024, visait avant tout à renforcer les exigences écologiques (biodiversité, climat, eau) sans rendre le système trop contraignant et risquer de perdre des surfaces certifiées. 


Pendant longtemps, ces deux systèmes ont cohabité en parallèle, sans reconnaissance mutuelle, malgré les thématiques similaires. Parfois en concurrence, ils restent néanmoins complémentaires : FSC misant sur l’exigence avec des objectifs chiffrés à atteindre pour être certifiés, PEFC sur le pragmatisme et la représentativité avec des objectifs plus globaux permettant à un plus grand nombre d’accéder à la certification. Aujourd’hui, ils tendent à converger pour adapter la gestion aux grands enjeux contemporains : climat, biodiversité, sols et services écosystémiques.

Réviser les référentiels : un exercice nécessaire et stratégique, parfois sous tension

Réviser les référentiels de gestion forestière durable n’est jamais neutre. Ces révisions traduisent la manière dont notre société souhaite gérer ses forêts aujourd’hui… et pour demain.
En tant qu’acteur impliqué dans les groupes de travail ayant conduit à la publication des nouveaux référentiels français PEFC (2024) et FSC (2025), La Forestière a pu observer les lignes de force qui ont guidé ces évolutions majeures.

Ces révisions interviennent dans un contexte de pressions accrues : crise climatique, perte de biodiversité, attentes sociétales sur la traçabilité et la durabilité, concurrence internationale sur le bois et renforcement des cadres réglementaires européens. Les certifications ne sont plus des “plus-produits” : elles deviennent des garanties, nécessaires pour préserver la légitimité et la compétitivité de la filière forêt bois.

Une gouvernance multi-acteurs

La force de la révision de ces deux standards réside dans leur système de gouvernance, fondé sur une approche multi-acteurs mobilisant plusieurs centaines de parties prenantes et s’appuyant sur de nombreux cycles de concertation et réunions techniques. Ces processus associent propriétaires, gestionnaires forestiers, industriels, ONG environnementales, scientifiques et experts dans la construction des référentiels, avec un objectif permanent de recherche de compromis. Les arbitrages se heurtent cependant en permanence à des contraintes opérationnelles : disponibilité des données, hétérogénéité des forêts, et capacités d’application variables selon les territoires.

Dans les deux cas, les révisions reposent sur des itérations successives, des groupes de travail et des consultations publiques, permettant de consolider progressivement les arbitrages. FSC s’appuie sur une gouvernance organisée en chambres (environnementale, sociale et économique), quand PEFC repose sur des forums nationaux de parties prenantes structurés en plusieurs collèges, encadrés chacun par leur propre cadre international, où les standards sont élaborés et adaptés aux contextes locaux.

C’est cette intensité de dialogue qui a permis un véritable tournant stratégique : intégrer progressivement les enjeux climatiques et de biodiversité tout en assurant l’acceptabilité des évolutions et leur mise en œuvre effective sur le terrain.
 

  • Côté PEFC : vers une gestion plus encadrée et lisible
    Le nouveau standard PEFC, entré en vigueur en avril 2024, introduit plusieurs ruptures :
      ->  Interdiction de désherbants chimiques (sauf exceptions encadrées) ;
       -> Encadrement renforcé des coupes rases avec diagnostic préalable ;
         -> Introduction de la notion de Zones Forestières à Haute Valeur Ecologique et objectif chiffré de conservation d’arbres morts et d’arbres habitats ;
         -> Intégration des haies, alignements et éléments agroforestiers dans la certification.

Ce renforcement répond aux critiques sur un PEFC parfois jugé “trop permissif”. Mais il comporte aussi un risque : complexifier le système au point de perdre des surfaces certifiées. L’objectif est double : renforcer la crédibilité sans réduire l’adhésion et donc l’engagement fort des propriétaires forestiers. 

  • Côté FSC : exigences renforcées, ouverture facilitée

Le référentiel FSC France est lui confronté à la problématique inverse, être plus accessible tout en restant exigeant. Aussi, les révisions apportées au référentiel sont les suivantes :
     -> Des pratiques sylvicoles mieux encadrées pour les renouvellements, travaux de sols et coupes, en apportant de la souplesse sur des cas concrets de terrain ;
     -> Une prise en compte plus importante des effets du changement climatique avec la réalisation de diagnostic systématique, une migration assistée, l’introduction conditionnelle d’essences exotiques et une flexibilité sur la naturalité.
     -> Une valorisation de la gestion continue du couvert et de la futaie irrégulière ;
     -> Une simplification pour faciliter l’accès des petites propriétés (suivi, seuils d’exigences et reporting plus adaptés) ;
FSC cherche ainsi à gagner des surfaces certifiées tout en consolidant son image de label exigeant… Mais pas inaccessible !

Sur le terrain, ces évolutions se traduisent par des ajustements concrets dans les pratiques de gestion : adaptation des itinéraires sylvicoles, évolution des documents de gestion, et renforcement du suivi opérationnel des interventions.

Un cap assumé : allier exigence, pragmatisme et ambition

La révision des référentiels vise à rendre la gestion forestière plus résiliente, plus exigeante écologiquement et plus crédible socialement. Elles sont une adaptation nationale d’exigences internationales, avec un ancrage dans les réalités locales.
Sans un dialogue exigeant entre acteurs économiques, ONG, institutions, propriétaires et gestionnaires, ces révisions n’auraient pas abouti. Cet équilibre fragile, mais précieux, permet encore de faire consensus sur l’intérêt général forestier même si les avancées restent toutefois en deçà des attentes portées par une partie des ONG qui estiment qu’il conduit à des compromis limitant le niveau d’exigence écologique.

Ces référentiels ne sont donc pas seulement des normes : ce sont de véritables leviers d’amélioration des pratiques, engageant experts et citoyens à faire de la gestion durable une promesse crédible face aux défis contemporains. 

Pour l’adaptation au changement climatique : des outils devenus stratégiques

Les forêts françaises subissent déjà les effets du dérèglement climatique : dépérissements massifs (épicéas, hêtres, chênes), incendies plus fréquents, attaques de ravageurs. Le renouvellement n’est ensuite pas facilité, avec des essences devant être adaptées au climat de demain, sans subir le déséquilibre sylvo-cynégétique contre lequel les deux systèmes s’attachent à renforcer leurs exigences. 

Les nouveaux référentiels structurent la réponse d’une adaptation à travers :

  • La diversification accrue des peuplements ;
  • La prise en compte des risques naturels dans les diagnostics ;
  • Le suivi renforcé de la préservation de la vitalité des sols ;
  • L’encouragement à des pratiques sylvicoles résilientes.

FSC facilite désormais l’introduction d’essences non natives si cela améliore la résilience à travers des plantations diversifiées, alors que PEFC reste plus prudent en renforçant ses exigences. Deux visions qui traduisent un débat de fond : entre adaptation proactive et prudence écologique, jusqu’où intervenir pour adapter la forêt, sans s’éloigner de son fonctionnement naturel ?

Pour les propriétaires forestiers : faire des surfaces certifiées un argument de différenciation 

Ces référentiels doivent désormais intégrer les innovations sylvicoles nécessaires aux changements de demain. Les évolutions du référentiel se traduisent concrètement par des ajustements parfois significatifs des itinéraires techniques qui complexifient la gestion, critère souvent sous-estimé du grand public : adaptation des documents de gestion durable, diagnostics accrus, choix des essences, gestion des cloisonnements, ou encore adaptation des cycles de récolte. L’enjeu n’est pas uniquement normatif, mais bien opérationnel. 

S’ils complexifient parfois la gestion, ces nouvelles exigences représentent un investissement stratégique pour les propriétaires et gestionnaires car ils permettent de répondre à des enjeux plus vastes :

  • Traçabilité et légitimité face au Règlement européen sur la déforestation importée (RDUE) ;
  • Gage de confiance pour acheteurs publics et privés ;
  • Accès à de nouvelles sources de financements (paiements pour services écosystémiques) ;
  • Facilite l’accès au marché pour les ventes de bois et parfois permet l’obtention d’une prime à l’achat.

Des avancées, mais aussi des progrès à venir

Malgré les progrès, ces révisions ne sont pas parfaites et, chacun peut y voir des pistes d’amélioration, mais il est nécessaire de retenir qu’il s’agit à chaque fois d’une première étape avant la prochaine révision, qui s’inscrit dans le temps long de la forêt. Plusieurs points restent néanmoins à surveiller :
 

  • L’applicabilité sur le terrain : certaines exigences sont difficiles à mettre en œuvre dans des forêts privées morcelées ou à des coûts prohibitifs pour de grands massifs ;
  • Le risque d’écart entre normes et pratiques : le risque est réel, celui de voir la certification dériver vers une conformité uniquement documentaire, déconnectée des réalités de terrain si les audits ne prennent pas suffisamment en compte les mesures prises en forêt ;
  • Des insatisfactions persistantes de la part de chaque chambre, qui estiment que les évolutions ne sont pas suffisantes au regard de leurs enjeux ;
  • L’image de ces certifications : PEFC reste perçu comme “moins strict” et moins complet que FSC, malgré les révisions, mais les principes de certification sont différents (amélioration continue vs. conformité à une exigence définie) ;
    Les coûts et lourdeurs administratives pour tous les propriétaires, qui s’apparentent aujourd’hui souvent uniquement à des charges supplémentaires.
     

Il faudra un accompagnement pédagogique et des audits rigoureux pour garantir une mise en œuvre réelle, au-delà des documents, et une animation territoriale voire des décisions dans les politiques publiques (notamment en construction) pour que le levier soit réel pour les propriétaires forestiers.

Conclusion : des référentiels plus crédibles, mais encore à incarner

Ces révisions représentent un pas décisif vers des forêts plus résilientes, avec une gestion forestière davantage encadrée et plus exigeante. La question n’est plus de savoir si les certifications évoluent, mais si elles évoluent suffisamment vite au regard des attentes immédiates, alors même que la forêt se construit sur le temps long. Leur impact dépendra de la capacité de la filière à faire vivre concrètement ces exigences sur le terrain.

À nous, forestiers, d’être les passeurs de cette transformation : une certification ne se mesure pas au nombre de pages de son référentiel, mais à la réalité des pratiques qu’elle permet d’induire.

Dans ce contexte, quel rôle joue La Forestière ? 

PEFC : La Forestière s’est engagée dans la certification PEFC pour le compte de ses clients dès ses débuts en France, à partir de 2003, en étant membre associé de PEFC France et a participé activement aux différents forums de rédaction et révision des standards depuis ses débuts.  Aujourd’hui, 100% des massifs forestiers de ses clients institutionnels sont certifiés PEFC, soit plus de 200 000 ha. 

FSC : La Forestière, membre de FSC France depuis 2021, a fait partie des premières structures à participer à la rédaction du référentiel national publié en 2016 et dispose quant à elle d’une certification de groupe depuis mai 2024 qui comptabilise aujourd’hui près de 17 850 ha de forêts certifiées FSC (FSC-C193664) pour ses clients historiques : la Caisse des Dépôts, CNP Assurances et Ircantec sont engagés à nos côtés.

À La Forestière, nous faisons évoluer nos pratiques vers la gestion en couvert continu, la prise en compte de la biodiversité, les leviers liés aux Paiements pour Services Environnementaux (notamment carbone), qui trouvent dans ces certifications un cadre de reconnaissance.