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Une attractivité en baisse dans les territoires

Date de publication 16 mars 2026

Temps de lecture 4 min

©Scet

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Le « Baromètre de l’attractivité des territoires 2026 », réalisé par la Scet et Ancoris, confirme un ralentissement des projets d’investissements en France. Fondée sur plus de 9000 entretiens menés auprès de dirigeants d’entreprises en 2025 et sur une enquête auprès de 156 collectivités, l’étude offre un regard croisé sur les dynamiques d’implantation et les stratégies locales d’attractivité. Le constat est clair : si les projets se raréfient, les territoires demeurent des acteurs clés pour sécuriser et orienter les investissements. 

L’instabilité politique freine l’investissement 

Premier enseignement du baromètre : entre 2024 et 2025, le nombre total de projets détectés a diminué de 18 %  passant de 1595 à 1305 – soit le niveau le plus bas atteint depuis 2019. Cette baisse s’inscrit dans la tendance observée depuis plusieurs années et reflète un climat économique marqué par l’incertitude. En tête des facteurs évoqués par les dirigeants d’entreprises comme frein à l’investissement, on retrouve l’indisponibilité ou l’inadéquation du foncier économique (60% des répondants). Le second facteur le plus bloquant – et c’est une nouveauté de ce Baromètre – est l’instabilité politique à l’échelle nationale (52%). Il est suivi de la problématique de l’offre immobilière, jugée là aussi insuffisante ou inadaptée (41%) qui vient ainsi renforcer la prudence à l’implantation d’entreprises. 

L’ensemble du tissu économique touché

Le recul est particulièrement marqué dans le secteur de la logistique, avec -26% de projets détectés, le domaine étant très sensible aux cycles économiques et aux évolutions du commerce, national et international. L’industrie enregistre également une baisse, de l’ordre de 10%, tandis que le tertiaire poursuit aussi son ralentissement (-8%). La contraction des projets d’implantation d’entreprise ne concerne donc plus seulement certains secteurs : elle touche désormais l’ensemble du tissu économique.

Plus de projets de petite taille

Au-delà du volume d’investissements, c’est surtout la nature des projets qui évolue. Le Baromètre montre une montée en puissance des projets de petites tailles, avec 73% des implantations recensées qui concernent désormais des projets de moins de 20 emplois, et plus de 40% de moins de cinq emplois. En revanche, les projets structurants se font plus rares : les implantations générant plus de 50 emplois reculent de moitié, traduisant une stratégie d’investissement plus prudente. La même tendance s’observe dans les surfaces immobilières recherchées : les projets intermédiaires progressent, tandis que les opérations importantes se raréfient. 

Le casse-tête du foncier économique 

Cette évolution traduit un changement de logique : dans un contexte incertain, ce sont les petites entreprises, privilégiant des implantations plus petites, plus modulables et plus réversibles qui tirent leur épingle du jeu. Face à ces transformations, les territoires cherchent à adapter leurs stratégies, et un levier apparaît comme déterminant : le foncier économique. Trois collectivités sur quatre considèrent aujourd’hui cette question comme un enjeu prioritaire pour l’attractivité de leur territoire. Le sujet devient d’autant plus sensible que les politiques d’aménagement doivent désormais composer avec la sobriété foncière et les objectifs de réduction de l’artificialisation des sols. Les collectivités se trouvent ainsi confrontées à des arbitrages complexes : accueillir des activités économiques tout en maîtrisant l’usage des sols et en répondant aux attentes des habitants. Et puisque l’attractivité territoriale ne se mesure plus uniquement à la capacité d’accueil mais aussi à la qualité des projets : certains peuvent se voir retoqués par les collectivités en cas de mauvaise qualité environnementale.

Un optimisme chevillé au corps 

Malgré ces contraintes, près de 80% des décideurs locaux se déclarent optimistes dans l’attractivité de leur territoire. Ce niveau reste élevé, même s’il diminue légèrement par rapport aux éditions précédentes du Baromètre. La confiance repose notamment sur le rôle croissant que jouent les collectivités dans l’accompagnement des projets économique, même si elles appellent de leur vœux plusieurs changements de fond afin de gagner en marge de manœuvre : 

  • la simplification du cadre réglementaire dans l’urbanisme, le droit du travail et l’environnement (80%) ;
  • une nouvelle réforme de décentralisation renforçant leur rôle dans la conduite des politiques d’attractivité et de développement économique (51%) ; 
  • et l’augmentation des aides financières pour l’implantation (29%).

Une RSE en progression

Autre évolution mise en lumière par le Baromètre : la progression – encore limitée – des engagements dans l’environnement. Environ un tiers des projets intègre désormais une démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Dans la majorité des cas, ces initiatives concernent la réduction des émissions de carbone (54%), suivi de plus loin par les démarches d’économie circulaire (29%) et les engagements sociétaux (17%). Si la transition progresse dans les stratégies d’investissement, elle demeure donc encore partielle.

Les collectivités au cœur de la compétitivité territoriale

Enfin, le baromètre met en évidence un paradoxe : alors que les projets d’investissement ralentissent, le rôle des territoires dans le développement économique n’a jamais été aussi central. Dans un contexte incertain, les entreprises recherchent des partenaires capables de sécuriser leurs projets – accès au foncier, accompagnement administratif, mise en réseau avec les acteurs économique ou encore, soutien à l’innovation. Les collectivités apparaissent ainsi comme des acteurs stratégiques de la compétitivité territoriale. Le défi des prochaines années sera donc de maintenir cette capacité d’accueil tout en conciliant sobriété foncière, transition écologique et développement économique.

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