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Électrifier ou de l’art d’être à temps

Date de publication 25 septembre 2026

Temps de lecture 3 min

©Jose Luis Stephens /Adobe stock

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Si l’électrification s’impose comme la figure de proue de notre politique énergétique, la France peine encore à convertir son abondance électrique en levier de transition. À l’heure où les programmes politiques pour la prochaine présidentielle se concrétisent, il est urgent de repenser notre stratégie non plus seulement par l’offre, mais par la maîtrise de la demande.

De Bruxelles à Pékin en passant par Paris, l’électrification est aujourd’hui au cœur de la politique énergétique. Selon les mots de l’Agence Internationale de l’Énergie, nous entrons actuellement dans le « siècle de l’électricité ». 

Une électricité abondante en France, des prix compétitifs mais une demande qui peine à suivre

En France, le gouvernement a récemment présenté son plan d’électrification, qui engage le pays à penser une politique de la demande, et non uniquement une politique de l’offre. En effet, si on parle aujourd’hui d’électrification, c’est parce que la France, jadis pionnière de l’électrification, est aujourd’hui en retard par rapport aux pays leaders en la matière, singulièrement la Chine. En retard sur ses trajectoires de décarbonation, en retard sur la réindustrialisation du pays, en retard sur la transformation de nos consommations énergétiques.

Figure 1 : Demande énergétique de différentes régions sur la période 1991–2025
 

©Source : Joseph Dellatte (2024). Forging a PostCarbon Industry: Insights from Asia. Institut Montaigne


Plus précisément, si on parle aujourd’hui d’électrification, c’est parce que l’électricité, notamment en France, est abondante mais que la demande pour cette dernière peine à suivre. Sur la base de scénarios de demande plus forte, le développement continu des capacités de production électrique bas-carbone offre aujourd’hui à la France une opportunité de faire avancer sa sécurité énergétique, sa compétitivité et sa décarbonation. En effet, les électrons propres sont là. La France est aujourd’hui dans une période d’abondance électrique — nous avons exporté en 2025 plus que l’équivalent de la consommation annuelle de la Belgique —, avec un prix compétitif par rapport à ses voisins européens et une électricité à 95 % décarbonée.

L’intérêt renouvelé pour la demande en électricité naît donc d’une volonté naturelle de rattraper le retard pris dans l’électrification en transformant cette surcapacité en électricité en stratégie de compétitivité industrielle. Se donner aujourd’hui les moyens de l’électrification là où elle fait le plus de sens permettra demain de penser un système énergétique véritablement décarboné, prenant en compte les autres vecteurs énergétiques nécessaires à notre transition pour les applications où ils sont indispensables. Le débat actuel sur l’électrification ne vient donc pas supplanter d’autres technologies de décarbonation ; il vient encourager une demande qui ne croît pas naturellement avec l’offre. 

Dans ce contexte, deux questions se posent : pourquoi cette demande n’a-t-elle pas augmenté parallèlement à l’offre, et comment inverser la tendance ? 

Méfiance est mère de sûreté

L’année 2022 a été marquée par une profonde crise du système électrique français, au moment même où l’Europe faisait face à une explosion des prix du gaz liée à l’invasion russe de l’Ukraine. Le phénomène de corrosion sous contrainte a ajouté une pression supplémentaire sur le parc électronucléaire hexagonal, qui n’a donc pas produit à pleine capacité, laissant les prix de l’électricité s’envoler avec ceux du gaz naturel. Une double malchance qui est toujours instrumentalisée politiquement aujourd’hui, à l’heure de la présidentielle, pour justifier les différents biais europhobes des politiques énergétiques.

Au moment où le système et les consommateurs en auraient le plus bénéficié, le parc électronucléaire a fait défaut. Cette défaillance, les Français, qu’ils soient consommateurs individuels ou industriels, l’ont bien comprise, car elle a directement impacté leurs factures. Elle alimente aujourd’hui une certaine méfiance vis-à-vis du système électrique. Néanmoins, à l’analyse des chiffres, il est évident aujourd’hui que l’électricité est relativement peu chère en France en comparaison avec nos voisins européens, bien que la guerre en Iran ne soit pas sans impact. Pourtant, le TRVE [1] a augmenté de 2,5% en juillet pour les 20 millions de foyers ayant un contrat à ce tarif. 

Le grand écart tarifaire

Dans l’industrie, une dissonance similaire transparaît. Alors que les gros industriels bénéficient de prix très compétitifs, grâce à la structure de prix rendue sur site en France qui avantage les gros consommateurs, à laquelle s’ajoutent des réductions d’accise et, pour les sites soumis à l’ETS [2], la compensation des coûts indirects du carbone, d’autres maintiennent un prix de l’électricité plus élevé. Or, une part importante des usages électrifiables se trouve aujourd’hui dans les profils les moins directement exposés au prix et les moins individuellement structurants pour la stabilité du système, c’est-à-dire les petits consommateurs industriels et les consommateurs individuels, pour lesquels les technologies existent et sont aujourd’hui coûts-compétitives [3].

Figure 2. Estimation du prix rendu sitde payé par différents types de consommateurs d’électricité. 
 

©Sources : Estimations de l'auteur à partir des données EEX, CRE (TURPE 7), CIBS, Agence de Services et de Paiements, Opera Énergie, Tarif Jaune. Toutes les valeurs sont exprimées en €/MWh

 

Par ailleurs, les plus gros consommateurs savent mettre à profit les différences de prix intrajournalières, alors qu’une majorité de plus petits industriels ne bénéficie pas des effets d’aubaine offerts par la nouvelle configuration de la production d’électricité. Les enjeux de flexibilité deviennent de plus en plus centraux, tant pour faire baisser les prix pour les consommateurs que pour diminuer les coûts totaux du système. 

Réside ici un double enjeu. Premièrement, celui de stabiliser les prix sur le long terme afin de rassurer les petits consommateurs et d’encourager leur passage à l’électrique, sans pour autant remettre en question la structure du marché de l’électricité. Deuxièmement, en faisant mieux passer les contraintes de consommation intra-journalières, c’est-à-dire en encourageant la flexibilité des usages à travers un différentiel de prix plus poussé selon les réalités de production et la disponibilité de l’électron. 

Dépasser les clivages pour réussir l’électrification

En cette rentrée très politique, certains sujets doivent, dans la limite de la nécessité du débat démocratique, être dépolitisés. L’électrification devrait en faire partie. Toute pensée politique, toute grille de lecture des enjeux énergétiques doit aujourd’hui nécessairement intégrer le concept d’électrification. Souveraineté et soutien à l’industrie nationale, sécurité économique et engagement européen, décarbonation et sobriété énergétique. Dans ses fondamentaux, l’électrification répond, en tout ou partie, à ces enjeux. 

Cela ne veut en aucun cas dire que la mise en place concrète d’une politique d’électrification doit, elle, échapper au débat politique. Quelle place pour l’état dans cette orientation stratégique, quelle répartition des coûts systémiques, quelle fiscalité, quelle place pour les différences territoriales, quel soutien aux publics les plus modestes pour les accompagner dans cette transition, ou encore quelle future place pour le gaz naturel mais aussi les molécules décarbonées dans le système énergétique ? Autant de questions qui devront nécessairement se poser dans le débat politique. Le principe initial, lui, devrait cependant bénéficier d’un soutien transpartisan. 

Alors que se cristallisent les programmes pour l’élection présidentielle, n’ayons pas peur du mot électrification.

 

Notes :

TRVE : tarif réglementé de vente de l’électricité.
 ETS : Emissions Trading System ou Système d'échange de quotas d'émission.
Elles sont, sur leur durée de vie, moins chères ou égales à leurs équivalents fossiles.

Pour aller plus loin :

Télécharger la note de l’Institut Montaigne «  Électrifier notre industrie : le chemin de l’autonomie »

 

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