Énergie solaire : un levier de souveraineté prometteur mais encore mal exploité
La France reste massivement dépendante des hydrocarbures importés. Dans ce contexte, le développement de l'énergie solaire photovoltaïque est souvent présenté comme un levier évident de souveraineté. Mais entre dépendance industrielle à la Chine, planification territoriale défaillante et atermoiements politiques, la réalité est plus complexe.
Quelles conditions réunir pour que le solaire tienne réellement ses promesses économiques, écologiques et démocratiques ?
S'affranchir de la dépendance aux hydrocarbures
La guerre en cours au Moyen-Orient illustre la dépendance de l'économie française aux hydrocarbures. Le pétrole et le gaz représentent près des deux tiers de notre consommation d'énergie finale et sont quasi intégralement importés. Cette dépendance se traduit par une facture extérieure considérable, et une exposition directe aux chocs géopolitiques.
Dans ce contexte, la transition énergétique (sobriété, efficacité, déploiement des énergies renouvelables, électrification des usages) est un levier de souveraineté et de résilience. L'énergie solaire photovoltaïque y occupe une place importante. Elle est abondante, suscite peu d'oppositions locales et peut être développée par des acteurs très divers, des grands énergéticiens aux communautés citoyennes et aux particuliers. Depuis la crise de 2022, son déploiement s'est accéléré et elle représente désormais environ 7 % de notre production d'électricité, avec quelque 40 000 emplois directs.
Les atermoiements politiques ont cependant pesé sur la filière. La programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3), attendue depuis 2023, n'a été publiée qu'en février 2026, au terme d'une longue période d'incertitude qui a fragilisé les plans de développement et les recrutements. Le document fixe une trajectoire qui évite le scénario d'un moratoire de fait, mais les objectifs à l'horizon 2035 restent dans une fourchette large, et une clause de revoyure est prévue en 2027.
La question de la flexibilité du système électrique, indispensable à la bonne intégration d'une production solaire concentrée en milieu de journée, est dans ce contexte essentielle. Le stockage hydraulique et électrochimique, la tarification dynamique et le pilotage de la recharge des véhicules électriques, y compris en mode bidirectionnel, sont identifiés comme des leviers complémentaires.
Les nouvelles dépendances industrielles
La filière photovoltaïque est souvent critiquée pour sa dépendance aux panneaux importés de Chine, qui dominent très largement le marché. Cette réalité doit être nuancée : les modules représentent une part minoritaire de la valeur d'une installation, l'essentiel étant constitué d'ingénierie et de travaux qui mobilisent des emplois locaux non délocalisables. Reste que cette dépendance expose les acteurs de l'aval à la volatilité des prix et à des risques d'approvisionnement.
La politique industrielle européenne cherche à y remédier en développant une production de panneaux sur le continent. En France, un projet de gigafactory est en cours (HoloSolis à Sarreguemines-Hambach). La viabilité de ce type de structure dépend de plusieurs conditions : une échelle de production suffisante pour abaisser les coûts, des dispositifs réglementaires donnant un accès préférentiel au marché européen, et des partenariats technologiques avec des industriels chinois qui disposent d'une avance significative. La recherche française en photovoltaïque devra contribuer à cette montée en compétences, notamment sur le contenu carbone et le recyclage.
La réindustrialisation de la filière amont suppose en tout état de cause une planification nationale ambitieuse et stable du marché domestique. La clarté et la durabilité du cadre politique sont des prérequis que ces dernières années n'ont pas toujours offerts.
Des outils de planification territoriale à mieux articuler
Le déploiement du solaire se réalise concrètement sur les territoires, ce qui soulève la question d'une planification adaptée à cette échelle. Les outils existent comme les objectifs régionaux d'énergies renouvelables, les schémas régionaux de raccordement au réseau, les plans climat-air-énergie territoriaux, les zones d'accélération définies par les communes depuis la loi de 2023, mais leur articulation reste notoirement insuffisante.
Il n'existe notamment aucun lien formel entre les intentions des collectivités en matière de développement des énergies renouvelables et la programmation des renforcements du réseau électrique. Des projets validés peuvent ainsi rester sans raccordement possible. Des démarches de concertation innovantes, comme celle conduite par Enedis en région PACA avec des outils géomatiques pour anticiper l'évolution des réseaux de distribution, montrent qu'il est possible de mieux coordonner ces dimensions, mais elles restent encore isolées. La volonté des élus locaux est, dans cet exercice, un facteur déterminant.
Une vitalité réelle des initiatives locales et citoyennes
Au-delà des outils de planification, on observe une diversité et une vitalité des initiatives sur le terrain. Massilia Sun System, entreprise solidaire d'utilité sociale issue du bénévolat, a conduit le développement d'une centrale solaire à la Friche de la Belle de Mai à Marseille. Enercoop, coopérative de producteurs et consommateurs d'énergie, accompagne des projets d'autoconsommation collective dont la gouvernance est ouverte aux collectivités et aux citoyens. SerenySun travaille avec des communes à la mise en place de boucles locales d'énergie fondées sur l'autoconsommation collective, en y associant des objectifs de réduction des inégalités. La Ville de Marseille, depuis la reprise de la compétence énergie en 2023, a engagé un programme d'équipement de ses quartiers en énergies renouvelables.
L'agrivoltaïsme illustre de son côté la diversité des formes que peut prendre le développement du solaire : en permettant aux agriculteurs de produire de l'énergie, il ouvre des perspectives économiques prometteuses, mais soulève des questions d'aménagement et de protection de la biodiversité qui appellent une réflexion en amont et des solutions opérationnelles.
Un développement qui engage la démocratie locale
Le développement de l'énergie solaire, et plus généralement la réussite de la transition énergétique, supposent une planification nationale lisible, une politique industrielle cohérente et des outils territoriaux mieux coordonnés. Mais ils dépendent aussi de la capacité à associer les citoyens aux décisions et à ancrer les projets dans des dynamiques locales.
Le débat national sur l'énergie est trop souvent structuré autour de l'opposition entre nucléaire et énergies renouvelables. Les expériences présentées ici montrent qu'une autre façon d'aborder la question est possible : partir des territoires, des élus et des habitants, pour construire des projets qui font sens localement et contribuent aux objectifs nationaux. C'est sans doute à cette condition que la transition énergétique pourra être menée avec l'adhésion du plus grand nombre.
^ La société Carbon à Fos sur Mer, qui avait un projet similaire, a récemment annoncé sa liquidation judiciaire
Pour aller plus loin :
Lire le décryptage complet publié par La Fabrique écologique en avril 2026 : « Développement de l’énergie solaire et enjeux de souveraineté »
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Cet article est issu d’un séminaire sur les enjeux de souveraineté liés à l’énergie solaire photovoltaïque organisé le 28 janvier 2026 à Marseille par La Fabrique Ecologique. Cet évènement s’inscrit dans le cadre d’une série de six séminaires sur les enjeux de souveraineté co-organisés en 2025 et 2026 par la Caisse des Dépôts et plusieurs partenaires think tanks, dont La Fabrique Ecologique.