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Faire de la transition écologique un projet de souveraineté concrète

Date de publication 28 juillet 2026

Temps de lecture 5 min

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Liste des auteurs

  • Antoine Pellion

    Directeur général adjoint d’IDEX, en charge du développement et Président du Comité 21

Dans un monde plus instable et plus contraint, la transition écologique peut devenir l’un des principaux moyens de réduire nos vulnérabilités. Encore faut-il la planifier, la financer et la construire avec celles et ceux qui auront à la mettre en œuvre.

Pourquoi la transition écologique se cherche un nouveau souffle

La souveraineté comme nouveau cadre de lecture

La transition écologique traverse un moment singulier. Elle reste indispensable, mais elle paraît moins assurée dans le débat public. Certaines mesures sont contestées, les investissements ralentissent. On parle volontiers de fatigue, de reflux, parfois même de rejet ou de backlash. Cette lecture me paraît trop simpliste.

Ce qui est en cause n’est pas tant l’idée même de transition que la manière dont elle est racontée, organisée et financée. Beaucoup de nos concitoyens perçoivent bien la nécessité d’agir. Ils voient les effets du changement climatique, les tensions sur l’énergie, les fragilités industrielles, les difficultés agricoles, les conflits d’usage autour de l’eau ou des sols. Mais ils attendent aussi que cette transformation soit lisible, juste, progressive et utile dans leur vie quotidienne.

Dans ce contexte, la souveraineté peut offrir un cadre utile. À condition de ne pas en faire un mot de repli. La souveraineté dont nous avons besoin n’est pas l’illusion de pouvoir tout produire seuls, ni la tentation de fermer les frontières. Elle renvoie plutôt à une capacité collective : mieux comprendre ce dont nous dépendons, réduire les vulnérabilités les plus critiques, organiser nos ressources, protéger nos infrastructures et retrouver des marges de manœuvre. Vue ainsi, la transition écologique n’apparaît plus comme une contrainte extérieure, mais devient une manière très concrète de reprendre prise sur nos conditions matérielles de vie.

Repartir des dépendances réelles

La France et l’Europe se sont développées dans un monde où l’accès aux ressources paraissait relativement stable. Les énergies fossiles étaient importées en grandes quantités, les matières premières circulaient, les chaînes de valeur mondialisées permettaient de produire loin, puis de consommer ici. Ce modèle a longtemps donné le sentiment d’une efficacité économique. Mais Il a aussi installé des dépendances profondes, que les crises récentes ont rendues visibles, ainsi que nos vulnérabilités. L’énergie, les matières critiques, les intrants agricoles, certains composants industriels ou les capacités de transformation ne sont pas de simples variables économiques. Ils conditionnent notre capacité à produire, nous chauffer, nous déplacer, nous nourrir, investir et protéger les territoires.

La transition écologique touche directement à ces sujets. Moins dépendre des énergies fossiles, mieux utiliser les ressources, préserver les sols, recycler davantage, diversifier certaines productions, développer des infrastructures bas-carbone : ces actions relèvent de l’écologie, mais elles répondent aussi à des enjeux très concrets d’autonomie et de résilience. Nous ne pourrons pas supprimer toutes les interdépendances. Ce ne serait ni réaliste ni souhaitable, mais nous devons mieux choisir celles que nous acceptons, celles que nous devons sécuriser, et limiter celles qui nous exposent trop fortement.

Changer de paradigme : de l’injonction au projet collectif

Sortir de l’écologie vécue comme injonction

La transition est souvent présentée à travers les gestes individuels. Ces gestes comptent, mais ne suffisent pas à faire une politique de transition. On ne change pas durablement les comportements si les conditions matérielles ne suivent pas, ou si elles ne s’inscrivent pas dans un cadre de politique de transition plus large et acceptée, et c’est un pilier essentiel des transformations à venir. La transition devient en effet plus acceptable lorsqu’elle transforme l’environnement dans lequel les choix se font : infrastructures, prix, accès aux services, organisation des filières, commande publique, fiscalité, accompagnement local.

Faire apparaître les bénéfices immédiats

Le climat reste évidemment la raison majeure d’agir. Mais il est souvent perçu comme un horizon global, parfois lointain, face auquel les individus se sentent impuissants. La transition doit aussi être reliée à des bénéfices plus proches dont la santé publique est l’un des plus importants. Respirer un air moins pollué, mieux manger, protéger les enfants, vivre dans des logements mieux isolés, supporter les épisodes de chaleur : ce sont des préoccupations quotidiennes. Elles donnent à la transition un contenu beaucoup plus tangible.

Une rénovation thermique réduit les émissions, mais elle améliore aussi le confort, la santé et les factures. Une agriculture moins dépendante de certains intrants protège les sols, mais elle peut aussi répondre à des préoccupations alimentaires et sanitaires. Des mobilités moins polluantes améliorent le climat, mais elles réduisent aussi le bruit, la congestion et les maladies liées à la pollution de l’air. Ces co-bénéfices ne sont pas secondaires. Ils peuvent devenir des moteurs d’adhésion, parce qu’ils donnent à voir ce que la transition apporte ici et maintenant.

Les ressources naturelles comme enjeux stratégiques

Considérer les sols, l’eau et la biomasse comme des ressources stratégiques

Nous parlons souvent de souveraineté à propos de l’énergie, de l’industrie ou du numérique. Nous devrions le faire tout autant à propos des sols, de l’eau, de la biomasse et des ressources vivantes. La qualité des sols conditionne notre capacité à produire demain. La préservation de la ressource en eau également. Les conflits d’usage se multiplient entre agriculture, industrie, énergie, usages domestiques et préservation des milieux et ils vont probablement s’intensifier. La biomasse soulève le même type de difficulté. Elle peut servir à l’alimentation, aux matériaux, à l’énergie, à la chimie, à la fertilisation, à la décarbonation de plusieurs secteurs, mais elle n’est pas infinie. Si chaque filière construit sa stratégie comme si elle disposait seule de la ressource, nous créerons rapidement des contradictions.

Ces sujets demandent ainsi une planification plus explicite. Cela supposera d’identifier quels usages sont prioritaires, quelles ressources doivent être préservées, quelles infrastructures doivent être développées, et pour cela, les compromis acceptables. Ce sont des choix collectifs et politiques, localement et à l’échelle nationale.

Donner une dimension industrielle à l’économie circulaire

L’économie circulaire bénéficie d’un accord de principe très large, pourtant, la mise en œuvre reste difficile, parce qu’elle pose des questions de viabilité économique. La réparation en donne une illustration simple. Pour réparer, il faut des produits réparables, des pièces disponibles, des réparateurs formés, des locaux accessibles, des prix cohérents, des consommateurs informés. Il faut des filières organisées, des débouchés, des normes, des capacités industrielles, une logistique. La circularité ne peut donc pas être seulement une affaire de comportement, mais relève aussi d’une politique industrielle, territoriale et de formation. Elle oblige également à regarder les effets de transition. Des métiers seront à construire et des aménagements à prévoir. 

Les conditions politiques du passage à l’action

Planifier sans donner le sentiment de brutaliser

La transition demande de la rapidité, mais elle ne peut pas être vécue comme une succession d’injonctions immédiates. On ne transforme pas en quelques mois un parc automobile, des bâtiments, des infrastructures industrielles, des pratiques agricoles ou des chaînes d’approvisionnement. La progressivité est donc essentielle. Elle ne signifie pas ralentir l’ambition. Elle permet au contraire de rendre l’ambition crédible. Les ménages, les entreprises, les collectivités et les filières ont besoin de visibilité : savoir ce qui va changer, à quel rythme, avec quels outils, quels financements, quelles obligations et quels accompagnements.

La planification écologique devrait servir à cela. Elle doit éviter les à-coups, les messages contradictoires, les changements de cap trop fréquents. Elle doit aussi rendre les efforts plus compréhensibles. Une transformation progressive mais certaine est souvent plus efficace qu’une annonce brutale, suivie de reculades. Il faut planifier pour arbitrer.

Faire des territoires le lieu principal du passage à l’action

Les territoires sont l’échelle où la transition devient réelle : rénovation des bâtiments, installation des infrastructures, mobilité, ressources …. C’est aussi à      cette échelle que les clivages politiques se réduisent, car on parle de projets concrets au bénéfice des territoires.      .     

Les collectivités ont ici un rôle majeur à jouer. Elles connaissent les contraintes du terrain, les acteurs économiques, les attentes sociales, les ressources disponibles. Elles peuvent rendre la transition plus concrète et plus démocratique, à condition d’être accompagnées en ingénierie, en financement et en méthode.

Financer des infrastructures de long terme

La transition écologique repose sur des infrastructures lourdes : réseaux énergétiques, chaleur renouvelable, rénovation des bâtiments, mobilités, recyclage, réparation, adaptation au changement climatique, capacités de transformation agricole ou industrielle. Ces infrastructures s’inscrivent dans le temps long et leur financement nécessitent des modèles économiques stables et une répartition claire des risques entre les acteurs. L’enjeu le plus structurant des prochaines années, c’est de réussir à financer ces infrastructures dérisquées à un taux “vert” le plus bas possible.      L’investissement de long terme, l’association entre acteurs publics et privés, la capacité à sécuriser les projets et à accompagner les territoires seront déterminants.

Retrouver un récit collectif

La transition écologique a besoin d’un récit solide. Elle ne peut pas être uniquement présentée comme une réponse à une contrainte extérieure ou comme une série d’efforts demandés aux individus. Elle doit redevenir un projet collectif : protéger la santé, préserver les ressources, réduire les dépendances, renforcer les territoires, préparer l’économie de demain.

La souveraineté peut aider à construire ce récit. Elle permet de parler d’énergie, d’alimentation, de matières, d’eau, de sols, d’infrastructures, de compétences et de territoires dans un même cadre. Elle rappelle que l’écologie n’est pas séparée des conditions matérielles de notre autonomie. 

« On a des solutions et, en agissant tous ensemble, on doit y arriver. La fierté peut être un levier de mobilisation générale. »

 

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Cet article d’Antoine Pellion est issu du séminaire « La souveraineté, levier de relance de la transition écologique », organisé par le Comité 21 le 21 mai 2026. Ce séminaire est l’un des six dédiés aux enjeux de souveraineté mises en place en 2025 et 2026 par la Caisse des Dépôts et plusieurs partenaires think tanks, dont le Comité 21.