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Les épisodes caniculaires : un effet négatif sur la croissance à court mais également moyen terme. Eléments de chiffrage.

Date de publication 02 septembre 2026

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Le choc climatique de ces dernières semaines a d’ores et déjà un effet négatif sur la croissance du deuxième trimestre. Mais les révisions seront probablement plus importantes dans les prochains mois et l’impact global sera supérieur à la fois à celui de 2025 mais également à celui de 2003. Par ailleurs, il importe de considérer que cet évènement climatique ne restera pas isolé et cette perte de croissance se répercutera à moyen terme. 

Selon un papier conjoint de l’Université de Mannheim et de la BCE de 2025, l’effet des chocs climatiques de 2025 a été évalué à -0,3% sur le PIB de l’Europe et -0,9% d’ici 2029 compte tenu à la fois des impacts cumulés sur la productivité, le tourisme et les chaînes d’approvisionnement. Dans une étude d’Allianz trade de 2025, la croissance de l’Europe aurait été réduite de 0,5% de PIB avec un impact plus fort en Espagne de -1,4% qu’en France limité à -0,3%.

Jusqu’à une période récente une majorité d’études s’est centrée sur l’évaluation des pertes liées aux catastrophes climatiques. L’Agence européenne pour l’environnement les a chiffrées à 40 Md€ en 2024 (soit 0,2% du PIB de l’Union européenne), en additionnant les dommages résultant des différents types d’aléas. Ces dommages connaissent une hausse tendancielle, avec une accélération depuis 4 ans. Mais, contrairement aux dommages physiques, les coûts économiques des épisodes climatiques extrêmes ne se mesurent pas directement. 

Un changement de paradigme dans les modélisations et un effet négatif du changement climatique révisé à la hausse

Jusqu’à une période récente, les estimations de l’impact du changement climatique dans les modèles macro-économiques retenaient des effets modestes, notamment au niveau agrégé. Selon les études classiques[1] sur l’impact de la température sur l’activité économique, une augmentation de 1°C entraînait une réduction maximale de 3% de la production à moyen terme sans effet de seuil. Les gains dans les pays les plus froids étaient même de nature à compenser les pertes dans les régions chaudes. Les récents travaux, dont ceux de Bilal et Käntzig[2], remettent en cause les estimations traditionnelles qui relient les variations de la production d’un pays aux variations de sa température locale sans tenir compte de l’effet mondial du réchauffement climatique. En tenant compte des variations de la température mondiale, les effets sont nettement supérieurs : une hausse de 1°C de la température mondiale pourrait entraîner, à long terme, une baisse de plus de 20 % du PIB mondial. Les effets s’amplifient dans le temps avec des effets rémanents à long terme. A l’impact initial, le PIB mondial baisse de 2% à 3% respectivement mais l’effet s’amplifie avec le temps. Après 6 ans, le PIB mondial par habitant diminue de 12% à 16%, avec des effets qui persistent jusqu’à 8 à 10 ans après le choc initial. 

La forte divergence entre les modèles locaux et globaux tient au fait que la température mondiale capture de manière plus exhaustive les conséquences dommageables des changements dans le système climatique. Ainsi, modéliser les chocs de température mondiale permet de prendre en compte une hausse importante et persistante des événements climatiques extrêmes dommageables pour l’économie.

Si ces estimations peuvent sembler très élevées, elles sont cohérentes avec plusieurs études récentes. L’OCDE[3] a ainsi évalué que les chocs climatiques sont associés à des pertes annuelles de production de plus de 0,3% du PIB en moyenne. Lors d’événements particulièrement sévères, les pertes régionales peuvent atteindre 2,2% du PIB, avec des effets qui se prolongent plusieurs années. De plus les pertes économiques s’accroissent dans le temps : le coût économique d’un épisode de sécheresse moyen est entre 2 et 6 fois plus élevé en 2025 qu’en 2000, avec un effet direct sur l’agriculture et potentiellement plus fort dans les pays en développement. 

Lorsque l’INSEE avait estimé l’impact de la canicule de l’été 2003[4] sur la croissance du PIB, elle avait mis en évidence un effet marqué sur la production agricole. En 2003, la baisse de la production de céréales a été estimée à -22% par rapport à 2002, et la production viticole de près de -9%, par ailleurs la mortalité du cheptel animal a été en forte hausse. Au global cela représente une baisse de -0,3% de PIB. Les autres branches les plus affectées étaient le secteur de la production électrique (avec une problématique de refroidissement des réacteurs nucléaires et un arrêt forcé des centrales) ainsi que la construction (avec une mise à l’arrêt forcée de chantiers). 

Selon une étude globale[5] qui a porté sur les régions de l’Union européenne sur la période 1995 - 2022, les épisodes caniculaires généreraient, en moyenne à horizon 2 ans, une diminution du PIB des régions de l’ordre de 1,5%, contre près de 3% dans le cas de sécheresses ou d’inondations. A moyen terme, l’effet négatif sur la croissance viendrait d’effets d’éviction avec une hausse des investissements contraints pour l’adaptation au détriment d’une hausse de l’investissement productif qui augmenterait la productivité de long terme. D’ores et déjà, les rendements des grandes cultures agricoles stagnent en Europe depuis les années 1990 contre une progression de 0,6 % par an en moyenne entre 1960 et 1990. Un tiers de la chute de croissance serait dû au réchauffement climatique, les deux autres tiers s’expliquant par l’appauvrissement des sols et la perte de diversité des cultures. 

Des effets différenciés selon les pays dans un scénario de crise climatique avec un impact baissier important sur la productivité

Allianz trade, dans une étude publiée en mai 2026 , a adopté une approche différente en construisant un scénario de crise dans lequel les 5 années les plus chaudes observées dans chaque pays entre 2014 et 2024 sont reproduites par ordre croissant sur la période 2026-2030 (la cinquième année la plus chaude en 2026, la quatrième en 2027, et ainsi de suite, pour aboutir à l'année la plus chaude jamais enregistrée dans le pays en 2030). L’estimation a été faite à l’aide du modèle économique mondial d’Oxford Economics. Afin de tenir compte des effets de rétroaction sur le commerce, les prix, les soldes budgétaires, le choc climatique est simulé en considérant trois chocs simultanés : sur la production potentielle, les salaires & la demande d’énergie. 
 

  • Dans cet exercice, il ressort en premier lieu une divergence très forte entre pays. Si quelques pays pourraient être « gagnants » à court terme, ces gains sont minimes au regard des pertes enregistrés dans une majorité de pays. Les pertes cumulées de PIB atteindraient même 5 à 7% pour les économies les plus exposées, soit autour de 240 Md$ pour la France, 147 Md€ pour l’Italie, 131 Md$ pour l’Allemagne.
  • Au-delà du chiffrage, il ressort que la baisse de la formation de capital fixe dépasse systématiquement les pertes de consommation, atteignant 8% en moyenne dans les pays touchés. La baisse de l’investissement pèse sur le potentiel de croissance et la trajectoire de long terme.
  • La baisse de la croissance est aussi la conséquence d’une baisse de la productivité. L’ordre de grandeur est qu’une vague de chaleur de 5 jours entraîne une baisse de -0,2% de la productivité annuelle du travail, avec une forte hétérogénéité suivant les secteurs et les tailles d’entreprises, et une durabilité de l’effet négatif pouvant s’étaler jusqu’à 2 ans. Selon les régressions de l’étude, la productivité horaire au-delà de 30°C est en net recul, de l’ordre de 3% (sur un panel de 35 pays et sur la période 2014/2024). Dans le scénario de hausse continue de la température sur 5 ans, certains pays semblent davantage touchés que d’autres, notamment la France et l’Italie.
     

Ces conclusions sont cohérentes avec une étude économétrique sur les provinces espagnoles reposant sur les données de production dans les 48 provinces espagnoles entre 2000 et 2016 publiée en 2025 . Il est mis en évidence une relation négative entre productivité et température au-delà de 22°C avec un effet négatif qui s’aggrave au fur et à mesure de la hausse des températures.
 

  • Alors que les effets sur la croissance à moyen et long terme sont baissiers, les effets sur l’inflation sont haussiers. La sécheresse de 2022 aurait ainsi causé une hausse de 0,4 à 0,9 point de pourcentage de l’inflation alimentaire en Europe, et une hausse de 0,2 à 0,4 point de pourcentage de l’inflation totale. La BCE anticipe un doublement des effets sur les prix alimentaires dans les 30 prochaines années.
  • La perte de production économique a également pour conséquence une réduction des recettes fiscales. Elles sont estimées dans le scénario de hausse structurelle de température d’Allianz à 1,8% en France, 1,3% en Italie et en Espagne et 0,7% en Allemagne – en partie parce que les systèmes d’imposition font que les recettes ont tendance à baisser plus rapidement que la production elle-même, amplifiant ainsi le frein budgétaire au-delà de la perte de PIB globale. Au regard des coûts de santé ainsi que des coûts de réparation d’urgence des infrastructures, le risque est asymétrique à la détérioration des comptes publics.


Sur cette année, les épisodes actuels conduisent à des révisions à la hausse de l’inflation et à la baisse de la croissance au-delà de ce qui a été observé en 2003 (soit au-delà de -0,3 à -0,5% sur le PIB).  Les effets par pays ne sont pas homogènes et les pertes de PIB pourraient être plus fortes en France que dans la moyenne de la zone euro.

 

La multiplication des épisodes de canicules est également de nature à réduire le niveau d’activité à moyen terme alors que :

  1. La perte de croissance à court terme ne sera pas rattrapée dans les prochaines années.
  2. Le potentiel de croissance est réduit par la perte d’heures d’éducation, la surmortalité et la dégradation de l’état de santé de la population.
  3. Les hausses de coûts énergétiques et alimentaires ainsi que la hausse des coûts d’assurance pèseront sur le pouvoir d’achat des ménages et les marges des entreprises.
  4. La réduction de l’activité réduit les rentrées fiscales et accroît la dégradation des comptes publics.

[1]M.Burke & all (2015), Global non-linear effect of temperature on economic production
[2]Bilal, A and D Känzig (2024), “The Macroeconomic Impact of Climate Change: Global vs. Local Temperature”, NBER Working Paper 32450
[3]Tikoudis, I., M. Gabriel and W. Oueslati (2025), “The toll of droughts: Environmental impacts, economic costs, and international consequences”, OECD Environment Working Papers, No. 260, OECD Publishing, Paris,
[4]Note de conjoncture de l’INSEE, décembre 2003
[5]Sehrish Usman, Guzmán González-Torres Fernández, Miles Parker, Going NUTS: The regional impact of extreme climate events over the medium term, European Economic Review, Volume 178,2025
[6]Allianz trade, Too hot to grow, the economic costs of extreme heat, 28 mai 2026
[7]del P. Pablo-Romero, M., Sánchez-Braza, A. & González-Jara, D. Effect of temperature on spanish production. Environ Dev Sustain