Sécheresse 2026 : chronique d’un été hors norme
Après un hiver parmi les plus pluvieux depuis 1959, La France a connu en 2026 une sécheresse d’ores et déjà historique. Retour, mois par mois, sur ce basculement et ce qu'il révèle du changement climatique. Rien, pourtant, ne laissait présager une telle situation, la très forte pluviosité observée entre les mois de janvier et mars ayant, d’une part, occasionné des crues tout autant historiques et, d’autre part, facilité la recharge des nappes phréatiques. Dès le printemps, la tendance s’est inversée, avec une période marquée par une sécheresse inédite.
Fragilité de la situation et cumul accéléré de phénomènes climatiques
Trois vagues de canicules se sont succédé avant même le mois d’août. La première a eu lieu entre le 21 et le 30 mai, avec pour pic de chaleur la journée du 26 mai : Météo France a affiché ce jour-là une température de 24,8°C en moyenne sur le territoire et, pour certaines régions un niveau supérieur de 15°C aux normales saisonnières.
Un mois plus tard, le 24 juin, un record absolu est également enregistré avec cette fois une température de 30°C. Le 6 juillet, le thermomètre a grimpé à 40,7°C à Bordeaux et jusqu'à 41,3°C à Angoulême. A la fin du mois de juillet, la moyenne sur le territoire national s’est établie à 30°C. Le 13 août, c’est dans le Cher qu’a été repéré le pic de chaleur le plus élevé avec 42, 5°C tandis que Paris affichait 38°C et Lyon, plus de 40°C.
C’est peu dire qu’en trois mois, la situation a changé du tout au tout.
Avant de reprendre le fil de ces évolutions, précisons d’emblée que la fragilité de la situation tien à un cumul inédit de différentes composantes. En certaines périodes, principalement l’été, les nappes phréatiques sont abondamment sollicitées lorsque, simultanément, les demandes des usagers - touristes, exploitants agricoles, consommateurs - augmentent, que la pluviosité s’atténue sinon se réduit drastiquement, et que la sécheresse domine. Alors, comme l’affirme l’hydrologue Michel Apoli, « Tout peut basculer en 10 jours : une crue, des pluies, ou au contraire une aggravation de la sécheresse [1] » .
Le basculement de l’Eté 2026 : comment les nappes sont passées d’un excédent à un déficit en trois mois
Pourtant, l’année 2026 avait bien commencé : en janvier et février, des pluies très abondantes avaient permis la recharge des nappes. Le niveau général était alors satisfaisant, voire très satisfaisant. Cependant, on observe dès mars, un déficit pluviométrique amorçant une tendance baissière pour plus de la moitié des niveaux des nappes phréatiques.
Nonobstant cette tendance, la situation des nappes phréatiques en avril est satisfaisante : 62% des points d’observation ont un niveau au-dessus des normales mensuelles (ils étaient 84% un mois plus tôt). Cette situation est meilleure que celle de mars 2025 lorsque seuls 52% des points d’observation se situaient au-dessus des normales mensuelles. En conséquence, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) peut légitimement conclure que « le bilan provisoire de la recharge hivernale 2025-2026 permet d’espérer des niveaux satisfaisants sur une grande partie des nappes réactives pour le trimestre prochain [2] » .
Néanmoins, des incertitudes existent concernant l’efficacité des pluies d’avril, avec la reprise de la végétation et l’augmentation progressive des demandes en eau pour satisfaire les différents usages notamment agricoles. Les prévisions à plus long terme restent incertaines.
Le mois suivant les incertitudes croissent, même si les niveaux des nappes restent « majoritairement satisfaisants ». 58% des points d’observation affichent en mai des niveaux autour ou au-dessus des normales mensuelles. Il n’empêche, le BRGM affirme que « cette situation est plus dégradée que celle au 1er juin 2025 notamment pour les nappes inertielles : 69% des points d’observation avaient un niveau au-dessus ou autour des normales mensuelles ».
En mai 2026, deux incertitudes se font jour : les niveaux élevés obtenus grâce à la recharge hivernale 2025-2026 suffiront-ils à satisfaire la demande d’été ? Quelle sera la répartition et l’efficacité des pluies estivales ?
Les mois suivants confirment les pires craintes, à commencer par le mois de juin lorsque s’opère la bascule des températures : à la fin du mois, la quasi-totalité (93 %) des réserves d’eau souterraine est en baisse. En effet, ce mois a été le plus chaud jamais enregistré en France et, au 1er juillet, 54 % des nappes présentent des niveaux sous les normales.
Carte 1 : Situation des nappes au 1er juin 2026
©BRGM
Juillet - Août 2026 : jusqu’où la crise s’est-elle aggravée ?
Au mois de juillet, la situation s’est dégradée globalement, du fait notamment du manque de pluie et de l’augmentation des prélèvements : 94% des niveaux des nappes phréatiques sont en baisse [3]. Avec 63% des points d’observation dont les niveaux sont en-dessous des normales mensuelles, la situation des nappes se détériore. Les niveaux sont particulièrement préoccupants dans le Limousin et la Côte des Bar en Champagne. On redoute alors que la vidange excessive du sous-sol n’affecte encore davantage les cours d’eau alimentés par les nappes en été, qui souffrent par ailleurs du manque de précipitations et des fortes chaleurs. La décision exceptionnelle d’opérer les premiers lâchers d’eau dans la Garonne est prise au début juillet.
A la fin du mois de juillet, la sécheresse précoce se traduit par de très nombreux assecs avec pour conséquence funeste la destruction de la faune et de la flore.
Définitions (Office français de la biodiversité) :
Etiage : débit exceptionnellement faible d’un cours d’eau. Les étiages, d’origine naturelle, sont souvent amplifiés par les activités humaines, telles que l’irrigation ou l’alimentation en eau potable.
Assec : le lit de la rivière est asséché, l’eau est absente, évaporée ou infiltrée. C’est le cas le plus extrême de l’étiag
Au mois d’août, la situation s’aggrave : 37% des points d’observation ont un niveau au-dessus ou autour des normales mensuelles. En comparaison, au 1er août 2025, « 56% des points d’observation avaient alors un niveau au-dessus ou autour des normales mensuelles », indique le ministère de la Transition écologique qui poursuit : « près de 70% du territoire français fait l'objet de restrictions d'usage de l'eau ». Dans le détail, le 9 août, 99 départements dont l'ensemble du territoire métropolitain, sont a minima en seuil de vigilance. Parmi eux, 67 départements sont placés en situation de crise, soit le niveau le plus élevé, tandis que 21 sont en alerte renforcée.
Plus de 40 000 personnes ont déjà subi des coupures au robinet. Comme l’écrit la journaliste du Monde, Léa Sanchez, « Dans 92 départements, les autorités restreignent les usages de l’eau potable pour préserver les nappes et les rivières qui ravitaillent la population : remplissage des piscines interdit, arrosage des pelouses et lavage des voitures prohibés… De plus en plus de services d’eau, déjà éprouvés par des pics de consommation liés aux épisodes caniculaires qui se succèdent depuis la fin mai, doivent désormais aussi faire face à l’affaiblissement de leurs réserves [4]».
Carte 2 : Situation des nappes au 1er avril 2026
©BRGM
Carte 3 : Situation des nappes au 1er août 2026
©Bureau de recherches géologique et minières
En raison de situations très contrastées sur l’ensemble du territoire selon la nature des sols, l’incertitude demeure sur la répartition et l’efficacité des pluies automnales qui permettraient de réhumidifier les sols.
Yves Tramblay, hydrologue à l’Institut de recherche pour le développement (IRD)
« En février, lors d’une interview, je prévenais déjà : attention, ce n’est pas parce qu’il pleut qu’il n’y aura pas de sécheresse. Il faut savoir deux choses. Les sécheresses ne sont pas uniquement liées aux précipitations. Au niveau des sols, elles sont fortement liées à l’évaporation, ou l’évapotranspiration pour être plus précis. Qui augmente fortement avec la hausse des températures. Même si les pluies sont suffisantes pour recharger les sols, les fortes températures vont provoquer mécaniquement un amoindrissement des stocks d’eau. Et, en France, il y a des endroits où il y a des nappes, en profondeur, qui peuvent se recharger. Il y a d’autres endroits dépourvus de nappes, où les ressources en eau sont directement liées aux eaux de surface. Qui sont donc très impactées par les vagues de chaleur qui assèchent les sols. »
in : La Nouvelle République, « Préserver nos ressources eau face à la sécheresse, 19 juin 2026
Les scientifiques du BRGM concluent que les prévisions à plus long terme demeurent incertaines. Au 1er septembre la situation est inédite et la crise demeure
Carte 4 : Situation des nappes au 1er septembre 2026
©BRGM
Quels enseignements tirer de l’été 2026 ?
Plusieurs enseignements se dégagent de cette situation catastrophique de l’été 2026 ; tous montrent que le changement climatique est déjà largement à l’œuvre.
D’une année à l’autre, la comparaison des données 2026 / 2025 révèle l’aggravation dramatique de la situation des nappes.
Par ailleurs, la fréquence des épisodes climatiques s’accélère, leur intensité augmente, et ils se prolongent désormais jusqu’à l’automne. Il en résulte des étiages plus longs, qui mettent les réserves à rude épreuve.
De même, le manque d’humidité qui a frappé les sols à compter du mois de juin et qui a affecté autant les nappes que les zones humides, se prolonge à l’automne.
Graphique 1 : Evolution de l’indice d’humidité des sols en France
©MMétéo-France, indice d'humidité des sols (SWI), France métropolitaine
Si les quantités d’eau demeurent identiques d’année en année, leur répartition est en revanche différente. Les hivers peuvent être très pluvieux et cela sans interruption puis laisser place, quelques semaines plus tard, à un déficit pluviométrique. Quant aux étés, ils ne sont plus exempts d’épisodes d’intense pluviosité et les pics de chaleurs qui s’élèvent peuvent avoir lieu dès le mois de juin et s’étendre sur la durée.
En outre, le décalage se traduit par le fait qu’une même période peut connaître, à de courts intervalles, des épisodes d’intense pluviosité et de chaleur exceptionnelle.
Pire qu’en 2025 mais surtout pire qu’en 2022 et qu’en 1976 en certains endroits, l’année 2026 est en passe de devenir l’année de référence en matière de grande sécheresse.
Dans notre prochain article « Sécheresse 2026 : de la Normandie à la Moselle, des territoires inégalement exposés », nous examinerons les différents impacts territoriaux de la sécheresse.
Références
[1] in Le Midi Libre 29 juin 2026
[2] https://www.brgm.fr/fr/actualite/communique-presse/nappes-eau-souterraine-au-1er-avril-2026
[3] Léa Sanchez, « Avec la sécheresse en France, des tensions de plus en plus vives sur l’approvisionnement en eau potable : « Nous sommes dans l’inconnu » », Le Monde, le 13 août 2026
[4] in Léa Sanchez, « Avec la sécheresse en France, des tensions de plus en plus vives sur l’approvisionnement en eau potable : « Nous sommes dans l’inconnu » », Le Monde, le 13 août 2026