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Végétaliser les villes : comment évaluer ce que cela apporte vraiment ?

Date de publication 26 octobre 2026

Temps de lecture 8min

©Frederic_Combeau

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Vers une évaluation fine des services écosystémiques rendus par les espaces végétalisés, le cas de Paris.

Face aux enjeux climatiques, environnementaux et sanitaires, les villes renforcent leurs politiques de végétalisation et s'appuient de plus en plus sur des solutions fondées sur la nature. Longtemps associée à des fonctions paysagères, esthétiques ou récréatives, la présence du végétal en ville est aujourd'hui envisagée comme une véritable infrastructure écologique, capable de contribuer à l'adaptation climatique, à la gestion des eaux pluviales, au soutien de la biodiversité ou à l'amélioration du cadre de vie. 

Il ne s'agit donc plus seulement de répondre aux problèmes urbains par des infrastructures techniques classiques, mais de réintroduire la nature en ville et de s'appuyer sur ses fonctions écologiques, ce qui suppose des connaissances scientifiques renouvelées et une méthodologie rigoureuse pour évaluer ces bénéfices et orienter les investissements en conséquence.

À Paris, la Ville a engagé depuis 2014 une politique de végétalisation urbaine qui s'est traduite par une grande diversité d'interventions : création ou requalification d'espaces verts, végétalisation de places et de promenades, transformation de grands axes urbains, création de rues aux enfants, ou encore aménagement de bandes végétalisées sur les quais et dans les rues de quartier. Selon les données de la Ville de Paris, entre 2014 et 2026, 127 opérations de végétalisation ont contribué à la création de plus de 51 hectares d'espaces verts. L'indice de canopée mesuré à 3 mètres est passé de 21 % en 2015 à 25,24 % en 2025.

Malgré cette dynamique, l'évaluation de ces politiques reste encore limitée, pour deux raisons principales. D'une part, si certaines collectivités intègrent dès la conception des projets des critères liés aux vulnérabilités urbaines, telles que les îlots de chaleur, l'exposition à la pollution de l'air, l'imperméabilisation des sols ou la vulnérabilité des populations, le suivi de ces mêmes enjeux après la réalisation des aménagements, puis pendant leur gestion et leur entretien, reste rarement systématique. D'autre part, le suivi des politiques de végétalisation continue de s'appuyer largement sur des indicateurs de réalisation : nombre d'arbres plantés, surfaces créées, superficie des espaces verts. Ces indicateurs sont utiles, mais ils mesurent l'effort engagé plus qu'ils n'évaluent les bénéfices effectivement produits pour la ville comme pour ses habitants.

Tentative pour évaluer la végétalisation urbaine à travers les services écosystémiques

Pour dépasser ces seuls indicateurs de réalisation, une autre approche s'est développée ces dernières années ; celle des services écosystémiques, qui occupe une place croissante dans les politiques urbaines. Initialement mobilisée à l'échelle de grands territoires naturels, agricoles ou périurbains pour mieux appréhender les effets de l'étalement urbain et de l'artificialisation des sols, elle s'est progressivement étendue aux milieux urbains eux-mêmes.

Plusieurs cadres ont été développés pour évaluer ces services, qui se distinguent par la nature des indicateurs mobilisés : valorisation économique, évaluation centrée sur un service spécifique, ou méthodes multicritères intégrant simultanément plusieurs fonctions écologiques. Certaines approches reposent en outre sur une représentation spatialisée de ces services, afin d'en analyser la distribution et les variations dans l'espace.

Toutefois, ces évaluations sont souvent menées à des échelles territoriales relativement larges, qui ne permettent pas toujours de rendre compte de la diversité des espaces végétalisés et de leurs caractéristiques au sein d’une même ville. Il apparaît donc nécessaire de concevoir une méthode d’évaluation multicritère et de cartographie adaptée à une échelle urbaine fine, qui permette de caractériser et de comparer, de manière cohérente et avec un niveau de précision homogène, les services écosystémiques fournis par différents types d’espaces végétalisés. Une telle approche contribuerait à mieux comprendre leur rôle dans le fonctionnement écologique de la ville et à éclairer les choix en matière de végétalisation urbaine.

Une typologie des espaces comme point de départ

À l'échelle d'une ville, la végétalisation recouvre en réalité des formes diverses. Un grand parc, un square de proximité, une rue végétalisée ou une cour « Oasis » présentent des caractéristiques différentes en termes de superficie, de structure végétale, de types de sols, de fréquentation ou de modes de gestion et ne rendent donc pas nécessairement les mêmes services écosystémiques.

Évaluer ces services à une échelle locale suppose ainsi, dans un premier temps, de distinguer les différentes formes d'espaces végétalisés plutôt que de considérer la végétalisation comme un ensemble uniforme. Cette distinction permet ensuite de comparer leurs contributions respectives, d'identifier les services auxquels chaque type d'espace contribue le plus fortement, et de mieux comprendre dans quelles conditions ces bénéfices sont effectivement produits.

Le tableau ci-dessous propose une première tentative de visualiser et de comprendre ces différences. Il ne s'agit pas de résultats définitifs, mais d'une grille de lecture simple pour comparer les services que peuvent rendre différents espaces végétalisés à Paris. Certains jouent davantage un rôle de régulation environnementale, d'autres favorisent plutôt les usages sociaux, le bien-être ou la biodiversité.

Tableau 1 : Tableau adapté au contexte parisien et simplifié  

©Jones et al. (2022), “A typology for urban Green Infrastructure, to guide multifunctional planning of nature-based solutions”

Les parcs, jardins et squares représentent les formes les plus classiques d'espaces verts, et comptent aussi parmi les plus étudiées dans la littérature. À Paris, les grands parcs historiques comme les Buttes-Chaumont, Montsouris ou Monceau, disposent d'une structure végétale complexe : arbres matures, strate arbustive, pelouses, parfois milieux aquatiques. Cette ancienneté favorise souvent des services écosystémiques plus importants, notamment en matière d'ombrage, de stockage de carbone, de rafraîchissement et d'accueil de la biodiversité. Les squares de proximité, à l'inverse, souvent plus petits et insérés dans un tissu urbain dense, jouent un rôle essentiel à l'échelle locale, mais leurs services dépendent fortement de leur surface, de la présence d'arbres adultes, de la perméabilité des sols et de la diversité des strates végétales.

Du grand parc à l'interstice urbain, cette diversité se retrouve dans les autres formes de végétalisation parisienne. Les grands axes plantés se distinguent par leur caractère linéaire, des alignements d'arbres insérés dans des espaces fortement minéralisés ; leur contribution aux services écosystémiques dépend de la continuité de la canopée, de l'âge des arbres, du volume de sol disponible et des contraintes de voirie. Les rues végétalisées, pieds d'arbres et jardinières de pleine terre présentent des configurations plus fragmentées, mais peuvent renforcer localement l'ombrage, l'infiltration des eaux pluviales et la qualité paysagère de l'espace public. 

Les jardins collectifs relèvent d'une autre logique encore, avec des sols cultivés, une végétation souvent plus basse et diversifiée, et une forte dimension sociale. Les cimetières végétalisés, quant à eux, combinent une végétation souvent ancienne et peu perturbée avec des usages de recueillement plutôt que de loisir, ce qui en fait des réservoirs de biodiversité discrets mais significatifs. Les cours « Oasis », désimperméabilisées et plantées au sein des établissements scolaires, répondent à une échelle et à des usages différents, en particulier pour le rafraîchissement de proximité et le confort des enfants. 

La forêt urbaine, enfin, se distingue par une structure boisée continue et peu fragmentée, qui la rapproche davantage des milieux forestiers que des espaces verts aménagés, avec des bénéfices marqués en matière de stockage de carbone et de biodiversité. Des espaces comme la Petite Ceinture occupent une place à part dans le tissu parisien : leur moindre artificialisation et leur végétation plus spontanée y favorisent des formes spécifiques de biodiversité et de continuité écologique.

Une approche cartographique multicritère pour l’estimation des services écosystémiques

Pour évaluer les services écosystémiques associés aux différents types d’espaces verts urbains et comparer leur potentiel à fournir des services et des bénéfices, il est nécessaire de disposer d’une base commune présente dans l’ensemble de ces espaces. Dans cette perspective, la couverture du sol est retenue comme unité de référence. L’objectif est de définir des classes de couverture suffisamment homogènes pour pouvoir leur associer des paramètres biophysiques spécifiques. 

Ces classes peuvent notamment comprendre : le couvert arboré dense, les arbres sur pelouse, la pelouse ouverte, la prairie, la strate arbustive, les massifs végétalisés, les sols nus, les surfaces perméables ou encore les surfaces imperméables. À partir d’images aériennes à haute résolution, complétées lorsque nécessaire par d’autres données spatiales, il devient ainsi possible de produire une cartographie fine et homogène de la composition de chaque espace végétalisé. La figure ci-dessous illustre cette approche avec l’exemple du jardin Ilan Halimi, en distinguant les principales unités de couverture du sol. 

Figure 1 : Exemple de cartographie fine des unités de couverture du sol : jardin Ilan Halimi, Paris

©Sadaf Pirouzi

L’intérêt de cette méthode est de conserver une même architecture d’évaluation quel que soit le type d’espace étudié. Un parc et une rue végétalisée ne présentent évidemment ni la même structure ni les mêmes usages, mais ils peuvent être décrits à partir d’une base spatiale comparable et évalués à l’aide d’indicateurs construits selon des principes communs. Les résultats peuvent ensuite être agrégés à l’échelle du site afin de comparer les performances de différents espaces, mais aussi d’identifier les éléments de leur composition qui expliquent les services produits. 

Dans le cas parisien, cette démarche peut être structurée autour de cinq grandes dimensions :

  • la gestion des eaux pluviales, 
  • le stockage du carbone,
  • l’effet de rafraîchissement, 
  • le renforcement de la biodiversité,
  • et enfin les services socioculturels.

L'évaluation des services écosystémiques n'est pas une fin en soi : elle constitue un levier concret pour orienter les investissements publics vers les formes de végétalisation les plus efficaces selon les contextes. Des démarches de recherche-action comme celle engagée à Paris montrent qu'il est possible de développer des méthodes rigoureuses, adaptées à l'échelle locale, pour quantifier ces bénéfices. À mesure que ces outils se consolident, ils pourront éclairer les collectivités dans leurs choix d'aménagement et contribuer à faire de la végétalisation urbaine non plus un signal politique, mais un véritable investissement écologique mesurable.

Ce travail est réalisé dans le cadre de la thèse Cifre de Sadaf Perouzi menée au sein de la DEVE de la Ville de Paris et dirigé par Youssef Diab au Lab’Urba-Université Gustave Eiffel.

Pour aller plus loin :

  1. Jones, L. M., Anderson, S. D., Læssøe, J., Banzhaf, E., Jensen, A., Bird, D. N., Miller, J., Hutchins, M. G., Yang, J., Garrett, J., Taylor, T., Wheeler, B. W., Lovell, R., Fletcher, D., Qu, Y., Vieno, M., & Zandersen, M. (2022). A typology for urban green infrastructure to guide multifunctional planning of nature-based solutions. Nature-Based Solutions, 2, Article 100041.
    https://doi.org/10.1016/j.nbsj.2022.100041
  2. Yengué, J. L., & Robert, A. (Eds.). (2021). La nature en ville : Quels services ? Tome 1 : L’espace vert, le citadin et le gestionnaire. Atlantique Éditions de l’Actualité scientifique Nouvelle-Aquitaine.
    https://hal.science/hal-03502405
  3. Yengué, J. L., & Robert, A. (Eds.). (2022). La nature en ville : Quels services ? Tome 2 : Évaluation, méthode et prospective. Atlantique Éditions de l’Actualité scientifique Nouvelle-Aquitaine.
    https://hal.science/hal-04014365

LA CHAIRE TRANSITION FONCIÈRE

Initiée par un partenariat entre la Fondation Université Gustave Eiffel et l’Institut de la Transition Foncière, la Chaire Transition Foncière est portée scientifiquement au sein de l’Université Gustave Eiffel, par le biais de deux de ses écoles composantes, l’École nationale supérieure d'architecture Paris-Est (ENSA Paris-Est) et l’École des ingénieurs de la Ville de Paris (EIVP). Soutenue par l’Institut pour la Recherche de la Caisse des Dépôts, la Chaire Transition Foncière se veut un lieu de rencontre et de mise en commun autour de la recherche sur la question foncière, axée sur la gestion durable des sols, de la gestion foncière quantitative à la préservation qualitative des sols vivants.