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Agriculture, biodiversité, incendie : ce que la sécheresse de 2026 a coûté

© Daniel BOITEAU / Adobe Stock

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Quand la pluie se fait rare, que les sols s'assèchent et que la demande en eau augmente, ce sont des pans entiers de l'économie et du vivant qui vacillent : agriculture et élevage, faune aquatique, forêts, et jusqu'à la production d'électricité, cet article mesure ce que la sécheresse de 2026 a coûté, et montre aussi à quel point les activités dépendent d'une ressource que l'on croyait acquise. Tour d'horizon des secteurs les plus touchés et des rares gagnants.

Si les conséquences liées à des prélèvements intenses sur les nappes phréatiques plus largement sur la disponibilité de l’eau sont largement connues en revanche, l’incertitude domine en ce qui concerne le moment où la pluie vient à manquer et les effets qui en résulteront. Qu’une sécheresse précoce et durable survienne, et le « cocktail déflagrateur » est réuni dès lors que se noue l’enchainement fatal de trois facteurs.

D’un côté, l’absence d’humidité et la sécheresse des sols, de l’autre la réduction et la disparition des eaux superficielles qui, d’ordinaire, aliment la nappe, et enfin la consommation en hause en raison de la période estivale et des cultures. 

Le résultat peut être fatal comme en témoigne la vague d’incendies qui a déferlé sur nombre de régions françaises à l’été 2026. On se limitera ici à quelques secteurs économiques, sans passer sous silence celui de la production électrique lourdement entravée. Plusieurs centrales hydroélectriques ont dû réduire leur production en raison d’un moindre débit d’eau des rivières : celle de Chooz dans les Ardennes sur la Meuse, celle de Golfech dans le Tarn-et-Garonne, celle de Cattenom sur la Moselle, ou encore Bugey sur l’Ain.

Cultures et élevages en crise : les pertes agricoles s'envolent, le moral s'effondre

Selon le ministère de l’Agriculture au 2 juillet 2026, la France fait état de pertes allant jusqu’à 30 % sur le maïs, 50 % sur les jeunes carottes des Hauts-de-France, 60 % sur le houblon, 20 % en arboriculture [1].
Dans ce secteur, à l'est du Loiret, la culture betteravière est importante mais les semis n'ont pas levé. La situation est critique pour les céréales, et les agriculteurs anticipent une mauvaise qualité des récoltes. Comme le souligne la République du Centre, « La situation est irréversible pour le maïs, qui n'a pas pu supporter plusieurs semaines de sécheresse »[2]. Les prévisions de productions céréalières font état de très fortes baisses de rendement, de l'ordre de 25 % pour le blé tendre, le blé dur et l'orge.

« Productions de légumes industriels et de grandes cultures catastrophiques, affouragements très difficiles, surmortalité dans les élevages en raison de la canicule et grosses inquiétudes sur la production d’herbe de l’automne… Le manque d’eau plombe le moral des troupes agricoles » [3]. 

Très gourmandes en eau, les industries agroalimentaires sont contraintes d’adapter leur production et de faire 25 % d’économies d’eau dans les communes placées en crise sécheresse. Sauf si elles ont prélevé 20 % d’eau en moins depuis 2018, si elles ont recyclé plus de 20 % de leur eau ou si ce sont des entreprises de première transformation comme les abattoirs, les laiteries, les conservations de légumes ou de sardines », précise Clothilde d’Argentré, cheffe de projets environnement et filière au sein de l’Association bretonne des entreprises agroalimentaires (Abea).

Les animaux, eux aussi, sont en souffrance. Au-delà de 24°C, les vaches sont moins en forme et leur production de lait en pâtit. Pour Antoine Thibault, éleveur laitier près de Verneuil-sur-Avre dans l’Eure, « les vaches préfèrent rester à l'étable sous les ventilateurs ou les brumisateurs plutôt que d'aller dans les pâtures. On leur donne les rations hivernales, avec plus de sel et de compléments. Par ailleurs, les très fortes températures peuvent provoquer des fausses couches et l'on doit assurer un suivi beaucoup plus rapproché des vaches pleines » [4].

Du Cher à la Charente-Maritime : la faune aquatique suffoque sous la sécheresse

Sur l’ensemble du territoire, les conséquences sont dévastatrices pour la biodiversité aquatique. 

Pour Thibault Datry, écohydrologue, « à terme, il y a des espèces qui vont sans doute disparaître de certains cours d’eau, d’autant qu’elles doivent aussi faire face aux fortes températures de l’eau, aux pollutions et à l’introduction d’espèces invasives. Par exemple, les écrevisses à pattes blanches, en régression, tolèrent très mal les assèchements » et l’écohydrologue de conclure, « Concrètement, on ne sait pas où l’on va en matière de biodiversité aquatique dans les décennies futures, dans ces tronçons du réseau hydrographique, qui sont pourtant essentiels aux écosystèmes aquatiques, et qui nous rendent de nombreux services » [5].

Dans la Vallée du Cher, plusieurs espèces de poissons considérées comme de bons indicateurs sur le taux d'oxygénation de l'eau ou sa température, comme le spirlin, la brême ou le brochet, souffrent et connaissent une mortalité importante. « Pour le brochet, par exemple, l'eau ne doit pas dépasser les 31 °C. Au-delà, cela devient létal », résume le chargé d'études. Reste la solution du déplacement des espèces vers d'autres cours d'eau, qui montre toutefois assez vite ses limites.
Aux yeux de Nicolas Ilbert, délégué en Gironde de l’Agence de l’eau Adour-Garonne, les eaux de surface sont réchauffées : « Il y a moins d’oxygène dans l’eau et des cours sont à secs », entrainant une mortalité massive des poissons. Et les cyanobactéries se développent et libèrent des toxines dangereuses lorsqu’on les ingère » [6]. Ce qui explique que certains plans d’eau, comme à Saint-Seurin-sur-l’Isle ou bien à Saint-Christoly-de-Blaye, aient été interdits à la baignade. 

Dans le Doubs, le lit de la rivière ressemble désormais à une vaste étendue désertique. La faune aquatique qui peuplait le Doubs, entre Pontarlier et Morteau, a totalement disparu sous l’effet de la chaleur, de l’écoulement souterrain et de l’évaporation [7]. 

Dans le Gard, 13 % des cours d’eau sont à sec d’après l’Observatoire national des étiages (Onde). Un chiffre similaire au niveau régional, mais légèrement inférieur à la moyenne nationale, estimé à 16 % par l’Onde [8].

A la fin du mois de juillet, le département de la Charente-Maritime subit une chaleur caniculaire doublée d’un déficit de pluviosité de l’ordre de 60% pour le bassin de la Sèvre Niortaise, du Marais poitevin, celui de la Charente et de la Seudre. L’effet sur les rivières est direct et brutal, supérieur à celui des périodes précédentes de sécheresse. A la mi-juillet, 42% d’entre elles sont en assec et la mortalité des poissons est alarmante. Le 18 juillet, le département est placé en alerte renforcée [9].

Incendies 2026, année noire pour les forêts françaises

L'été 2026 restera marqué en France par des incendies aux caractéristiques inédites, dont deux aspects majeurs se dégagent :

  1. D’abord, leur soudaineté.  L’incendie le plus destructeur s’est déclaré en Gironde le 22 juillet : en cinq jours, 42 000 hectares sont partis en fumée, plus de 240 bâtiments détruits, de nombreux sapeurs-pompiers blessés et l’évacuation de villages bordant le bassin d’Arcachon ou de l’agglomération bordelaise. Le feu n’a été fixé que le 1er août.  Dans le Var, un autre sinistre parti d’un champ de Pontevès le 21 juillet a ravagé près de 4 600 hectares dans le massif du Gros Bessillon. 
  2. Ensuite, leur ampleur inédite. Précédemment, la pire période avait été celle de 2022 lorsque 66 337 hectares avaient brûlé. Au 31 juillet 2026, ce sont 92 583 qui sont partis en fumée, soit 4 fois la moyenne des années 2020-2025.


Graphique 1 – Hectares brulés en France, cumulés depuis le 1er janvier 2026

©FigData

Cette ampleur des incendies place la France au premier rang des pays européens souffrant de ces destructions.

Graphique 2 - Surfaces brûlées en Europe et autour du bassin méditerranéen

©Le Monde - La carte en temps réel des incendies actifs et des surfaces brulées en France

 

©Le Monde - La carte en temps réel des incendies actifs et des surfaces brulées en Europe

Conclusion : la sécheresse a-t-elle fait des gagnants ?

Une note d’espoir dans ce paysage économique très déprimé : on peut se réjouir que, dans certains vignobles, en dépit de l’avancée générale des récoltes, la longue période de chaleur ait rassuré les viticulteurs. 
Ainsi Jean Henric, président de la cave coopérative Laure de Nyl dans le Roussillon peut affirmer que « 2026 est finalement une bonne année pour le Roussillon, il faut dire que les deux dernières récoltes, nous étions tombés très bas. Certes, tout ce qui était au soleil a grillé mais la vigne est résiliente donc cela donne de l'espoir » [10].

Les exploitants maraichers et fruitiers du sud de la France sont les autres rares gagnants de cette situation étouffante, avec des fruits – pêches, abricots et melons – très recherchés des consommateurs, qui sont au rendez-vous [11].

Face à ces pertes comment l'Etat les collectivités et les acteurs locaux ont-ils réagi le dernier article de la série examine les restrictions les solidarités et le débat sur les retenues.

 

Notes :


[1] in : Géraldine Woessner « pourquoi la France manque déjà d’eau après un hiver record de pluie; Pourquoi la France manque déjà d’eau après un hiver historique », Le point,  3 juillet 2026
[2] in : 21 juin 2026 La République du Centre
[3] Laetitia Jacq-Galdeano, « En manque d’eau, une partie de la Bretagne placée en crise sécheresse », 1 août 2026 Ouest France
[4] in : Éric de La Chesnais; Pour les paysans, « cette vague de chaleur va faire plus mal que la première »19 juin 2026 Le Figaro
[5] in : "Là, on s'inquiète, il y a de quoi devenir éco anxieux" : le cri d'alerte des pêcheurs sur l'état des rivières dans le Cher » Ici, Centre Val de Loire, 3 juillet 2026
[6] « Les nappes d’eau souterraines dans un état très dégradé », Sud-Ouest, 21 août 2026
[7] in Valentin Collin « Le Doubs au régime sec », Aujourd’hui en France  4 juillet 2026
[8] In « Les cours d’eau s’assèchent en région, les pêcheurs s’inquiètent », Midi Libre 10 juillet 2026
[9] Anna Labourdette, « Charente-Maritime Sécheresse: Les cours d’eau sont vides, les paysages désolants 28 juillet 2026 Sud Ouest
[10] France Info, 12 septembre 2026
[11] Éric de La Chesnais , « Pour les paysans, « cette vague de chaleur va faire plus mal que la première », Le Figaro, 19 juin 2026