Du petit chevelu au grand fleuve le réseau hydrographique à l'épreuve de la sécheresse

Date de publication 09 octobre 2026

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Ruisseau, rue, torrent de têtes de bassin : ce « petit chevelu » représente les trois quarts du réseau hydrographique français et relie la pluie aux rivières, puis aux fleuves. A l'été 2026, il s'est asséché comme jamais. Quand les petits cours d'eau cessent de couler, c'est tout le cycle de l'eau qui se grippe. Les grands fleuves n'ont pas été épargnés non plus. Retour sur un cycle de l'eau enrayé, de la source à l'embouchure. 

Les petits cours d’eau : Quand la goutte manque tout le cycle s'enraye

Comme l’écrit l’Office français de la biodiversité (OFB) sur son site, « tout le cycle de l’eau est connecté, de la goutte d’eau qui tombe du ciel jusqu’à la mer, en passant par les zones humides et les eaux souterraines »[1] . Conséquence : quand la goutte vient à manquer, c’est tout le cycle qui se trouve enrayé. L’examen de la situation des plus petits cours d’eau et celle des plus grands fleuves le montre. 

Carte 1 : Sécheresse en Europe et dans le bassin méditerranéen

Le petit chevelu à sec : 43% des cours d'eau surveillés en rupture d'écoulement

La situation se dégrade dans toutes les régions et celle des plus petits cours d’eau n’y échappe pas. Avec 43% de ruptures d’écoulement et d’assecs, le réseau de surveillance ONDE (Observatoire national des étiages) enregistre la situation la plus critique jamais observée à cette période, au-delà même de la sécheresse de 2022. 

Plus de quatre rivières sur dix sont désormais à l'arrêt et l’OFB précise : « [La situation critique] dépasse la sécheresse historique de 2022, avec 112 cours d'eau asséchés en plus, et s'avère deux fois plus sévère qu'en 2025 » [2]. 

Fin juillet, un peu plus de 40 % des petits cours d’eau surveillés par l’Office ont subi des ruptures d’écoulement ou des assecs - du jamais-vu à cette période de l’année depuis la création de ce réseau d’observation, en 2012. La situation s’y est brutalement dégradée à partir de la mi-mai. . « Des rivières qui, de mémoire d’homme, ne s’étaient jamais asséchées ne coulent plus [3]. » Selon le décompte officiel arrêté au 1er août, 1 373 cours d'eau sont « touchés par des ruptures d'écoulement ou des assecs (l'état d'une rivière ou d'un étang qui se retrouve sans eau) », soit 554 cours d'eau de plus en un mois [4]. 

Si aucune région n'est épargnée, cette sécheresse extrême concerne tout particulièrement les départements de la Creuse, de la Nièvre, de la Vendée, de la Loire-Atlantique, de l'Aveyron, de la Côte-d'Or, des Deux-Sèvres et de la Charente-Maritime.

Dans ce paysage hydrographique, les plus petits cours d’eau, ce que l’on appelle le « petit chevelu », représentent de 75 % à 80 % du linéaire. Situés en amont des bassins versants, ces petits cours d’eau remplissent une fonction essentielle : ils sont les connecteurs du réseau qui s’étend de la goutte d’eau qui tombe à son écoulement dans les prairies et les zones humides, jusqu’à son raccordement aux rivières et plus loin aux fleuves.

Des cours d'eau intermittents insuffisamment protégés

L’importance de ces « cours d’eau intermittents » reste pourtant insuffisamment prise en compte, alors que les scientifiques annoncent depuis 50 ans ce qui se produit aujourd’hui. Les assecs ont fourni l’occasion à nombre d’exploitants agricoles de s’approprier à leur seul profit ces petits ruisseaux et, pour comble, les autorités politiques ont adopté la loi d’urgence agricole qui n’aborde les enjeux de l’intensification des sécheresses hydrologiques que par le prisme du stockage de l’eau. 

Carte 2 : Etat des cours d’eau en août 2026

Seine, Dordogne, Meuse : pourquoi certains fleuves résistent-ils mieux à la sécheresse ?

Les grands fleuves n’ont pas échappé au sort commun de l’eau. Au 15 août, leur niveau s’est trouvé au plus bas. Or, pourquoi certains d’entre eux résistent mieux que d’autres au manque de précipitations ? La réponse tient principalement à la présence de barrages-réservoirs. 

A l’amont de la Seine, ces barrages représentent 40% du débit du fleuve grâce aux lâchers quotidiens de quelques 32m³/s. Sans eux, la Seine, deuxième plus grand fleuve français, ne pourrait remplir sa fonction économique essentielle puisqu’elle représente avec son bassin 40 à 50 % du trafic fluvial national de marchandises et 80% de l'activité de transport de passagers, au moyen de près de 600 unités fluviales [5]. 

La même réflexion vaut pour la Dordogne. A l’amont, en Corrèze, de grands barrages hydroélectriques garantissent réglementairement un débit minimal de 10m³/s à la sortie du système, quoi qu’il arrive. Leurs immenses réserves rendent ce soutien d’étiage tout à fait soutenable car ce dispositif consiste à restituer dans les fleuves ou rivières l’eau stockée dans des réservoirs pendant la saison hivernale [6]. 

Le constat vaut tout autant pour la Meuse largement aménagée du côté belge grâce aux barrages et aux écluses qui maintiennent le niveau d’étiage.

Comment comprendre la situation désastreuse de grands fleuves européens comme le Rhin ou le Danube ?

Principalement, parce que ces deux fleuves prennent leur source dans les Alpes suisses où un très faible enneigement a réduit les apports en eau au printemps, avant que des épisodes intenses de sécheresse ne provoquent en été une évaporation extrême. 

Après avoir touché son plus bas niveau le 1er août, le Rhin atteint le 6 août un niveau historiquement bas, entrainant un ralentissement de toute l’économie allemande puisque le fleuve assure 80 % du trafic fluvial national. Toutes les chaines d’approvisionnement en ont pâti : des secteurs de la chimie, à ceux de l’acier ou des raffineries mais aussi du charbon, des céréales et du transport par conteneurs jusqu’à Rotterdam, Anvers ou Hambourg. Ces entraves ont provoqué une hausse inédite du prix du transport, qui est passé de 45€ à 150€ la tonne [7]. La production d’électricité a été également perturbée. L’Institut de Kiel pour l’économie mondiale chiffre l’addition entre 0,1 et 0,2 point de PIB allemand sur le troisième trimestre. 

Pour ces grands fleuves immortalisés notamment par les représentations idylliques du « beau Danube Bleu » ou encore du « Rhin romantique », une activité a particulièrement souffert de la sécheresse, celle justement qui vend ces images et les fait vivre : les croisières. Selon Lucas Schmitter, directeur général de CroisiEurope depuis trois générations et dont la société se trouve en tête de la profession : « La situation est historique. Nous n’avons jamais connu d’épisodes comme celui que nous traversons.  Notre chance est d’avoir une flotte de 43 “petits” bateaux en Europe dont la taille ne dépasse pas 110 mètres de long.» [8].

Et donc, quand l’eau fait vraiment défaut, il reste alors à se rabattre sur …le car.

Des cours d'eau aux activités qui en dépendent le prochain article mesure ce que la sécheresse a coûté à l'agriculture aux milieux aquatiques et aux forêts. 

A suivre : « Agriculture, biodiversité, incendie : ce que la sécheresse de 2026 a coûté »

Notes :
[1] https://ofb.gouv.fr/les-milieux-aquatiques-continentaux
[2] Nicolas Mondon , « Canicules, incendies, sécheresse... Va-t-on manquer d’eau ?, Fig Data 5 août 2026
[3] Thibault Datry,: « Des rivières qui, de mémoire d’homme, ne s’étaient jamais asséchées ne coulent plus », 12 août 2026
[4] « Près de 1.400 cours d'eau sont à sec, du jamais-vu », 7 août 2026 La Montagne-Creuse
[5] Seine, Meuse : pourquoi ces fleuves résistent mieux à la sécheresse que le Danube et le Rhin 15 août 2026 Les echos.fr
[6] Linda Douifi, « Sécheresse: Pourquoi la Dordogne résiste mieux que ses affluents », Sud Ouest 23 juillet 2026
[7] Christophe Bourdoiseau, « Le niveau du Rhin atteint un minimum historique », Le Soir, 6 août 2026
[8] Valérie Collet, « Nucléaire, fret, tourisme… Les conséquences en cascade des fleuves au plus bas », Le Figaro, 10 août 2026

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