En juin 2020, la Banque des Territoires et son partenaire MATRICE ont clôturé la première édition du « Laboratoire territoires innovants » qui a abouti au développement de deux services numériques innovants en réponse aux défis des territoires.

Rappel du contexte

Aujourd’hui, de nombreuses solutions innovantes existantes peuvent répondre aux défis des territoires. Dans le cadre d’un de ses dispositifs d’open innovation, le Lab des Territoires, la Banque des Territoires fait le lien entre les problèmes exprimés par les collectivités et les solutions innovantes existantes et accélère le développement de proof-of-concepts (POC) pour tester la pertinence des solutions. Mais, là où le marché ne répond pas ou de manière partielle, la Banque des Territoires a voulu compléter ce dispositif en lançant une démarche exploratoire qui facilite la création de services digitaux de bout-en-bout (from scratch).

MATRICE est une association loi 1901 fondée en 2016 à l’Ecole 42, en partenariat avec Creative Valley, sur le constat d’un écart trop grand entre les mondes du numérique et les autres champs professionnels. Son enjeu est de les rapprocher, de permettre à des jeunes professionnels du numérique, de l’innovation, des sciences humaines et des sciences exactes de créer leur accès à l’emploi. Aussi Matrice construit des programmes qui permettent à l’innovation de concilier l’agilité d’étudiants / jeunes professionnels / chercheurs avec l’expertise d’entreprises ou d’institutions incontournables sur leur champ.

Convaincus de l’intérêt public de sa démarche, Matrice a souhaité, avec la Banque des Territoires, mettre son laboratoire « Territoires innovants » au service des institutions publiques et en particulier, des collectivités locales.

 

Quels défis des territoires ?

Deux thèmes de travail ont été déterminés pour cette première édition :

 

  1. Le thème de la gestion patrimoniale des réseaux d’eau :
  • Le patrimoine de l’eau en France représente 300 milliards d’euros à neuf, et est pourtant très mal connu par au moins 50% des collectivités dont la plupart sont petites et rurales.
  • Les canalisations de l’eau potable et de l'assainissement se trouvent aujourd’hui en mauvais état : sur l’ensemble du territoire, près de 25% de l’eau pompée est perdue à cause des fuites sur le réseau.
     
  • Défi : comment inventer les interfaces d’acquisition, de traitement et de restitution d’une base de données partagée permettant l’analyse du petit cycle de l’eau qui devra offrir des bénéfices immédiats aux services techniques des collectivités ?
     

          2. Le thème du développement des Territoires d’Industrie

          Trois grandes catégories de difficultés ont été identifiées par les experts :

  • Difficulté de recrutement dans l’industrie, posant la question de l’adéquation des formations et de l’attractivité des métiers de l’industrie ;
  • Manque de connaissance de l’écosystème industriel des territoires, limitant la création de synergies entre acteurs locaux ;
  • Manque d’utilisation des dispositifs publics, posant la question de leur médiatisation et de la collaboration publique/privée.
     
  • Défi : pour favoriser la reconquête industrielle des Territoires d’industrie, comment développer une solution permettant d’identifier, de médiatiser et de rendre accessibles les ressources/expertises l’échelle du territoire ?

La pertinence des deux problématiques a été renforcée par les enjeux de la crise sanitaire et le plan de relance (ex. thématique « Territoires d’industrie » alignée avec les grandes priorités en termes de relocalisation de l’activité industrielle, réindustrialisation).

 

Comment le Laboratoire fonctionne-t-il ?

Le Laboratoire développé par Matrice propose une méthode d’innovation rigoureuse et flexible, permettant d’identifier et de traiter des problèmes de natures et de complexité très variables.

Pour cela il peut compter sur un écosystème d’acteurs aux expertises complémentaires pouvant intervenir en phase d’exploration, quand il s’agit de comprendre le problème (chercheurs, designers), puis en phase de conception et de production, dès lors que la problématique est partagée par tous (juristes, data scientistes, développeurs). Au cœur du processus, l’équipe Matrice coordonne, accompagne, dynamise et garantie la pertinence et la qualité des productions livrées tout au long des projets.

Enfin, parce que tout processus d’open innovation implique, avant toute chose, une adoption et un usage, en interne et en externe, c’est l’ensemble de Matrice qui use de ses ressources pour faire de chaque projet une expérience riche et vivante, qui suscite l’adhésion.

Appliqué au Laboratoire « Territoires innovants », ce processus est décomposé en quatre étapes :

  • Co-diagnostic : le problème a été discuté, travaillé, conceptualisé lors d’une journée de cadrage. Avec l’ensemble des parties prenantes, l’équipe Matrice a cherché sa formulation la plus exacte. L’équipe s’est appuyée sur ses connaissances antérieures, ses méthodologies et l’expertise de la Banque des Territoires pour identifier ce qui pose vraiment un problème en remontant aux causes profondes pour innover radicalement.
  • Etat de l’art et enquête : L’enquête, sous format d’un hackathon, doit pointer les besoins précis d’innovation et permettre de formuler des premières pistes de solutions. Au terme du hackathon, les meilleures équipes-projet ont été sélectionnés par un jury composé de représentants de la Banque des Territoires, des collectivités, de l’ANCT et des grands groupes industriels.
  • Constitution de l’équipe projet : en fonction des projets sélectionnés, l’équipe Matrice s’est appuyée sur son vaste réseau transdisciplinaire d’expertises et de profils pour constituer deux équipes projet.
  • Prototypage et déploiement : autour de ces équipes sur-mesure, dotées d’une bourse pour concevoir et prototyper leur solution pendant une phase d’incubation de 6 mois. Une série de jalons de suivi et de temps forts donnant lieux à des livrables intermédiaires ont été organisés, en lien avec la Banque des Territoires, à chaque étape du processus pour aller jusqu’à la production de la solution. L’équipe de Matrice Lab mobilisait dans son réseau, les expertises appropriées tout au long des 6 mois.

 

Quels participants ?

  • La Banque des Territoires : Innovation ouverte, métiers, experts
  • L’équipe Matrice aux compétences plurielles et complémentaires, expérimentée sur le plan pédagogique (design, management de l’innovation, coach, facilitateurs)
  • Les équipes projets opérationnels : composées des profils pluridisciplinaires : étudiants, « matriciens » plus confirmés, et freelance (ex. développeurs, designers, sciences po, ingénieurs, mathématiciens, école commerce, juristes, chercheurs)

 

Quels résultats ?

Le 11 juin 2020, le jury a salué les travaux de développement aboutissant à deux prototypes robustes. Fort de leur potentiel, les deux projets vont se poursuivre dans une deuxième phase d’incubation pour finaliser les services d’ici la fin de l’année 2020. Cette étape de finalisation permettra notamment de les tester en grandeur nature. Une mise en marché est prévue début 2021.

  • « Nos usines à talents » : Une plateforme B2B2C de mise en relation ayant pour ambition de faire connaître les métiers industriels de façon à en améliorer l’image auprès des collégiens et de leur famille. La plateforme privilégie trois fonctionnalités :
    • L’industrie en vidéo, pour susciter de la curiosité et de l’intérêt chez les collégiens et les lycéens aux formats courts et dynamiques, proches des contenus qu’ils consomment sur les réseaux sociaux ;
    • Le panorama des usines à proximité (cartographie) ;
    • Le tchat ambassadeur métier pour permettre à des professionnels, à des stagiaires, d’échanger avec des collégiens ou des lycéens désireux de mieux connaître les métiers de l’industrie de proximité.

Le parcours client est construit de façon à ce que tous les chemins amènent à prendre contact avec un ambassadeur métier : l’idée est de créer un cercle vertueux après des jeunes et des professionnels de l’industrie.

  • « Autogeo.ai » : une solution d’intelligence artificielle qui automatise le géoréférencement de toute image de plan afin d’aider les collectivités locales ainsi que tous les exploitants d’infrastructures publiques, ne disposant pas de compétences techniques et de peu de moyens financiers, à démarrer le géoréférencement de leurs infrastructures dans un SIG.

Zoom sur Autogeo.ai

Autogeo.ai a pour ambition d’aider à optimiser la connaissance des infrastructures publiques pour permettre aux collectivités de mieux les exploiter, maintenir et renouveler, tout en maîtrisant leur budget.

En automatisant le géoréférencement des plans des réseaux d’eau pour les intégrer dans les SIG, les collectivités territoriales pourront recueillir, stocker, traiter, analyser, gérer et présenter tous les types de données spatiales et géographiques, nécessaires à une bonne exploitation du patrimoine.

Le géoréférencement est la première brique indispensable pour aider les collectivités à se conformer à leurs obligations :

Fournir des zonages pour la déclaration de travaux auprès du Guichet Unique DT-DICT afin d’éviter la responsabilité financière d’éventuels dégâts

• Renseigner SISPEA afin de constituer un dossier de demande de l’Aqua prêt pour le renouvellement et la maintenance des réseaux d’eau.

Le géoréférencement implique une ingénierie de pointe en matière de data sciences : il s’agit d’un champ d’étude non balisé par la recherche, qui a rebuté, par sa difficulté et sa technicité, de nombreux acteurs historiques, notamment chez les éditeurs de logiciels SIG.

Le projet Autogeo.ai a suivi une méthode inédite et prometteuse, conférant au projet une vraie dimension de recherche et développement qui situe son ambition.