« Cette crise renforce la nécessité de repenser le tourisme »

Portrait de Loïc Bonhoure

 

 

Loïc Bonhoure, directeur général adjoint de la Compagnie des Alpes, en charge de la stratégie et du développement

 

Comment s’est passée la reprise* sur les différents sites de loisirs du Groupe ?

Tout le monde a été au rendez-vous ! Nous avons de très bons retours « presse » sur la mise en œuvre des mesures de distanciation et des protocoles sanitaires, sans nuire à la qualité de l’expérience puisque la satisfaction client est excellente également. Si la fréquentation sur les premiers jours n’est que d’un quart de celle qu’on aurait dû avoir à la même période, elle augmente régulièrement : nous sommes donc confiants pour la suite ! Sur le fond, notre optimisme repose sur la qualité de notre offre : elle sort les clients de l’ordinaire, elle est variée, familiale, de plein air, elle permet de retrouver du lien social et de vivre des expériences réelles et non virtuelles ! 

Comment la Compagnie des Alpes a-t-elle fait face à cette crise qui l’a atteinte de plein fouet, comme d’autres sociétés spécialisées dans les loisirs ?

Notre priorité s’est immédiatement portée sur la sécurité des visiteurs et de nos salariés. Quand le Premier ministre a annoncé l’interdiction des rassemblements, nous avons organisé la fermeture de nos domaines skiables et des parcs qui étaient ouverts dans la journée. Il a fallu ensuite assurer la pérennité de l’équilibre économique du Groupe. Alors que nous étions à notre pic d’activité, le chiffre d’affaire est passé du jour au lendemain à zéro… d’où une nécessaire adaptation de la structure de coûts. Grâce aux mesures gouvernementales, nous avons pu placer 90% de nos effectifs en chômage partiel. En parallèle, nous avons sollicité un Prêt Garanti par l’Etat que nous venons d’obtenir. Même si notre bilan reste solide aujourd’hui, c’est une mesure de prudence par rapport à une crise dont on ne connaît pas la durée. 
Malgré cela, nous avions à cœur d’agir de façon responsable, conformément à nos valeurs et en gardant une vision de long terme. Cela signifie respecter nos engagements : payer nos fournisseurs dans les délais et maintenir la grande majorité de nos investissements… qui sont nécessaires pour soutenir l’attractivité de nos sites et donc préparer l’avenir. 

La montagne sera-t-elle la grande gagnante de cet été ?

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Le village Cap’vacances de La Plagne Montalabert

La montagne a vraiment des atouts exceptionnels en tant que destination estivale. Le tourisme en France est très concentré sur trois zones : l’Ile-de-France, la Côte Atlantique et la Côte d’Azur. Si vous avez été confinés en ville, vous aurez besoin d’espace et souhaiterez sans doute éviter la foule. La montagne offre cela! Seul bémol, ces atouts ne sont pas assez mis en valeur aujourd’hui car l’offre en montagne l’été n’est pas suffisamment structurée. La montagne est perçue comme une destination réservée à des personnes sportives et qui maîtrisent cet environnement. La Compagnie des Alpes est bien positionnée pour aider les stations à proposer une offre d’été qui soit plus accessible. Cette offre devra être adaptée au contexte et au potentiel de chaque site : le Grand Massif (Haute-Savoie) ne ressemble pas aux Ménuires (Savoie), par exemple.  Nous devons donc conduire un diagnostic par site pour proposer une offre permettant à chaque station d’être attractive toute l’année.

À plus long terme, est-ce l’occasion de repenser le tourisme ?

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Le nouvel hôtel Les Quais de Lutèce au Parc Astérix

Globalement, cette crise renforce la nécessité de repenser le tourisme alors que le secteur faisait déjà face à des défis importants : sous-investissement, émiettement des acteurs, mauvaise lisibilité de l’offre. L’ampleur de ces défis va redoubler avec la crise, d’autant que la compétition entre destinations va s’accroître ! La crise renforce aussi des tendances déjà observées et qu’il faut pleinement intégrer dans nos métiers : la recherche d’authenticité, l’impact de nos activités sur l’environnement et une demande de démassification. Ceci nécessite un travail collectif pour mieux organiser la filière.
Il faut également mieux répartir l’offre sur le territoire. La France possède beaucoup de sites exceptionnels et diversifiés, pourtant l’offre d’infrastructures touristiques est très concentrée. Le Futuroscope est un bon exemple de parc qui recrée de l’attractivité dans toute une zone. Le groupe Caisse des Dépôts est très bien placé pour jouer un rôle dans ces transformations, et au sein du Groupe, la Compagnie des Alpes en particulier en tant qu’acteur important du secteur aux savoir-faire multiples.

 

*Le Futuroscope a rouvert ses portes le 13 juin et le Parc Astérix, le 15 juin. Parmi les domaines skiables, le glacier du Pissaillas à Val-d'Isère et le glacier des Deux Alpes sont accessibles depuis le 6 juin. Le premier village de La Plagne a, quant à lui, rouvert le 13 juin.