La séquestration du carbone par la forêt est un processus naturel fondamental pour la régulation du climat et la préservation de notre planète. Après les océans, les forêts constituent en effet une force stabilisante du climat : au cours des quatre dernières décennies, elles ont atténué les effets des changements climatiques en absorbant environ un quart du dioxyde de carbone émis par les activités humaines.

Mais pour que nos forêts continuent de jouer pleinement leur rôle de puits de carbone, il importe de comprendre les facteurs qui impactent la séquestration du carbone par la forêt, et d’intégrer l’impératif d’une gestion forestière durable.

Ceydric Sedilot-Gasmi, ingénieur forestier et directeur des opérations à la Société Forestière nous éclaire sur ces deux questions essentielles à travers deux articles. Le premier , objet de la présente publication, La forêt, un atout pour le climat : oui mais comment ? et le suivant Comment adapter et valoriser les forêts françaises face au changement climatique ? (publication prévue au mois de mars)

La forêt : Un puits de carbone naturel

La séquestration du carbone est le processus par lequel le dioxyde de carbone (CO2), principal gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique, est capturé et stocké par les arbres et les sols forestiers. Les arbres absorbent le CO2 de l'atmosphère par la photosynthèse, utilisant le carbone pour croître tout en relâchant de l'oxygène en retour. Lors de cette transformation, les forêts, qui sont d'immenses agrégations d'arbres, de plantes, de champignons et d'autres organismes, stockent du carbone de trois manières principales :

  • Dans la biomasse aérienne : Cela inclut les troncs, les branches et les feuilles des arbres. À mesure que l'arbre grandit, il emmagasine davantage de carbone dans ces structures.
  • Dans la biomasse souterraine : Les racines des arbres stockent également le carbone. L'importance de ce réservoir souterrain est souvent sous-estimée, mais il joue un rôle crucial dans le stockage du carbone.
  • Dans le sol forestier : En plus des racines, le sol de la forêt contient une énorme quantité de matière organique, principalement des feuilles en décomposition, des champignons et d'autres organismes du sol, qui ensemble emmagasinent une grande partie du carbone forestier.

Ce processus fait des forêts jeunes, ce qui est le cas de la majorité des forêts en France hexagonale, de véritables puits de carbone, contribuant ainsi à réduire la concentration de CO2 dans l'air. Les forêts naturelles à l’équilibre émettent autant de carbone, à travers la décomposition de bois mort, qu’elles n’en séquestrent mais elles constituent néanmoins un important stock de carbone ; et contribuent à fournir un matériau capable également de stocker du carbone sur le long terme, mais aussi de se substituer à d’autres matières nettement plus émissives.

Les forêts françaises face au changement climatique, Académie des Sciences

Source : Les forêts françaises face au changement climatique, Académie des Sciences

 

Le cycle du carbone en forêt

Le carbone capturé par les arbres n'est pas stocké indéfiniment. Il circule dans un cycle complexe impliquant la photosynthèse, la décomposition, la respiration des arbres et des micro-organismes, ainsi que d'autres processus écologiques. Une partie du carbone est stockée pendant de nombreuses années dans la biomasse des arbres, tandis que d'autres fractions peuvent être stockées dans le sol forestier pendant des siècles, voire des millénaires. La décomposition des matières organiques libère du CO2, mais ce CO2 est souvent réabsorbé par les arbres dans un équilibre délicat.

Les facteurs complexes qui dictent la séquestration du carbone dans les forêts

La quantité de carbone stockée dans les arbres dépend de très nombreux facteurs :

  • De l’âge des arbres et de l’ancienneté de l’état boisé ;
  • des essences : les espèces à croissance rapide séquestrant le carbone plus rapidement mais ayant des bois de faible densité et une longévité plus courte ;
  • de la fertilité des sols et leur capacité de rétention de l’eau ;
  • de la santé des arbres au cours de leur vie ;
  • de la compétition entre les arbres qui dépend notamment de la densité par unité de surface ;
  • des conditions climatiques saisonnières qui déterminent la croissance, en particulier la température dans les régions tempérées et froides et la disponibilité en eau dans les régions méditerranéennes et tropicales ;
  • de la fréquence et de la sévérité des perturbations sporadiques comme les incendies, tempêtes, attaques de ravageurs ;
  • des pratiques de gestion sylvicoles qui interagissent avec les facteurs précédents.

Le stockage du carbone dans les produits en bois

L’optimisation du stockage du carbone dans la forêt conduit nécessairement à s’interroger sur le stockage permis par les produits issus des récoltes de bois. Ces derniers sont catégorisés en fonction du nombre d’années nécessaires pour perdre la moitié du carbone qu’ils contiennent (durée de demi-vie). La Commission Européenne considère par exemple que le bois d’œuvre aura relâché la moitié de son carbone en 35 ans, les panneaux de bois en 25 ans et le papier en 2 ans. Le respect du principe d’utilisation « en cascade » du bois devient alors fondamental : plus on utilise le bois pour un usage de long terme (charpente, matériau de construction, etc.) plus il va stocker du carbone pendant une longue période, tout en étant préservé des aléas climatiques croissants (tempêtes et incendies notamment.)

En somme, la séquestration du carbone par la forêt est un processus complexe et multifactoriel. Comprendre ces multiples variables est essentiel pour une gestion forestière responsable et efficace : en intégrant ces connaissances dans nos pratiques de gestion forestière, nous pouvons maximiser la séquestration du carbone en trouvant le juste équilibre entre la séquestration et stockage du carbone - par les forêts et les produits bois - et ainsi contribuer de manière significative à la lutte contre le changement climatique.