Parmi les problèmes urbains contemporains, le changement climatique se positionne comme un enjeu crucial de la résilience territoriale, et les vagues de chaleur en sont, en Europe, une des illustrations principales. Si les températures extrêmes n’épargnent plus aucun territoire en France, elles se matérialisent avec une intensité accrue dans les villes. Dès lors, se pose la question de l'adaptation de nos milieux urbains, et de comment l’opérer.

Qu’est-ce que les îlots de chaleur nous disent de l’aménagement de nos territoires, et quels leviers d’action mettre en œuvre ?

Les villes denses et minéralisées subissent de plein fouet les vagues de chaleur en raison de l’apparition d’îlots de chaleur urbain (ICU), un phénomène climatique qui se traduit par une différence de température de l’air observée entre les milieux urbains et les zones à proximité, plus fraîches.​ ​L’apparition des ICU tient fortement à la manière dont un espace a été conçu : plus celui-ci est densément urbanisé et artificialisé, plus les matériaux utilisés vont stocker des quantités de chaleur solaire élevées pendant la journée, et la libéreront la nuit venue. Nos modes de vie, de production, ou nos manières de nous déplacer participent aussi à aggraver l’intensité des ICU du fait des rejets de chaleur et de gaz à effet de serre (GES) dans l’air.

Les leviers d’action contre les ICU sont nombreux et, actionnés de manière complémentaire, ils n’en sont que plus performants. En travaillant sur une morphologie urbaine plus végétale et plus perméable ; en accordant plus d’importance aux installations d’eau ainsi qu’aux mécanismes d’ombrage ; en prêtant une attention particulière à une meilleure gestion des courants d’air, à un meilleur albédo et à une isolation correcte des bâtiments ; tout en sensibilisant les usagers aux pratiques vertueuses, le visage de la ville de demain, résiliente face aux fortes chaleurs, se décide dès aujourd’hui.

 

Intégrer l’eau dans le paysage urbain, tirer profit des bénéfices de la végétation grimpante en termes d’isolation thermique des bâtiments… Les solutions les plus simples sont parfois celles qui fonctionnent le mieux.  

Adapter la physionomie de nos villes, c’est d’abord en adapter la gouvernance

Faire évoluer nos méthodes d’aménagement pour lutter contre les ICU nécessite une démarche transversale entre les acteurs (décideurs public, aménageurs, experts, usagers) et par conséquent, de mettre cette thématique au cœur de la conception de la ville.

Tout aménagement visant à diminuer l’intensité de ce phénomène va forcément changer l'aspect physique de la ville, ainsi que les habitudes des habitants : par exemple, de nouveaux bâtiments dont la conception vise à garder naturellement la fraîcheur peuvent entrer en conflit avec les styles architecturaux faisant l’identité historique d’une ville, ou avec les pratiques de certains usagers (comme le recours à la climatisation qui, rappelons-le, participe à la formation des ICU). Il faut alors veiller à ne pas envisager la lutte contre les ICU comme un sujet technique, uniquement du ressort des experts de l’aménagement, mais au contraire, ouvrir le sujet en direction des habitants et des usagers de l’espace.

C’est aux acteurs de la conception de la ville de tester de nouvelles formes d'inclusion des citoyens dans les processus de décision : en amont d’un projet d’aménagement, le feedback des usagers, qui ont acquis une expertise précieuse grâce à leur ressenti et leurs pratiques d’un espace, permet une lutte plus efficace et plus ciblée des ICU. A plus large échelle, cette inclusion participe à l’évolution de la gestion administrative et politique de la ville vers davantage d’ouverture, une évolution qui n’est ni toujours facile, ni forcément voulue au départ par les acteurs, mais qui semble faire ses preuves dans les villes où ce processus s’observe.

 

Expérimenter, toujours !

Le processus d’adaptation de nos méthodes d’aménagement et de nos politiques publiques vers plus de résilience en période de fortes chaleurs en est encore à ses débuts, et les villes ont le champ libre pour inventer et tester sur le terrain leurs propres stratégies. Les Villes de Paris et de Vienne en Autriche, ainsi que les Métropoles de Lyon et de Grenoble font partie du panel des villes européennes les plus novatrices sur ce sujet, et les politiques publiques qui y sont expérimentées ont beaucoup à nous apprendre ; sur ce qui fait fonctionne, mais aussi sur les difficultés que les acteurs locaux ont pu rencontrer au cours de ce processus.

La Rue de Sully, dans le 4ème arrondissement de Paris, a été retenue pour une expérimentation menée par la Ville de Paris visant à végétaliser 11 rues, en mettant notamment à profit les pieds d’arbres

 

Il appartient à chaque acteur, public comme privé, de se saisir des opportunités qu’offre l’adaptation de nos villes aux changements climatiques et d’oser innover, de bousculer les codes, d’être leader, de penser plus loin encore afin de bâtir une ville plus résiliente, et plus accueillante en période de fortes chaleurs.  

Cet article est issu de travaux menés par un collectif d'étudiants dans le cadre du Master Stratégies Territoriales et Urbaines de Sciences Po 2019-2020, soutenus par l'Institut pour la Recherche de la Caisse des Dépôts.

Pour aller plus loin :

Téléchargez le rapport final - Mieux vivre en ville en période de fortes chaleurs

Téléchargez la synthèse - Mieux vivre en ville en période de fortes chaleurs

Les auteurs

Nikos Biggs-Chiropolos est originaire des États-Unis. Il rejoint l’Ecole Urbaine après avoir obtenu son bachelor à Georgetown University (Washington, DC) avec une double spécialisation en sciences politiques et en langue française. Il s’intéresse à l’adaptation des villes, et notamment des modes de transports, dans un objectif de rendre les écosystèmes urbains plus durables et vivables. Il écrit un mémoire de Master 2 sur la légitimation du vélo dans l'agenda de la Maire de Paris, Anne Hidalgo.

Originaire de Bruxelles, Léonie Casamitjana obtient une licence en sciences politiques à l’Université Libre de Bruxelles avant de poursuivre ses études au sein de l’Ecole Urbaine, dont elle sera diplômée en juin 2021. Au cours de ses études et de ses engagements associatifs, les questions d’adaptation et de promotion de la durabilité dans les territoires ont toujours constitué un intérêt central pour elle.

Lucie Girod intègre l’Ecole Urbaine en 2019, après une licence et un Master 1 en sciences politiques et affaires publiques à Sciences Po Lyon. Elle oriente sa formation et son projet professionnel vers la gestion des enjeux liés à la résilience des territoires, notamment au changement climatique et aux risques qui lui sont associés.

Marcel-Tobias Schreiber est étudiant en double master Management of International and Public Affairs. Après une première année au sein de l’Ecole Urbaine, il poursuit actuellement ses études au sein de l’Università Bocconi à Milan avec une spécialisation en coopération internationale et transfrontalière.