article CD'enjeux 31 juil. 2020

POPSU Territoires, hybrider les savoirs entre acteurs et chercheurs : l’exemple de Briançon

Temps de lecture
6 min

Les petites villes sont des chaînons essentiels de l’armature urbaine française. Sous influence métropolitaine ou isolées, parfois vulnérables et confrontées à des difficultés de premier ordre (économique, commerciales, accès aux services publics, mobilisation du foncier etc…), ou inscrites dans des trajectoires solides et innovantes, elles sont aux prises avec des enjeux en forte évolution.

Programme de recherche-action, la Plateforme d’observation des projets et stratégies urbaines (POPSU) propose de croiser les savoirs scientifiques et l’expertise opérationnelle pour mieux comprendre les enjeux et les évolutions associés aux villes et aux territoires.

Cette plateforme est composée de deux volets :

  • le programme « POPSU Métropoles », qui se concentre sur les dynamiques métropolitaines françaises, à travers le suivi de quinze métropoles réparties sur le territoire national;
  • le programme « POPSU Territoires » construit sur l’analyse des petites villes et des ruralités.

 

Un dispositif de recherche-action pour mieux connaître les transitions à l’œuvre au sein des petites villes

Le programme « Territoires » de la plateforme POPSU se concentre sur des territoires où l’ingénierie peut être moins présente, mais où l’entreprenariat, politique comme associatif, la créativité locale, les dynamiques et l’envie de faire sont très actives. Il s’inscrit notamment dans le cadre de l’action gouvernementale pour la redynamisation des centralités des villes petites et moyennes, au travers notamment du programme Action Cœur de Ville et du futur programme Petites Villes de Demain.

Le travail avec les équipes lauréates vise à découvrir, dans des catégories de territoires souvent moins sous les projecteurs, moins dotées financièrement, cette capacité à proposer et à construire des solutions adaptées, et à en analyser les effets sur place. Toute la richesse de ce programme exploratoire est ainsi d’arriver, à travers la constitution de plateformes territoriales réunissant chercheurs, acteurs techniques et élus, à créer une synergie locale et de fabriquer de la matière de recherche à partir de ces échanges entre des mondes différents. 

Dans POPSU Territoires, la recherche-actions prend la forme d’études de cas approfondies, menées in situ par des équipes de recherche pluridisciplinaires (architectes, urbanistes, géographes, politistes, économistes), sur une année, et portant sur des enjeux ciblés. Les projets de recherche sont sélectionnés à travers une consultation, qui invite des équipes associant des chercheurs et d’autres spécialistes des territoires à proposer un projet innovant dans des villes de moins de 20 000 habitants.

La troisième consultation pour le programme POPSU Territoires est ouverte du 10 juillet au 9 novembre 2020, elle est disponible à cette adresse : http://www.popsu.archi.fr/popsu-territoires/accueil

 

20 projets de recherche-action sont en cours2 : 

Briançon, « Le tiers-foncier, une ressource pour les petites villes »

La plateforme POPSU de Briançon a été placée sous la responsabilité scientifique de Marion Serre et Gabriele Salvia, enseignants-chercheurs à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Marseille. Elle interroge un double objet : d’une part, l’intervention sur un centre-ville ancien au caractère patrimonial en voie d’abandon et, d’autre part, les nouvelles manières d’habiter ce centre ancien1, à travers la transformation des logements par les habitants.
Le film POPSU « Briançon : Habiter le centre ancien » (
https://www.youtube.com/watch?v=HClcnrnpcgQ&list=PLvlJoZ77CV31fio95BZ0TZ_xofLgKD6zK) retrace les enjeux de la recherche, menée en 2019.

 

  • Eléments de contexte

« Depuis plusieurs années, les territoires ruraux subissent eux aussi les effets de la métropolisation. Comme l’a montré Henri Lefebvre (1968), les politiques urbaines menées à partir des années 60 ont conduit à un double phénomène d’explosion/implosion: les périphéries continuent à s’étendre, alors même que les centres historiques se dégradent et se dépeuplent (Razemon, 2016).

La commune de Briançon (12.054 habitants), située dans les Hautes-Alpes, constitue un cas emblématique. Suite à la fermeture des casernes et à la fin de l’activité militaire (2009), la municipalité a principalement réorienté son économie vers le tourisme et réorganisé sa structure urbaine vers de nouvelles aires tertiaires, commerciales et résidentielles. Parallèlement à ces dynamiques, la ville ancienne – encerclée par les fortifications de Vauban (Patrimoine UNESCO) – est actuellement le support de trois processus : un phénomène de muséification, un processus d’abandon et de dégradation des tissus, un renouveau des modes d’habiter. »
Extraits de « 
Centre anciens, architecture de demain », publié sous la direction de Marion Serre et de Gabriele Salvia dans le cadre de POPSU.

 

  • La co-construction dans le cadre de la plateforme de recherche de Briançon

Le travail de co-construction dans le cadre de la plateforme de Briançon a pris différentes formes.

Avec les acteurs locaux d’une part : au cours du Printemps 2019, les responsables scientifiques ont organisé, conjointement avec la mairie, un ensemble d’ateliers thématiques avec les habitants et les professionnels, et de réunions de travail avec la municipalité. Ces ateliers ont mobilisé en tout 70 personnes et ont eu un réel impact sur l’organisation de la vie démocratique du centre ancien, à travers la création d’un collectif des habitants de la vieille ville et d’un groupe de travail porté par un élu autour de la question de la végétalisation de la vieille ville.

En parallèle, les responsables scientifiques ont organisé en aout 2019 un atelier avec des étudiants de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille, visant à explorer par des projets d’architecture innovants des problématiques rencontrées dans le centre ancien. Les équipes d’étudiants se sont ainsi saisies de quatre thèmes : « Le projet par le vide », « Le chantier-école », « Quel projet pour le patrimoine moderne, » et « Vers une ville productive ». Les résultats de cet atelier ont été rassemblés dans le cahier « Centre anciens, architecture de demain », publié sous la direction de Marion Serre et de Gabriele Salvia dans le cadre de POPSU.

 

  • De la recherche à l’action : les suites de POPSU à Briançon

Loin de rester lettres mortes, les ateliers citoyens organisés par les chercheurs dans le cadre du programme POPSU ont fait émerger « le besoin d’un lieu de sociabilité » pour les habitants, « à partir duquel la municipalité a imaginé la reconversion possible de la bibliothèque en tiers-lieu solidaire .

Ce projet est aujourd’hui en cours de concrétisation : la municipalité, en collaboration avec des habitants de la vieille ville et accompagnée par les responsables scientifiques de POPSU, a formalisé un projet de tiers lieu solidaire. Ce projet a reçu le soutien de la Fondation Orange pour développer la création d’un Fablab, de la Banque des Territoires pour aider au financement d’une assistance au projet. En février dernier, ce projet a été désigné lauréat de l’Appel à Manifestation d’Intérêt porté par la « Fabrique des Territoires » pour soutenir la création de tiers lieux dans les territoires français, ce qui apporte aux acteurs locaux des financements nationaux importants et ouvre des perspectives de mise en œuvre concrètes pour ce projet local.

 

Notes :

1. Le film POPSU Briançon « Habiter le centre ancien » réalisé par l’Agence CAPA est lauréat du prix du meilleur court-métrage #ONU Habitat du Better Cities Film Festival

2. Les 20 projets de recherche-action

Première session 2018 (travaux en cours) :

  • les fluctuations démographiques saisonnières à Marseillan (Hérault),

  • le rôle d’un équipement culturel dans la redynamisation du centre-ville à Château-Thierry (Aisne),

  • les stratégies de transition de Rive-de-Gier (Loire),

  • le modèle économique de Vitré (Ille-et-Vilaine),

  • une démarche de marketing territorial initiée par l’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse),

  • la transition post-pavillonnaire à Saint-Loubès (Gironde)

  • la mobilisation des ressources foncières et immobilières dans le centre-ville historique de Briançon (Hautes-Alpes).

Deuxième session 2019 (lancement début 2020) :

  • la vacance commerciale en centre-bourg à Ambert (Puy-de-Dôme),

  • l’impact de l’innovation numérique dans une petite commune rurale à Arvieu (Aveyron),

  • les externalités socio-économiques d’un tiers-lieu à Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence),

  • la place de la jeunesse dans les dynamiques territoriales à Foix (Ariège),

  • les stratégies de transformation d’un quartier prioritaire de la politique de la ville à Lodève (Hérault),

  • les impacts d’une fusion communale sur l’organisation spatiale, fonctionnelle, économique et sociale à Longuenée-en-Anjou (Maine-et-Loire),

  • l’attractivité d’une petite centralité dans un territoire sous influence métropolitaine à Magny-en-Vexin (Val d’Oise),

  • l’évaluation des effets d’un appel à projets urbains innovants dans une petite ville à Nozay (Loire-Atlantique),

  • les conditions de transition incarnées par la station biologique, entre rayonnement international et développement d'un écosystème industriel local à Roscoff (Finistère),

  • les conditions de développement d’un système alimentaire qui prenne en compte la justice sociale à Tournus (Saône-et-Loire),

  • les mobilités durables dans une commune périurbaine peu dense à Villers-Semeuse (Ardennes),

  • la résistance de l’industrie à Vire (Calvados)

  • l’accueil des parcours résidentiels des personnes âgées dans un territoire rural à Xertigny (Vosges).

 

L’ensemble des recherches des villes est à découvrir sur http://www.popsu.archi.fr/popsu-territoires/accueil