Depuis l’été 2021, les prix des combustibles fossiles ont flambé, atteignant aujourd’hui des niveaux très élevés. Ils ont d’abord augmenté du fait de la reprise post-Covid. La guerre en Ukraine a par la suite rappelé la dépendance européenne à l’énergie fossile en provenance de Russie. Cette dépendance aux importations d’énergie russe est particulièrement critique pour ce qui est du gaz fossile.

Les obstacles que l’UE doit surmonter dans ses efforts pour diversifier sa fourniture de cette source d’énergie sont très importants. Dans l’Union, trois secteurs sont principalement consommateurs de gaz : 1) les domiciles particuliers et les entreprises, pour le chauffage et l’eau chaude (35 %), 2) l’industrie, qui l’utilise comme matière première pour les processus à haute température (23 %) et 3) le secteur de l’électricité, qui l’utilise pour produire du courant et de la chaleur (31 %).

Dans le vaste débat sur la façon de mettre un terme à la question de l’accès à des combustibles fossiles chers et polluants, une solution majeure mais longtemps ignorée existe : la sobriété énergétique.

Sobriété énergétique : de quoi parle-t-on ?

La sobriété énergétique consiste à réduire la consommation d’énergie en modifiant les comportements des individus et des organisations. Ce changement d’habitude demande une responsabilisation dans la consommation d’énergie, c’est-à-dire dans le choix par exemple pour l’Etat du budget pour les infrastructures, pour les entreprises du transport via le train ou par des camions ou simplement pour le citoyen d’éteindre la lumière lorsqu’il quitte une pièce.  

Aujourd’hui, les décisions que nous prenons dans notre vie quotidienne sont orientées vers des choix qui favorisent l’épuisement des ressources. C’est pourquoi la stratégie de sobriété vise des changements structurels capables d’orienter les actes individuels et sociétaux en faveur de la neutralité climatique.

Les mesures en faveur de la sobriété à court terme sont pour la plupart gratuites ou peu onéreuses. Faire par exemple d’une rue destinée à la circulation des voitures une rue réservée aux bus, aux cyclistes et aux piétons n’exige que peu d’investissement immédiat et réduit les coûts d’entretien à long terme. D’autres mesures en faveur de la sobriété, pour le moyen et long termes, peuvent nécessiter un investissement important, comme le développement de l’infrastructure ferroviaire.

Par ailleurs, les dispositions en faveur de la sobriété ont pour effet d’apporter divers avantages, comme l’amélioration de la santé, la réduction du bruit ou les économies financières. On peut citer l’amélioration de la qualité de l’air dans les villes, résultant de la réduction de la mobilité motorisée, et une mobilité plus active.

Mesures immédiates

Autres mesures à court terme en faveur de la sobriété pour réduire la consommation de gaz, entre autres: diminuer la température des chaudières et installer des thermostats intelligents ou des pommes de douche à économie d’eau. Pour réduire la demande en électricité: réduire la consommation de la climatisation, sécher le linge à l’air libre, adopter des températures de lavage moins élevées, ou utiliser un réfrigérateur plus petit.

Les mesures à court terme pour réduire la consommation de pétrole doivent cibler le secteur du transport. Pour commencer, il serait possible de prolonger les mesures prises pendant le Covid-19, comme le recours au télétravail ou la mise en place de pistes cyclables. Autres mesures proposées : dimanches sans voiture, incitation au covoiturage ou interdiction des vols courts.

En tout état de cause, une communication franche par les décideurs est essentielle au succès. Il conviendrait que les messages mettent en avant la « consommation excessive » au lieu de faire pression sur ceux dont la situation est déjà précaire. La Commission européenne a présenté le 20 juillet 2022 une proposition pour la réduction de la consommation de gaz en Europe (-15%, sur 8 mois à partir d’août 2022, par rapport à la consommation moyenne sur 2016-2021). Ce défi commun et cet effort collectif devraient alors inciter les États membres à adopter au niveau national des mesures adéquates.

Exemplarité

La Commission devrait elle-même donner l’exemple et se fixer un objectif d’économies d’énergie. Pour y parvenir, il lui faudrait réduire pour ses collaborateurs les voyages en avion au minimum et autoriser le télétravail jusqu'à quatre jours par semaine. Il lui faudrait également assouplir les codes vestimentaires en période caniculaire, ramener le chauffage de ses immeubles à 17 degrés et limiter l’utilisation de la climatisation aux jours pendant lesquels les températures sont supérieures à 30 degrés.

Parallèlement à ces mesures à court terme, la Commission devrait s’employer à pérenniser ces économies d’énergie. Elle devrait exploiter au maximum le potentiel de ce levier avec des propositions ambitieuses pour le Pacte vert. L’Union européenne se donnera ainsi les moyens de se détacher plus rapidement des combustibles fossiles, d’accroître sa sécurité énergétique et son indépendance et de jouer pleinement son rôle dans l’atténuation du réchauffement climatique. 
 

La Caisse des Dépôts soutient les travaux de l'Institut Jacques Delors. Ce think tank, fondé par Jacques Delors en 1996, consacre ses recherches à l'Union européenne. Il produit analyses et propositions destinées aux décideurs européens et aux citoyens, et contribue aux débats relatifs à l’Europe.