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Alors que les élections municipales ont permis à des dizaines de listes citoyennes d’être en position de gouvernance des territoires, que la convention citoyenne pour le climat a rendu ses premières conclusions, que les sphères et outils de débat public se multiplient sur internet, notre société est-elle prête à une démocratie contributive ? et avons-nous les supports nécessaires ?

Des citoyens toujours plus désireux de participer à la vie locale

Listes citoyennes, écologistes, rassemblements locaux, le raz-de-marée des initiatives citoyennes parait aujourd’hui évident sur l’ensemble du territoire. Si beaucoup de ces structures se retrouvent en position de gouvernance des collectivités locales, elles vont également devoir composer (voir re-composer) avec le fonctionnement des institutions locales et leur inadaptation à des mouvements collaboratifs et contributifs. Le défi est de taille quand on constate que même institutionnalisée, la voix citoyenne peine à trouver sa légitimité dans le système de décision publique. On sollicite le citoyen pour qu’il s’engage et donne son avis des conseils de quartier à la convention citoyenne pour le climat. Pourtant cette dernière a rendu son rapport de propositions il y a quelques jours. Il a été loin de ne susciter que félicitations et admiration pour cette organisation et sa contribution au débat public. Les premières actions concrètes restent timides.

Les Tiers-lieux, supports de la démocratie contributive

Existe-t-il des lieux qui pourraient incarner ces espaces de dialogues et être les supports de ces mouvements citoyens ? Les Tiers-Lieux sont probablement la meilleure piste locale. Outils et lieux de transformation des territoires, ils permettent de produire des communs et favorisent l'émergence de la démocratie contributive.

Mais commençons tout d’abord par définir de quoi on parle. La démocratie contributive pourrait se résumer par FAIRE ENSEMBLE dans un CADRE DEFINI.

Si on reprend les principes fondateurs des Tiers-lieux que sont une communauté fondée sur l’écosystème local, une gouvernance participative, la co-construction d’un projet commun (et éventuellement d’un lieu commun) et la production de communs en réseau (sur un mode distribué dans le territoire). Il est facile de définir le Faire et le Ensemble.

Le Faire s’est beaucoup illustré pendant la crise sanitaire. La quasi-totalité des lieux pourvus d’outils de production ainsi que la communauté des makers se sont mobilisés pour prendre le relai des modes classiques de production et de distribution mis à mal par le confinement. Masques, blouses, circuits courts alimentaires, le renfort citoyen a touché tous les domaines. Les Tiers-lieux ont également pour certains permis de maintenir un accès aux services de base (services publics, éducation, etc.)

Le Ensemble, est au cœur des Tiers-lieux. Leur gouvernance, leur forme juridique coopérative, la production de communs, les échanges en pair à pair, le principe de réseau et d’essaimage sont inscrits dans l’ADN de ces écosystèmes. Il s’agit avant tout d’être un support à des échanges ouverts et transparents.

Un nouveau rôle pour les collectivités locales pour encadrer l’action citoyenne

Quel serait alors le rôle des organisations démocratiques ? fournir le cadre défini. La collectivité locale trouve naturellement sa place dans son rôle de maintien de l’égalité et de la cohésion de son territoire par la diffusion des actions et pratiques, ainsi que de la cohérence entre les lieux en réseaux. Elle peut agir également au niveau de la mesure des impacts. A l’échelle « individuelle » l’impact d’une action citoyenne est parfois difficile à rapporter à d’autres actions de plus grande ampleur. La collectivité locale peut faire cet exercice de replacer dans un ensemble plus vaste des actions citoyennes pour mesurer leur impact concret et leur donner de la valeur.

Pour essaimer et reproduire ces lieux si uniques, il faut arriver à ouvrir l’imaginaire des institutions publiques et faire apparaitre l’ensemble des possibles. Les victoires électorales d’hier tournent une nouvelle page sur laquelle l’aventure des Tiers-lieux et de la démocratie contributive pourront sûrement avoir une carte au trésor commune. 

Si le territoire devient un « très grand plateau de jeu » où chacun peut trouver ses ressources, partager son savoir et participer à des projets, les collectivités locales pourraient réinventer leur rôle. Du pourvoyeur de service public et régulateur de la vie quotidienne, administrateur d’un échelon administratif, la ville devient un animateur et un modérateur de son territoire, embarquant citoyens, entreprises mais aussi faune, flore et tous les êtres vivants.

La ville jouable est une ville partagée, sur laquelle on pose une couche d’imaginaire.

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