Dossier

Manger local, c’est vital

Parler alimentation, c’est réfléchir à la façon dont celle-ci est produite. L’impact de notre régime alimentaire sur la santé et sur l’environnement inquiète. Comment donner accès à tous à une nourriture plus durable et plus saine ?

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| Le tour de la question

Notre modèle agricole est à bout de souffle alors que nos exigences vis-à-vis de l’alimentation sont toujours plus fortes. La crise sanitaire aura-t-elle pour conséquence (heureuse) une accélération de la transition vers un système alimentaire plus durable, plus juste et plus résilient ? Donner accès à tous à une alimentation de qualité est devenu un enjeu de justice sociale autant que de santé publique. 

 

 

UN SYSTÈME À BOUT DE SOUFFLE ?

 

 

 

 

Le secteur agricole français, qui nourrit 100 millions de personnes et reste le premier d’Europe, ne pèse plus qu’1,5 % du PIB (contre 4 % en 1983). Il a une responsabilité majeure en termes de gestion des ressources naturelles et du patrimoine vivant. Production intensive, érosion des sols et de la biodiversité, dépendance aux énergies fossiles, dépendance aux chaînes d’approvisionnement, manque de main-d’œuvre extérieure, précarité d’une partie du monde paysan, etc. : notre système de production agricole actuel a atteint ses limites. 

 

Notre Grand Témoin du mois, la cheffe Alessandra Montagne, nous parle de son engagement contre le gaspillage en cuisine.

Crédit
© Anne-Claire Héraud

Voir l'interview

 

 

De la ferme à l’assiette, une empreinte considérable (Chiffres-clés)
	Les surfaces agricoles recouvrent près de la moitié (49%) du territoire métropolitain français (source https://vizagreste.agriculture.gouv.fr/ 
	Le secteur agricole est responsable de 19% des émissions de gaz à effet de serre nationales, provenant essentiellement de l’azote utilisé dans les fertilisants ou du méthane rejeté par les animaux 
(podium : 1/ transports (29%), 2/ industrie (25%), 3/ bâtiment (20%), 4/ agriculture)
	En valeur absolue, la France fait partie des trois plus gros consommateurs européens de pesticides avec l’Espagne et l’Italie. (Statista)
© Caisse des Dépôts
sources : Ministère de la transition écologique, Statista, Ademe et France Stratégie

L’impact de notre régime alimentaire sur la planète

Nous serons près de 10 milliards d’êtres humains sur Terre en 2050. En continuant à produire intensivement comme on le fait actuellement, nous devrions doubler notre production, ce qui aurait des conséquences irréversibles sur la santé des sols et la biodiversité. Nous devons impérativement diversifier notre agriculture et, donc, notre alimentation. La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) déplore le manque de diversité du régime alimentaire occidental contemporain : l’humanité tire 75% de son alimentation de seulement 12 plantes et 5 espèces animales. Le bon sens paysan aurait pourtant dû nous apprendre à ne « pas mettre tous nos œufs dans le même panier » !

Depuis la crise sanitaire, notre système alimentaire fait face à un grand nombre de questionnements concernant sa durabilité et sa capacité de résilience, interrogeant en profondeur notre souveraineté alimentaire. Même si le modèle agricole français a plutôt bien résisté à la crise, permettant à la plupart des personnes confinées de manger à leur faim, certains territoires ont connu des difficultés d’approvisionnement et le recours à l’aide alimentaire a augmenté. Une transformation majeure et durable de nos systèmes alimentaire et agricole est nécessaire. 
 

Un peu d'Histoire...

L’histoire de l’agriculture et celle de l’alimentation sont intimement liées. Notre système agro-industriel s’est développé au cours du siècle dernier dans un contexte d’accroissement démographique et d’urbanisation exponentielle. Ce modèle intensif, qui repose sur la mécanisation, la massification et l’utilisation de la chimie, a permis d’absorber le choc démographique du XXe siècle et de réduire considérablement les coûts de production et la précarité alimentaire dans les pays dits « développés ». Objectif premier : nourrir la population grandissante ! Au XXIe siècle, il se heurte à des défis tels que le réchauffement climatique, la santé publique ou encore la raréfaction des ressources naturelles.

Source : Rapport de la SCET « Et demain, la transition alimentaire, un catalyseur des mutations du XXIe siècle ? »  (avril 2021)

 

© Musée Albert Kahn / Fernand Cuville, Saint-Emilion (1920 ou 1921)

 

MANGER MIEUX : UN ENJEU DE SANTÉ PUBLIQUE

 

 

Les aliments ne sont ni bons ni mauvais, c’est l’alimentation qui est à bien choisir. Le régime alimentaire des sociétés occidentales se caractérise par une surconsommation de produits ultra-transformés, dont la qualité nutritionnelle est médiocre, ce qui entraine des pathologies telles que le diabète ou l’obésité. Selon l'Académie d’Agriculture de France, les maladies d’origine alimentaire sont directement ou indirectement responsables de près de la moitié des décès chaque année dans le monde. Préférer les lasagnes végétariennes au burger à la cantine a plus d'impact qu’on croit !

 
Plus vert, c’est plus cher ?

Même si le droit à l’alimentation pour tous figure dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, bien manger est encore pour beaucoup un luxe. L’alimentation est souvent la variable d’ajustement des personnes en situation de grande précarité. C’est aussi une question d’éducation : il faut parfois apprendre à bien manger. 
 

 

 

 

L’alimentation ne doit pas être un bien de consommation comme les autres.
Thierry Marx
chef étoilé

21 %

du budget moyen des Français est consacré à l’alimentation 

(source : Ministère de l’agriculture et de l’alimentation)

Accéder à des produits de qualité n’oblige pourtant pas à se ruiner. En réduisant le gaspillage alimentaire, certaines cantines scolaires parviennent à servir de bien meilleurs repas sans faire flamber la facture. La réduction des pertes permet parfois à elle seule de financer l’achat de produits de meilleure qualité. Certaines enseignes de circuits courts proposent également des produits locaux à tarif aussi compétitif qu’en supermarché. Même le bio devrait finir par coûter moins cher grâce à la structuration de la filière. Le coût de l’alimentation durable est devenu un vrai enjeu de justice sociale. Le mouvement vers une alimentation plus durable et plus saine doit inclure la frange la plus précaire de la population, selon le principe de la loi EGalim de 2018.

L’entreprise d’insertion « Baluchon » en Seine-Saint-Denis prépare des plats cuisinés à partir de produits frais de saison, en privilégiant des produits locaux et en favorisant les pratiques agricoles respectueuses de l’environnement.
© Jean-Marc Pettina / Caisse des Dépôts
L’entreprise d’insertion « Baluchon » en Seine-Saint-Denis prépare des plats cuisinés à partir de produits frais de saison, en privilégiant des produits locaux et en favorisant les pratiques agricoles respectueuses de l’environnement.

Reprendre le contrôle de son assiette

Depuis la crise sanitaire, une grande partie des Français exprime l’envie de consommer plus local. Son caractère exceptionnel a fait naître des élans de solidarité ponctuels auprès des petits producteurs, maraîchers, etc. pour soutenir et relancer les commerces locaux. Elle a modifié les équilibres dans nos habitudes de consommation, privilégiant les commerces de proximité par rapport aux grands centres commerciaux. Les producteurs de fruits et légumes, tout comme les éleveurs, se sont organisés rapidement au début de la crise, après l’annonce de la fermeture des marchés de plein air et des restaurants. Certains se sont même lancés dans le commerce en ligne, voire le drive, changeant du tout au tout leur méthode de distribution. 

Notre rapport à l’alimentation est donc en train de changer. Avant les années 1990, l’alimentation n’était pas un sujet de société. Depuis les récents scandales alimentaires (grippe aviaire, vache folle, lasagnes au cheval, etc.), le plaisir hédoniste de manger laisse peu à peu la place à une alimentation plus fonctionnelle. Avec l’arrivée des applications qui permettent de vérifier la composition de leurs achats, les consommateurs sont de plus en plus exigeants quant à la transparence des informations et la traçabilité des aliments. De nouveaux paramètres rentrent également en ligne de compte au moment de l’achat, comme la juste rémunération du producteur ou encore la préoccupation du bien-être animal. Ce changement d’attitude vient d’une quête de sens qui vaut aussi bien dans son travail que dans son assiette.
 

8 /10

Français sont prêts à payer plus cher pour des produits locaux.

(source : 2e édition du Baromètre La Banque postale sur les habitudes d’achats des Français – septembre 2020)

 

La transition alimentaire prend son origine dans l’évolution des pratiques et la prise de conscience des citoyens. Car ce sont eux qui dictent la production. Bien sûr, seuls, nos choix de « consomm’acteurs » ne mettront pas fin au réchauffement climatique, mais ils ont un pouvoir d’exemplarité. L’objectif de développement durable devrait finir par s’imposer sous la pression des consommateurs-citoyens, principaux financeurs de la chaîne alimentaire.

 

 

 

Consommer local, ce n’est pas une tendance, c’est une évidence !
Nicolas Chabanne
fondateur de C’est qui le patron?!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UN MODÈLE À DÉVELOPPER : LE CIRCUIT COURT DE PROXIMITÉ 

Du producteur au consommateur : un circuit-court est un circuit de vente qui limite le nombre d’intermédiaire (au maximum 1) entre le producteur et le distributeur.

Car dans la grande distribution, ce sont les marges des intermédiaires qui coûtent cher. Selon l’Observatoire français des prix et des marges, qui observe les marges sur les produits de première nécessité, la rémunération des agriculteurs était d'ailleurs à la baisse en 2020.

Répartition de la marge brute sur le jambon cuit :

prix payé par le consommateur : 13,03€ le kilo
marge de l’éleveur : 3,72€
marge de l’industrie charcutière (découpe et salaison) : 4,78 €
marge de la grande distribution : 3,85€  
TVA : 0,68€
© Caisse des Dépôts
source : observatoire des prix et des marges des produits alimentaires, rapport au Parlement 2021

Dans le système traditionnel, les marges des intermédiaires empêchent les producteurs de toucher un revenu décent pour leur activité. En les réduisant, le modèle du circuit-court bénéficie à la chaîne agricole tout entière. 

 

Qui dit circuit « court » ne veut pas forcément dire local, c’est pourquoi on parle plutôt de circuits courts de proximité pour y ajouter la notion de proximité géographique. En progression depuis une vingtaine d’années en France, le modèle des circuits-courts de proximité présente un réel potentiel en matière de consommation durable. Selon l’Ademe, il peut être « un levier pour encourager l’évolution globale du système alimentaire (transport, saisonnalité, équilibre alimentaire, répartition de la valeur économique, etc.) » Raccourcir les chaînes alimentaires signifie aussi faire des économies du point de vue énergétique, ce qui est primordial en temps de crise. 

 

La Maison Cocagne (Réseau Cocagne) comprend notamment le Jardin de Cocagne du Limon installé sur 18 hectares à Vauhallan, sur la communauté d’agglomération de Paris-Saclay (91). Les jardins de Cocagne sont des exploitations maraîchères biologiques à vocation d’insertion sociale et professionnelle. La production diversifiée de légumes biologiques est vendue sous forme de paniers hebdomadaires bio auprès d’adhérents-consommateurs franciliens. A Vauhallan, le 7 novembre 2017.
© Jean-Marc Pettina / Caisse des Dépôts
Les jardins de Cocagne sont des exploitations maraîchères biologiques à vocation d’insertion sociale et professionnelle.

 

Le circuit-court de proximité se décline sous plusieurs formats : historiquement, le mouvement a commencé dans les années 1960 et 1970 avec les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), et se décline aujourd’hui sous forme de très petites structures comme les marchés paysans, les points de vente de coopératives, les livraisons directes, le drive paysan, etc.

Porté par des consommateurs en recherche de repères et de lien social dans une économie mondialisée, il permet de retrouver un contact direct avec celui qui produit la nourriture et d’avoir accès à une alimentation plus fraîche et plus saine grâce à la réduction du délai entre la cueillette et la commercialisation du produit. Il réduit également le gaspillage alimentaire en valorisant les invendus (comme les épluchures ou les fruits et légumes moches). Il a aussi un aspect pédagogique, pouvant déclencher chez le consommateur une prise de conscience des impacts environnementaux de la production agricole. Enfin, cette nouvelle façon de se nourrir peut induire une cuisine plus créative du fait de la nécessité de se réadapter à la saisonnalité des produits.

Si les circuits-courts de proximité ont provisoirement profité des nouvelles habitudes prises pendant la crise sanitaire, avec le retour à la normale, ils fonctionnent un peu moins bien mais l'esprit et l'envie demeurent. Malgré tout, le poids des circuits-courts de proximité dans l’économie reste mineur. 

6 à 7 % des produits alimentaires sont achetés en circuits-courts (ADEME)

 

 

Le Grand témoin : Alessandra Montagne

 

Que le producteur se retrouve avec la plus petite part du gâteau, c'est d'une telle injustice !

 

La cheffe d’origine brésilienne, qui dirige le restaurant Nosso à Paris 13e, met à l’honneur les produits locaux dans une cuisine inventive, de saison et anti-gaspi. Elle a été nommée Jeune Talent 2021 par Gault&Millau.

 

VOIR L'INTERVIEW

| En action !

 

La transition alimentaire implique une mutation des modes de production, de transformation, de distribution et de consommation alimentaires. Le groupe Caisse des Dépôts, en cohérence avec les objectifs règlementaires et en concertation avec les acteurs locaux du système (élus, collectivités locales et chambres d’agriculture), agit pour développer un système alternatif territorialisé.

Soutenir les projets portés par les territoires est devenu une priorité car ils sont le point d’ancrage de la transition alimentaire, qui dépend de la géographie, des ressources disponibles et des populations. La demande de produits locaux ayant fortement augmenté alors que la capacité de production des produits durables est inférieure à la demande, il faut replacer les territoires agricoles productifs au cœur de nos priorités et développer des stratégies de long terme dans un contexte concurrentiel mondialisé. 

MANGER MIEUX PARTOUT !

 

 

La Caisse des Dépôts accompagne historiquement les précurseurs des circuits-courts dans le secteur de l’agro-alimentaire depuis plusieurs années, notamment en soutenant depuis 10 ans le réseau Cocagne. Devenu l’un des premiers employeurs de publics en insertion du pays avec plus d’une centaine de jardins, le réseau distribue chaque année 1,2 M de paniers de fruits et légumes bio à ses adhérents-consommateurs. 

À travers ses offres, le Groupe contribue à développer des projets innovants en faveur de la transition alimentaire par l’accompagnement aux collectivités, le conseil en ingénierie ou par des investissements propres. L’investissement peut être réalisé dans des unités de stockage et de transformation de type légumerie (comme dans l’Afsame de Besançon), dans des modes de production alternatifs ou encore en favorisant l’achat de foncier.

Zoom sur... Le bonheur est dans le prêt

Faire de l’agriculture raisonnée en pleine terre à proximité des villes permet de réduire les distances entre production et consommation. La Ceinture Verte Drôme est un projet innovant soutenu par la Banque des Territoires visant à recréer des zones maraîchères près des centres urbains. Le soutien à la coopérative a deux objectifs : contribuer à réduire les fractures territoriales en revitalisant tous les espaces et répondre à la vulnérabilité du monde agricole.

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Crédit
© François Hébras

Structurer la filière

Les villes sont au cœur des systèmes alimentaires de leur territoire. Un nombre croissant de collectivités territoriales, de toutes tailles, s’engagent aux côtés des acteurs locaux pour accompagner la transformation des modèles de production et de consommation. Cette démarche est d’ailleurs encouragée par les pouvoirs publics, avec notamment la loi EGalim, qui fixe des objectifs ambitieux de 50% de produits locaux ou bio dès 2022 dans la restauration collective. 

Le groupe Caisse des Dépôts accompagne ainsi la mise en place de projets alimentaires territoriaux (PAT), avec notamment l’association Terre et Cité sur le Plateau de Saclay qui porte le premier PAT d’Ile de France. Élaboré avec l’ensemble des acteurs de la filière agro-alimentaire d’un territoire, le PAT peut être défini comme un projet agricole et alimentaire de proximité, de la production à la consommation d’une alimentation locale et de qualité. 

Même si l’autosuffisance alimentaire complète relève de l’utopie, la reterritorialisation d’une partie de l’alimentation est un objectif d’autant plus important à atteindre depuis la crise sanitaire. 

Dans le cadre de sa mission pour la redynamisation des centre-bourgs, le Groupe soutient aussi le développement de Comptoirs de Campagne, qui installe des épiceries multi-services qui vendent des produits en circuit-court dans des villages qui n’ont plus de commerces.

 

 



 

 

 

La transition alimentaire se traduit autant par l’évolution des modes de production que par le développement des écosystèmes locaux, comme avec le projet Yana Wassaï en Guyane.  

Garantir l’accès des projets à un financement 

Plusieurs acteurs investissent pour des pratiques durables, de l'Union européenne au gouvernement. Ainsi, le plan France Relance comporte un volet « alimentation durable », avec notamment 80 M€ pour développer les PAT, avec un objectif d’au moins un PAT par département à horizon 2022.

© Commission Européenne
  • À Bruxelles, l’Union européenne amorce sa stratégie dite « de la ferme à la table » from farm to fork »), destinée à améliorer l’alimentation pour éviter les impacts négatifs sur la santé. La refondation de la Politique agricole commune (PAC) représente un tournant essentiel pour accompagner la transition des systèmes agricole et alimentaire européen. La Commission européenne souhaite par exemple porter la proportion de terres cultivées en agriculture biologique à 25 % d’ici à 2030 (contre 7,5% aujourd’hui) mais aussi diviser par deux l’usage des pesticides.
© Bruna Wilhelm / Tout autour des moulins
  • L’accélération de la transition alimentaire nécessitant des financements conséquents, la Banque des Territoires a lancé en juin 2021 l’AMI Accélérer la Transition Alimentaire. Doté de 23 M€ sur 3 ans, il a pour objectif d’accélérer la dynamique de transition des systèmes alimentaires de nos territoires. Les projets, soutenus en fonds propres ou quasi-fonds propres, sont choisis en fonction de leur impact social et environnemental (pratiques agricoles, impacts sur l’eau, ou sur la biodiversité, réduction des émissions carbone, etc.) Ils devront également, si possible, créer des emplois non délocalisables.

Mais les montants dédiés à la transition alimentaire (26 Md€ de la part des financeurs publics en 2018) restent minimes par rapport aux aides perçues par le secteur agroalimentaire traditionnel, comme le souligne le think tank i4CE.

Soutenir une agriculture innovante 

Alliant la thématique de l’alimentation et de l’agroécologie, la Banque des Territoires pilote pour le compte de l’État un autre Appel à manifestation d’intérêt, l’AMI Démonstrateurs territoriaux dans le cadre du PIA 4 et de France 2030, cette fois sous forme de subventions uniquement. L’objectif est de faire émerger entre 15 et 30 projets sur cinq ans en faveur de l’innovation dans les territoires au service de la transition agroécologique financés à hauteur de 152 M€. L’innovation peut aussi bien être technologique que sociale ou organisationnelle.

 

L’entreprise française Ÿnsect, qui revendique le rang de leader mondial des protéines d'insectes, va construire la plus grande ferme verticale au monde à Poulainville, près d'Amiens. Cette start-up industrielle, membre de la French Tech et du Next40, s’est spécialisée dans la production de protéines d’insectes destinés à la nutrition animale mais aussi… humaine ! Les insectes sont vus comme une source de protéines de substitution qui pourrait conduire à un système alimentaire plus durable grâce à une empreinte écologique faible. L’élevage d’insectes, l’entomoculture, nécessite moins d’espace, d’eau et de nourriture que l’élevage conventionnel, et rejette beaucoup moins de gaz à effet de serre.

La Banque des Territoires est entrée au capital de la SCI VERTYCAL aux côtés d’Ÿnsect dès 2018 et accompagne la partie immobilière de ce projet. À terme, la société vise le déploiement d’un réseau de plus de 100 fermes verticales dans le monde.

gros plan sur des mains montrant des scarabées Molitor à l'origine de la "farine" produite dans les fermes verticales de la start-up Ynsect spécialisée dans l'élevage et la transformation d'insectes pour produire des ingrédients destinés à l'aquaculture et la nutrition des animaux d'élevage.
La société Ynsect élève notamment des scarabées Molitor. Les insectes sont transformés en alimentation pour les animaux de compagnie et l’aquaculture, mais aussi en engrais.
© Iannis G / REA
La société Ynsect élève notamment des scarabées Molitor. Les insectes sont transformés en alimentation pour les animaux de compagnie et l’aquaculture, mais aussi en engrais.

© Iannis G/REA

 

Et maintenant ?

 

Du champ à l’assiette, notre alimentation est au cœur d’un cycle : à nous de le rendre vertueux en changeant nos comportements. Mais cela ne suffira pas, c’est pourquoi il est nécessaire que les acteurs du secteur développent une stratégie de long terme qui prenne en compte la santé, l’environnement et l’économie. Pour reconquérir la souveraineté alimentaire nationale face aux crises, il convient de relocaliser prioritairement les produits qui rentrent dans un régime alimentaire sain et durable. Comme la santé est devenue un droit universel après la seconde guerre mondiale, plusieurs organisations militent désormais pour étendre la sécurité sociale à l’alimentation, permettant à la fois à tous les Français de manger mieux et aux agriculteurs de vivre mieux. La guerre engagée par la Russie en Ukraine, « grenier de l'Europe », risque d'entraîner des perturbations sur le marché alimentaire mondial, avec une augmentation attendue des prix des céréales. Ce moment historique est l'occasion unique d'accélérer la transition entamée.

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